1.3.2.3. Les parlers de nomades

L’invasion par les tribus tribus Banu Hilal, Sulaym et Ma’qil marque le début de la deuxième période d’arabisation (Versteegh, 1997 ; Kallas, 1999). Elle commence aux alentours du 11e siècle et conduit à l’installation de nombreuses tribus nomades constituées d’environ 1 million d’individus (soit 1/6e de la population Arabe totale). En quelque deux années, ces populations conquérantes, parties de Syrie et du Nord de la Péninsule Arabique, atteignent l’actuelle Tunisie. Cent ans plus tard elles conquièrent Alger et il leur faut encore quatre-vingts ans pour être aux portes d’Oran (Ouest algérien), à la frontière algéro-marocaine. Le Maroc est quant à lui, partiellement conquis tout au long de cette période, par de régulières incursions territoriales. Enfin, la Mauritanie doit son arabisation à la tribu des Ma’qil ; le dialecte message URL Hdot.gifassaniya actuellement parlé par une partie minoritaire de la population constitue une forme évoluée de parler de nomades (D. Cohen, 1963 ; Taine-Cheikh, 1978 et 1991).
Bien que quelques tribus bédouines se soient sédentarisées assez vite et aient adopté un parler de sédentaires, la plupart des envahisseurs nomades du 11e siècle se sont installés à l’extérieur des centres urbains antérieurement conquis, imposant dans les zones périphériques des parlers de type bédouin, qui, si on les observe globalement en tant que sous-groupe homogène, révèlent d’une part, certains traits caractéristiques communs et d’autre part une tendance à la conservation d’éléments anciens. Selon Versteegh (1997:143), un parler de bédouins se reconnaît de manière générale et du point de vue phonétique par « la conservation assez générale des fricatives interdentales [ message URL theta.gif message URL delta.gif message URL delta.gif message URL exposant.gif ] et par l’articulation vélaire et sonore de la plosive uvulaire classique [ q ]’ » (i.e. [q] > [g]). L’articulation sourde n’apparaît plus que dans les termes empruntés au vocabulaire religieux ou juridique.