Tutorat et effets sur l'apprenant

Les remarques qui vont suivre sont issues de la recherche en formation initiale. Faute de travaux de cette nature en formation des adultes, il nous'est apparu important de les étendre, par hypothèse et avec une distance critique, à un autre public et un autre contexte, ceux des formations en alternance.

De par son activité, le tuteur apparaît comme un acteur essentiel à la médiation entre l'apprenant et les savoirs. Il favorise ce que Bruner appelle l'étayage car il facilite l'identification des savoirs, leur compréhension, leur appropriation. Cet étayage, facilitateur d'apprentissage, ou interaction de tutelle renvoie à un ensemble de fonctions régulatrices que met en oeuvre le tuteur. Il est en effet celui qui :

Il est souhaitable d'ajouter à cette liste une fonction de "contextualisation-décontextualisation" des savoirs afin de rendre possible leur transfert et leur recomposition en toutes circonstances.

L'effet tuteur sur les apprentissages est donc considérable lorsqu'il s'exerce dans de bonnes conditions : il est un allié indispensable pour les formateurs et une réelle chance d'appropriation des savoirs pour les apprenants. L'accompagnement pédagogique que le tutorat permet et organise peut, à n'en point douter pour certains publics, non seulement renforcer leurs motivations, mais surtout faciliter leurs apprentissages. Il apparaît alors comme une fonction de médiation et d'accompagnement des savoirs de toute première importance.

L'étude du tutorat en milieu scolaire a permis de constater, en effet, qu'il facilite l'accès au savoir en agissant sur ce que Vigotski appelle les zones proximales de développement et qu'il définit comme l'écart existant entre le niveau actuel acquis et le niveau potentiel d'acquisition. Pour Gérard Barnier : "Encadré, ou soutenu par un adulte ou un pair plus compétent que lui, l'enfant parvient à réaliser une tâche qu'il réussira par la suite tout seul lorsque les explications et les conseils du tuteur une fois intériorisés deviendront une conquête propre à l'enfant (...). L'aide qu'un tuteur apporte en rendant une tâche plus intelligible et en facilitant la mise en oeuvre de procédures de résolution joue un rôle de médiation entre le niveau initial de la personne et ce qu'elle sera ensuite capable de faire"458. Il est probable, des observations empiriques autorisent à en faire l'hypothèse, que les zones proximales de développement existent et/ou perdurent chez l'adulte. Il est donc envisageable de s'appuyer sur ces zones pour relancer des dynamiques d'apprentissage et réancrer des savoirs. Il est donc imaginable de penser que l'effet du tutorat sur les zones proximales de développement de l'adulte existe et que l'utilisation de cet effet peut devenir un levier et un outil de renforcement des acquisitions.

L'auteur souligne "cependant, (que) si les effets bénéfiques du tutorat sur les enfants aidés sont relativement bien connus, en revanche "l'effet-tuteur", c'est-à-dire le bénéfice retiré par les enfants qui apportent une aide l'est beaucoup moins"459. Remarque qui vient peut-être pondérer les propos issus d'autres constats et qu'il convenait d'évoquer, même si de notre point de vue, ses effets sont tangibles, repérés et évidents.

Notes
456.

Les ajouts entre parenthèses sont de nous.

457.

Coulet J.-C. : la Médiation et les théories du développement, Educations, n° 9, juin-oct. 1996, p. 17.

458.

Barnier Gérard, Interactions de guidage entre pairs, revue Educations n° 9, op. cit., p. 44.

459.

Ibid., p. 45.