B- Route et pouvoir royal à la fin du Moyen Age

Alors que les Xè-XIIè siècles sont caractérisés par la privatisation du réseau routier, parallèlement au déclin du pouvoir public, les deux derniers siècles du Moyen Age connaissent un retour de la notion de route publique. Remarquons que dès les années 1350, le nombre de routes dites « publiques » augmente sensiblement, alors que dans le même temps apparaissent les premières routes « royales ». La sollicitude royale à l’égard de la route est perceptible à deux niveaux : de strictes questions de droit se posent, tandis que parallèlement, l’administration royale entend prendre part à l’entretien du réseau routier. Rares en la matière, nos sources n’apportent qu’un éclairage limité sur la question.

Afin de comprendre les modalités de l’appesantissement du pouvoir royal sur la route à la fin du Moyen Age, il est nécessaire de présenter rapidement les principaux traits de l’administration capétienne en Vivarais. Théoriquement terre d’Empire jusqu’au début du XIVè siècle, le Vivarais n’enregistre pas moins une très nette avancée capétienne dès les années 1230, alors que le reste du Languedoc est rattaché à la couronne de France à la suite de l’accord de Paris de 1229. Le sénéchal de Beaucaire multiplie les actions, se livrant un véritable harcèlement sur les évêques et l’aristocratie vivaroise, qui culmine avec trois traités de paréage, l’un concernant Naves en 1275, seigneurie certes située en Uzège, mais dont le destin est très lié au Vivarais, puis Villeneuve-de-Berg en 1284 et Boucieu en 1291. Ces deux derniers aboutissent même à la fondation de deux villes neuves qui deviennent les sièges du nouveau pouvoir royal. Finalement, un traité de paréage conclu en 1308, rattache définitivement le Vivarais à la couronne de France ( 1979 ). L’intégration du Vivarais au royaume apparaît comme un long glissement de fait, scellant d’une part le désintérêt de l’Empire pour cette petite terre d’outre Rhône, mais aussi la communauté de destin qui lie le Vivarais aux régions voisines, déjà intégrées au royaume.

Immédiatement intégré au Languedoc, le Vivarais ressort de la sénéchaussée de Beaucaire, tout en étant administré par un bailli siégeant à Villeneuve-de-Berg et un vibailli qui siége à Boucieu et prend en charge les territoires situés au nord de l’Eyrieux. Les compétences de ces deux cours sont peu définies et s’étendent au gré des affaires, du secteur judiciaire à tous les secteurs de l’administration civile et militaire ( 1980 ). Ce n’est qu’à l’extrême fin du Moyen Age que le bailli, secondé par des juges professionnels, devient un véritable administrateur, mais les fonctions militaires, troubles du temps obligent, l’emportent sur les questions civiles. Néanmoins, le personnel administratif du bailliage demeure réduit et la fonction judiciaire prime incontestablement ( 1981 ). C’est donc dans une région intégrée depuis peu au royaume de France, mais qui en était déjà proche de longue date, que des représentants du sénéchal peuvent éventuellement faire valoir des droits régaliens sur les routes.

Notes
1979.

) Laffont (P.-Y.) : Châteaux, pouvoirs et habitats en Vivarais, X è -XIII è siècles, op. cit., t. I, p. 239-248.

1980.

) Rouchier (J.), Régné (J.) : Histoire du Vivarais, op. cit., t. II, p. 145-160.

1981.

) Ibidem, p. 257-278.