Entretien N° 19 Famille SILLOR

Le 11 février 1998

M On essaye de faire au mieux de nos possibilités.

P Bon... Euh... On essaye de suivre au maximum quand même... comme on peut.

E Comme vous pouvez !

P Comme on peut. Y’a des moments où on ne suit pas, et on suit, ça dépend...

E Qu’est-ce que vous entendez par y’a des moments vous suivez, y’a des moments vous ne suivez pas, euh...

P Par moments, on suit quand ça marche bien, quand on sent que Jean-Baptiste est accroché à ce qu'il fait... Quand on sent qu’il s’en fiche, on le lâche, parce que je suis rendu au bout là, avec lui, j’ai fait .... On avait pris un bon créneau horaire, on avait commencé, à la rentrée scolaire après Noël... on avait dit, comme moi je rentre le premier, donc, du travail, je prends Jean-Baptiste d’abord en mains pour le travail scolaire, la lecture et puis il s’est avéré qu’en fin de compte il travaille maintenant avec sa maman. Mais ça se place pas terrible...

M Disons, que c’est un petit peu plus tard dans la soirée. Quand il est fatigué, il n’a plus d’attention, il a faim, il y a tout plein de choses qui rentre en ligne de compte...

P Il est vite fatigué.

E Vous travaillez tous les deux ?

P On travaille tous les deux.

E A temps plein ?

P Oui.

M Moi, à 80 %, je suis là le mercredi, je suis là le mercredi, les garde le mercredi parce que je sais que c’est important pour eux.

E Oui, d’accord.

M Ça passe tellement vite, qui si déjà le soir, on n’a pas le temps, c’est vrai, on court toujours après je ne sais quoi, c’est important que j’ai mon mercredi, c’est bien pour les enfants pour...

E Et quand on parle d’apprentissage de la lecture, qu’est-ce que ça sous-entend pour vous ?

P De repérer les lettres, les syllabes, après les mots bien entendu, dans le sens chronologique des choses. Apprendre après, à dire les choses, comment on dit ?... En plus français, parler la langue, parler correctement quoi. Eviter des mots de l'argot, les mettre au bon moment. C’est ça, l’apprentissage de la lecture. Découvrir le monde des livres, aussi, de se qui est montré à la télévision, y’a des choses intéressantes, soit .... sur quelles chaînes, il y a des choses intéressantes. Jean-Baptiste, il est petit encore pour tout voir tout seul. Dès fois on lui dit, qu’il faut apprendre à lire parce que c’est intéressant d’apprendre à lire. Bon ben, c’est le développement intellectuel dans l'ensemble.

M Il sait que c’est important la lecture, parce que cela l’ouvre à des tas de choses, bon il est conscient de cela. Mais cela lui demande beaucoup d’efforts et de travail. Et je crois qu’à mon avis Jean-Baptiste n’est pas assez mûr encore, il manque la motivation. Tout petit, pour tout, il baisse vite les bras. Dès que cela demande trop d’efforts, d’attention, ça y est, c’est vite... et l’apprentissage de la lecture pour lui, c’est...

E C’est quelque de répugnant...

M Oui, c’est dur, parce qu’il faut vraiment qu’il...

P C’est colossal.

M Faut vraiment qu’il prenne sur lui, il n’est pas assez... parce que les jeux ou autres, ça va très bien, du moment qu’il n’a pas à réfléchir, y’a pas à se concentrer. L’écriture, je pense que cela va être pareil, parce qu’il faut quand même écrire bien par rapport aux lignes, donc, y’a vraiment plein de choses qui...

E ... qui rentre en ligne de compte.

M Voilà, il aime écrire, il va écrire sur des feuilles, il va faire des tas de choses. Mais dès qu’on lui dit d’écrire sur les lignes ou autres, ah la la, on n’a l’impression que c’est beaucoup quoi. Y’a plein de choses... Mais il est intéressé pourtant. On sent qu’il a envie de savoir mais en même temps, il n’est pas prêt pour donner autant d’efforts. Il s’est donné une limite. Il a dû se dire bon ben moi je fais ça, après bon, on verra quoi.

E Et il a commencé son apprentissage de sa lecture quand ?

M Bah, l’année dernière un petit peu. Les lettres, un petit peu, ils ont vu un petit peu les choses.

P Oui... son prénom...

