3 CARACTÉRISATION DES SYSTÈMES VOCALIQUES

3.1. Objectifs de l’étude et présentation des parlers étudiés

Nous entendons décrire au cours de ce chapitre les systèmes vocaliques de différents parlers arabes représentatifs du Maghreb et du Moyen-Orient. Nous partons du postulat que l’opposition entre parlers occidentaux et orientaux — évoquée dans les travaux des grammairiens arabes anciens, soulignée dans les études dialectologiques traditionnelles et confirmée par les résultats de nos expériences perceptuelles (cf. Chapitre 2) — s’appuie sur des indices discriminants perceptibles tant par des locuteurs arabophones que par des individus ne possédant aucune connaissance de l’arabe. Parmi l’ensemble des critères discriminants dégagés à l’issue de ces expériences, le paramètre de la dispersion vocalique nous semble particulièrement pertinent pour la discrimination des parlers arabes par zone. L’objet de ce chapitre est de décrire expérimentalement les réalisations vocaliques attestées dans différents parlers arabes, tant du point de vue qualitatif qu’au niveau quantitatif.

Naturellement, la très grande diversité des formes dialectales arabes (cf. Chapitre 1) ne nous permet pas d’envisager ici la description exhaustive de ces traits pour la totalité du domaine. Nous avons donc limité notre recherche à l’étude de certains dialectes dits « centraux ». Que l’on ne s’étonne pas alors de ne pas voir figurer, par exemple, le parler arabe de Mauritanie dans le groupe des dialectes maghrébins, celui-ci étant défini — par les spécialistes eux-mêmes — comme une forme dialectale périphérique plutôt atypique (Cohen, 1963 ; Taine-Cheikh, 1990).

Par ailleurs, les variétés régionales représentant dans notre travail les dialectes nationaux n’ont pas été choisies en fonction de considérations scientifique ou politique, mais selon l’origine des volontaires disponibles dans notre environnement. L’absence de ressortissants libyens et/ou égyptiens à Lyon pendant notre période d’acquisition des données explique que les zones occidentale et/ou orientale ne soient représentées à travers cette étude qu’à travers les formes dialectales de locuteurs marocains, algériens et tunisiens d’une part et syriens, libanais et jordaniens d’autre part. Par ailleurs, nous avons — dans la mesure du possible — privilégié l’analyse des parlers citadins, puisque les dialectes des grandes villes sont ceux qui — de manière générale — influencent l’évolution des parlers alentours.