L'habitat
L'essor contemporain de la viticulture se marque dans le paysage par une modification de l'habitat rural issu de nouvelles formes d'activités. Bien souvent la maison d'habitation est maintenant distincte des bâtiments agricoles et ceux-ci ont été souvent transformés pour répondre à de nouvelles fonctions. En général on distingue :
- un local d'entrepôt du matériel de travail qui est souvent encombrant et de plus en plus sophistiqué : tracteurs, tracteurs-enjambeurs, citerne pour les différents traitements anti-cryptogamiques, canon de sulfatage, remorque pour le transport de la vendange.
- un local avec le matériel vinaire : pressoir, fouloir, embouteilleuses, etc...
- une cave, qui n'a plus rien de commun avec la pièce voûtée en pierre d'autrefois. C'est dans ce cadre que l'évolution de la viticulture est la plus évidente. On se trouve en présence, non plus de vignerons-artisans qui s'évertuent à maintenir les traditions de production d'un vin de qualité, mais de viticulteurs-entrepreneurs agricoles qui élaborent un produit avec l'aide de la technique et de la chimie. Il y a par delà les aspects concrets et les nécessités économiques, une mentalité et un comportement différents qui apparaissent.
- un local destiné à l'accueil de la clientèle et à la commercialisation : il s'agit en général d'une ancienne grange restaurée et décorée avec les anciens outils agricoles : fléaux, hotte de vendangeurs, fourches en bois...
- la maison d'habitation, en général, n'est plus située dans l'ancien bâtiment agricole, mais tout à côté sur l'emplacement du jardin. C'est souvent une villa moderne, à un ou deux étages, comportant cinq piéces d'habitation. Sa présence prouve par delà tous les discours que le revenu du vigneron n'est pas aussi en retard qu'on nous le répète et que la part d'investissement laisse quand même pour la satisfaction des besoins fondamentaux et la vie quotidienne, une masse monétaire suffisante par comparaison à l'ensemble de la population rurale ou agricole. C'est l'expression aussi de la place que la femme tient dans les foyers et du désir de satisfaire un minimum d'exigences pour retenir à la campagne une épouse qui n'est plus seulement une servante. Lorsqu'il ne s'agit pas d'une construction nouvelle, le vigneron rénove entièrement les bâtiments et essaie d'en tirer le meilleur parti possible ; ceci permet accessoirement de sauvegarder un habitat rural ancien avec quelquefois de très beaux exemples de restauration (Jongieux). On peut considérer, après enquête, que plus de la moitié de l'habitat est de construction récente : moins de quinze ans. Tous les bâtiments d'exploitation que nous avons visité étaient neufs ou portaient la trace de travaux de réfection ou de rénovation récents.
Mais par delà les caractères généraux et les traits communs du vignoble savoyard, ce sont les particularités locales et les originalités du paysage de chaque région viticole qu'il faut envisager.