M J’ai l’impression que par rapport à cette année, ça va beaucoup plus vite. J’ai l’impression que le rythme... moi, quand je vois les fiches de lecture, je trouve que ça va vite.

P Après on est vite passé à la page 42, à la page......

M Oui, les lettres, les sons, il n’a pas acquis la précédente, qu’il en passe une autre et puis ça se cumule et j’ai l’impression que justement ça se bouscule et il ne sait plus trop où il en est.

E hum, hum.

M Bah, je ressens ça comme ça. J’ai l’impression que ça va trop vite pour Jean-Baptiste.

P Ça va trop vite pour lui, oui.

M Je pense qu’il est capable pour faire ça, mais faudrait lui donner plus de temps.

E Vous le sentez un petit peu en difficulté actuellement ?

M Oui, oui.

P Oui, tout à fait, faut pas se voiler la face. Madame D. est au courant, maintenant on est rendu, il est rendu avec ses contrats de travail, vous connaissez le...

E Moi, je fonctionne par contrat de travail.

P Si vous connaissez, bah, cette semaine, c’est sur le papier et lundi tu fais ça, tu fais ça, bon t’es d’accord, bon tu signes.

M S’il a décidé quelque chose, il doit mener à bout sa décision, donc déjà c’est bien, il a pris..., il est content de lui.

P Bon quand il a fini de remplir son contrat de travail, que l’instit lui a bien fait comprendre que c’est super, il est content de lui.

E Il est content de lui.

P Oui, il est content de lui.

M Oui, je pense que ça a bien... ça a bien fonctionné.

P Bon, nous on a toujours positivé l'école.

E Oui.

P On a toujours dit, l’école c’est fantastique, c’est quelque chose que tu... on découvre beaucoup à l’école. Positivé au maximum, donc c’est ça, que Jean-Baptiste, il a été y’a quinze jours à l’école, il avait une fièvre à 38, il a été quand même à l’école. Moi, je lui ai dit quand même, c’est courageux de ta part. Même si tu n’y as pas fait grand chose, c’est courageux, tu as participé quand même. Donc même malade il y va, donc c’est quand même, on sent qu’il est réticent sur pas mal de choses mais bon il y va , c'est déjà pas mal....

M Mais il aime l’école.

P Il aime l’école.

M Il aime le contact.

P Le contact enseignant, enseignant à l’élève, ça passe, bah à part une petite préférence pour sa ... Odile parce qu’elle est un petit peu plus souple.

M Mais je pense aussi, parce que Nicole est la directrice. Je pense que y’a une image aussi, c’est pas que l’institutrice, y’a aussi...

P La hiérarchie.

M Voilà, c’est ça, un peu qui doit l’impressionner, je suppose.

P Enfin, j’espère que ça va démarrer, quoi, Faudrait savoir... on nous a dit que la lecture c’était sur deux ans, donc cette année... l’année prochaine, j’espère que ça va bien démarrer. Bon, c’est vrai qu’en discutant avec d’autres instits qui ne sont pas avec Jean-Baptiste, bon j’en ai discuté avec un autre instit qui m’a dit si en février mars c’est pas démarré se sera juste pour aller en CE1 parce que si tu ne peux pas lire tes consignes, tu ne peux pas faire le reste du travail.

E Tout à fait.

P Si c’est marqué « souligne des mots qui finissent en ou » et que tu ne sais pas lire cette définition là, comment on peut après travailler. J’ai bien compris la démarche de l'instit qui m'avait dit cela...

E Quand vous dites que vous suivez Jean-Baptiste, ça veut dire que le soir quand il vient, il a son petit travail à faire, vous prenez du temps avec lui, l’un ou l’autre ?

P Oui, oui.

M Ah bah oui, y’a toujours l’un ou l’autre.

E Oui, combien de temps vous passez avec lui ?

P Ça varie, un quart d’heure.

M Un quart d’heure, une demi-heure à une heure si il a envie de faire...

E Et comment vous faites avec lui ?

P Comment on fait ?

E Oui.

P Bah, c’est-à-dire qu’au début de l’année, on le laissait faire tout seul. Et puis maintenant, carrément, je prends le cahier de texte comme ça c’est marqué tous les jours, et puis après, ensemble on voit ce qui se passe.

E Oui.

M Il nous dit beaucoup aussi ce qu’il a à faire. Il sait ce qu’il a à faire.

P Il sait ce qu’il a à faire.

