b. Les arcanes de la falsification

Alors que l'immeuble compte sept enfants de moins de 12 ans en 1921, il y en a cinq en 1926, quatre en 1931 et deux en 1936. Le départ des enfants, arrivés à l'âge adulte, contribue à réduire la population de l'immeuble. Cette évolution a tout pour effrayer les agents recenseurs qui constatent d'année en année la diminution du nombre d'habitants. Non seulement la population n'augmente pas comme le souhaiteraient les autorités municipales mais, de surcroît, elle diminue. Dans cet immeuble, les falsifications de 1926 ont pour but de compenser cette diminution mais ensuite le phénomène semble acquérir sa propre logique et en 1936 il atteint une proportion délirante. Dans leur volonté de lutter contre la diminution du nombre des habitants de la seconde ville de France, pour des raisons dont la logique initiale n'est pas évidente, les édiles lyonnais donnent aux employés municipaux des directives destinées à lutter contre la réduction de la matière vivante. Le phénomène devient une sorte de cancer statistique au moment même où la population française diminue, où les naissances sont inférieures aux décès. Ce cancer statistique coïncide avec le moment où les autorités prennent conscience du déclin démographique national. Peut-être faudrait-il chercher dans cette direction, plus que dans des objectifs politiques à court terme, sinon les raisons initiales des falsifications, du moins celles du dérapage statistique qui se produit dans les années trente.