De Tence au Puy

Le passage de la route au village de Tence est attesté en 1294 lors de la concession d’un droit de foire et de marché à la population par leur prieur, seigneur du lieu ( 2672 ).

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Cartes n° 43-44

Au-delà de Tence, la route s’éloigne de notre domaine d’étude, mais il est néanmoins possible d’en esquisser les grandes lignes. Elle traverse un modeste ruisseau sur une planche elle aussi attestée en 1294, avant d’arriver à Sallis. De là, la continuité du tracé est nette par Joux, Pouzols et les Moulins puis les Quatres Routes jusqu’à Saint-Jeures. Ensuite, passant par Araules, le chemin arrive au droit du castrum de Queyrières auquel sont associés des droits de péages ( 2673 ) puis, contournant le Mont Chiroux, il rejoint à Saint-Hostien la route d’Yssingeaux qui lui permet de gagner le Puy.

Bien individualisé et désigné à de nombreuses reprises comme une route du Rhône au Puy, l’importance de cet axe ne fait pas de doute. En outre, au XVè siècle, il est parfois qualifié d’itinere regio signe de son développement et de son statut privilégié par rapport aux autres axes du secteur, simples chemins publics ( 2674 ).

La situation des péages de Mahun et de Beaudiner est elle aussi tout à fait significative du développement de la route du Rhône au Puy par Lalouvesc et Saint-Bonnet-le-Froid. En effet, ces deux châteaux, situés très à l’écart de l’axe routier, ont disposé des postes de perception sur l’itinéraire même, respectivement à Lalouvesc et à Saint-Bonnet-le-Froid ( 2675 ). En ce qui concerne le péage du mandement de Rochebloine, mal renseigné, nous ne savons pas où il se lève et rien n’assure que les seigneurs de ce château, lui aussi très à l’écart de la route, ait implanté un poste au nord du mandement. C’est toutefois très probable et nous pensons qu’il a pu être implanté à proximité du carrefour routier de Létra, non loin du mas de Vernelh.

Outre la situation des postes de perception de péage qui rend compte des circulations traversant les mandements de Beaudiner et de Mahun, l’assignation d’une rente sur le péage de Beaudiner - Saint-Bonnet-le-Froid en faveur de l’hôpital du Saint-Esprit de Saint-Saturnin-du-Port, en 1281, témoigne elle aussi clairement de l’ouverture de cette région vers le sillon rhodanien, par le biais de cette route ( 2676 ). De même, le chemin de Tournon au Puy par Lalouvesc et Saint-Bonnet se trouve en arrière-plan d’un conflit opposant les seigneurs de Beaudiner et de Mahun au XIIIè siècle. En 1264, il est convenu entre ceux-ci que les vassaux du seigneur de Beaudiner seront exempts de tous droits de péage ou de pulvérage sur la terre de Mahun et que tous les vassaux du seigneur de Mahun seront exempts de tous droits de péage ou de pulvérage sur la terre du seigneur de Beaudiner. De plus, les vassaux des deux seigneuries seront explicitement exempts de péage à Saint-Bonnet-le-Froid ( 2677 ). Une attention toute particulière semble portée au poste de perception de péage de Saint-Bonnet-le-Froid, qui commande plusieurs directions, vers le Velay comme vers le Vivarais où il ouvre sur Annonay et surtout sur Tournon par la route de Lalouvesc.

Les mentions directes de marchands et de voyageurs empruntant cette route demeurent toutefois rarissimes, essentiellement pas manque de registres de notaires pour les localités jalonnant le parcours. Retenons cependant que le port de Tournon, qui est au bout de la route à son débouché dans la vallée du Rhône, apparaît comme l’un des plus sûr du Rhône moyen, surtout du fait de la stabilité de ses rives rocheuses et semble-t-il aussi en raison du savoir faire des Tournonais en matière de bac à traille ( 2678 ). Ainsi, lorsque les marchands dauphinois, et principalement romanais, se rendent aux foires du Puy au tout début du XVIè siècle, ils traversent le Rhône à Tournon. Ils empruntent ensuite soit la route que nous venons de décrire passant par Lalouvesc, soit celle de la vallée du Doux qui lui est parallèle au sud ( 2679 ).

Si l’importance de la route de Lalouvesc aux trois derniers siècles du Moyen Age ne fait pas de doute, elle semble avoir perdu de son importance par la suite puisqu’elle ne figure ni sur la carte de Cassini, ni sur la carte routière de la sénéchaussée de Beaucaire dressée par Ducros. Seule y est tracée la route empruntant le flanc sud de la vallée du Doux, qui à l’heure actuelle est encore la route couramment utilisée pour se rendre de Tournon au Velay. La route par Saint-Félicien et Pailharès a aujourd’hui perdu toute son importance médiévale et ne dessert plus que la région de Lalouvesc.

Autant nous avons pu cerner sans difficulté l’importance de la route à la fin du Moyen Age, autant en proposer une datation est problématique. Les éléments permettant de penser que nous sommes en présence d’un itinéraire existant déjà au haut Moyen Age sont ténus. Retenons toutefois que le chemin constitue sur une grande distance la limite de plusieurs paroisses. Ainsi, indépendamment de lignes de relief dominant, il sépare Vaudevent et Pailharès puis Satillieu et Lalouvesc, et pour finir, Saint-Pierre-sur-Doux et Saint-Julien-Vocance. Sans doute est-il donc antérieur au IXè ou au Xè siècles alors que se fixent durablement les limites paroissiales.

Autre élément pouvant plaider en faveur de l’ancienneté de la route, Pailharès est le chef-lieu d’une viguerie mentionnée à cinq reprises entre 953 et 1040 ( 2680 ). Nous avons déjà par ailleurs suggéré que la route passant à Satillieu et venant d’Annonay mentionnée en 996 reliait dès lors Annonay et Pailharès, tous deux chefs-lieux d’agri. Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les chefs-lieux d’agri de Tournon et de Colombier-le-Vieux ( 2681 ) qu’une route relierait à Pailharès?

Néanmoins, il est peu probable qu’elle soit antérieure au VIIIè siècle, la région de Pailharès, Saint-Félicien et Lalouvesc qu’elle traverse apparaissant alors comme presque vierge de peuplement, sa mise en valeur étant avant tout le fait des siècles carolingiens ( 2682 ).

S’il peut donc être raisonnablement envisagé que la route puisse être au moins des IXè ou Xè siècles, rien n’indique qu’elle ait alors été d’une importance autre que locale.

Notes
2672.

) AD 69, D 145.

2673.

) Lascombe (A.): Répertoire général des hommages des évêques du Puy, op. cit., p. 120.

2674.

) AD 58, 2F 822, pièce 2.

2675.

) Cf t. I, annexe n°13.

2676.

) Bruguier-Roure (L.) : Chronique et cartulaire..., op. cit., n°CXIX.

2677.

) A. Nat., H4 3082/1.

2678.

) Rossiaud (J.) : Imaginaire et réalité d’un fleuve..., op. cit., t. I, vol. 2, p. 367.

2679.

) AM Romans, CC 472, f°280.

2680.

) Laffont (P.-Y.) : Pouvoirs, châteaux et habitats en Vivarais, X è -XIII è siècle, op. cit., vol. I, p. 97.

2681.

) La route de Tournon au Puy par Lalouvesc ne passe certes pas directement à Colombier-le-Vieux, chef-lieu de la viguerie mais n’en est distante que de quelques kilomètres en direction du nord.

2682.

) Laffont (P.-Y.) : Châteaux, pouvoirs et habitats en Vivarais, X è -XIII è siècle, op. cit., vol. I, p. 97.