M Il prend son cahier de texte, il a son agenda, mais il sait ce qu’il a à faire le soir. Quand je suis avec lui, on n’a pas à lui dire bon, je ne sais pas ce que je dois faire, il sait son travail. Mais bon, c’est pas pour autant qu’il a toujours envie le soir de faire son travail. Ou alors si il y a la lecture d’un texte, il va dire, bon je m’arrête là.

E Vous vous installez à la table...

P Oui, dans sa chambre, il a un petit bureau. On s’installe, on prend chacun une chaise et puis... on fait pas ça devant la télé. Sinon...

M Il a sa chambre, son bureau, il a déjà ses habitudes.

P On lui dit pas tu lis pas ton bouquin comme ça, dans le canapé, dans le canapé de la télé, tu te mets déjà en condition physique, enfin je veux dire tu te mets pas n’importe comment, pour lire au lit, peut-être qu’on est trop à cheval aussi et c’est pour cela qu’il ne fonctionne pas aussi...

E C’est-à-dire que vous êtes trop... vous avez trop de rigueur ?

P Oh, je suis...

M Bah, t’es un petit peu trop... c’est vrai qu’il y a dès fois que...

P Moi je suis trop...

M T’es trop exigeant.

P Je reflète mon apprentissage de lecture qui a été fait par Monsieur A. à l’époque et puis j'en ai souffert, j’ai fait deux CP. Je sais ce que cela veut dire deux CP et puis après on m’a encore refusé un CM1, bon au niveau des études après bon, petit à petit...

E Donc vous avez une certaine anxiété ? De l’inquiétude ?

P Donc j’ai envie que Jean-Baptiste ça fonctionne mieux que moi quoi.

M Oui, t’as tellement envie que Jean-Baptiste ne fasse pas comme toi que t’as tendance à, comment dire...

P Oui, peut-être à mettre la pression.

M De mettre les choses dans un ordre, alors qu’en fin de compte, si tu laissais faire...

P Oui, il y’a peut-être une maladresse de ta part...

M Tu demandes... c’est toujours par anticipation quoi. Et ça c’est la façon que tu fais pour tout. Je veux dire c’est toi, donc avec Jean-Baptiste tu agis pareil. C’est sûr...

E Oui, c’est pas toujours facile. Au niveau du contact qu’il a eu avec le livre. Quand est-ce qu’il a eu ses premiers contacts ?

M Il était tout petit. Tout petit il a toujours eu...

P Des petits livres pour les bébés. On avait des livres où il y avait les couleurs et les formes. On a eu tout ça.

M Tout petit, il a toujours eu des livres.

P J’ai beaucoup jouer avec Jean-Baptiste quand il était petit qu’avec François.

M Oui, mais François il va apprendre avec son frère. Donc c’est différent.

P On se mettait sur son tapis, on jouait aux cubes, on jouait à des tas de choses, on installait des choses.

M Il a toujours eu des livres tout petit.

P Il a toujours eu des livres à sa disposition.

M Il va dans sa chambre, il prend des livres, il se sert, il aime bien... bon il dit qu’il lit l’histoire, mais il est incapable de lire une histoire...

E Tout seul, dans son coin ?

M Il fait sa petite histoire rien qu’à regarder les images. Il raconte.

E Est-ce que vous lui racontez des histoires dès fois le soir ?

P Alors là, on a un peu stoppé. Mais autrement, On en a lu, on en lira encore, pour vous dire vrai on a un peu stoppé.

M Disons qu’il y a eu plein de choses, depuis deux trois mois.

P On ne lit plus actuellement mais il adore ça. Dans son lit...

E Vous lui racontez des histoires ?

P Bah ! Enfin ! Oui ! On lit des histoires, par contre je ne lui raconte pas des histoires.

E Oui, vous lui lisiez des histoires. Depuis quand vous faites ça ?

P Pas tout petit, mais presque.

M Ben si, parce qu’il avait ses petites histoires d’ours brun, là, donc y’a deux trois lignes, deux trois pages.

E Ça c’est arrêté à petit ours brun ?

M Y’avait quoi ? Winnie, y’avait...

P Blanche Neige...

M Blanche Neige, on a dû lui lire des centaines de fois.

P Je sais pas, je l’ai lu au moins 30 ou 40 fois.

M A chaque fois, c’était une histoire. Et puis il avait un livre aussi, il y avait une histoire par soir, on l’a fait un certain temps mais on ne l’a pas fait sur l’année. C’était une année complète de livre, et on l’a peut-être fait six mois ce truc là et il préférait des histoires plus longues, enfin différemment.

E Et c’est une chose qui arrivait une fois par semaine euh ?

P Ah non, c’était plus régulier que cela ! Pas tous les soirs mais presque...

E C’était vous... vous ?

M L’un ou l’autre.

P On inversait les rôles. Et puis ça permettait d’être plus calme par que là il était allongé...

M Ah et puis il était toujours dans son lit...

P Et puis après on discutait de l’école et tout ça.

Z Et là vous avez arrêté depuis quelque temps ?

P Oui, depuis quelque temps.

M Depuis quelque mois. Mais nous ça devient moins régulier.

P Depuis son entrée au CP...

M Il avait moins envie qu’on lise, pour lui la lecture, c’était un peu plus ses fiches de lecture de l’école. Il accrochait un peu moins aussi. C’est vrai qu’on a un petit peu laissé... de peur qu’il soit trop saturé en fin de compte. Trop de... . Il va prendre des livres quand même mais bon vraiment la lecture c’est moins...

E Il a des livres qui sont à lui actuellement ?

P Ah, il a tout un placard.

E Oui, il en a combien à peu près ?

P Ah je sais pas mais il en a au moins, quand même... 40-50 bouquins.

M Moi, je l’avais abonné...

P Il est abonné aux belles histoires.

E Il est abonné aux belles histoires.

M Ça il les lit. On en reçoit un par mois donc c’est vrai que bon...

P Oui, mais tu vois, l’autre jour, je lui ai dit, tiens voilà ton bouquin, ben il l’a pas décacheté... il l’a pas ouvert.

M On l’a pas lu encore. Il est fermé. C'est vrai qu'il ne veut pas le lire

P Avant c’était une sacrée fête, maintenant c’est plus la fête. C’est pas comme avant quoi.

E Vous l’avez toujours abonné... ?

P Oh oui, à des petites choses... pour lui permettre...

M d’avoir son livre à lui.

P Les W. Disney, il tout plein de volumes...

E Vous parliez de Blanche Neige tout à l’heure, mais vous ne lui racontiez que Blanche Neige ou vous lui racontiez d’autres livres que Blanche Neige ?

P Ah bah il voulait que celui-là.

E Il voulait que celui-là.

M Ah pendant un moment, oui, c’était que celui-là.

P Oui, parce que y’avait une sorcière, y’avait la pomme rouge, y’avait tout un tas de trucs et puis après le beau prince qui vient après derrière, super.

E Y’a une bibliothèque à Basse G. autrement ? Ça vous arrive d’y aller ?

P Alors on a commencé... on s’était mis dedans.

M Il était en grande section.

P Et puis, C’était pas régulier, on lisait pas les bouquins, enfin bon... après ça s’est arrêté.

M Il n'aimait pas tellement allé chercher des livres. Il savait pas quoi choisir. Il était un petit peu perdu dans tous ces livres. A la maison, si il y a un livre qui arrive comme ça, il va prendre plus mais du fait d’avoir tous ces livres, il ne savait pas trop.

P C’était grand pour lui à l’époque.

M C’est vrai que tu as été plus avec lui à la bibliothèque que moi. Moi, je pouvais pas aller avec mes horaires..

E Et vous-mêmes, est-ce que vous lisez autrement ?

P Non.

E Vous, vous ne lisez pas.

M Moi, j’ai lu. J’ai dévoré des livres.

E Ce n’est pas une tare !

P Ce n’est pas une tare, mais y’a un moment où quand même je pourrai. Dans la journée, je pourrai lire une bonne demi-heure, entre midi et deux, je pourrai lire tranquille mais bon je n’ai pas la fibre pour la lecture.

E Et vous vous lisez ?

M Oh oui, moi j’ai dévoré. Maintenant, je n’ai plus de temps.

E Vous n’avez plus de temps de lire.

M Je vais lire pendant mes vacances ou alors des revues, des choses comme ça, mais vraiment le livre, lire, que pendant les vacances. J’en lis deux ou trois par an pas plus, vraiment les bons livres.

P Elle les lisait et puis après elle me racontait l’histoire.

E Et vous, en fin de compte, vous vous reprochez un petit peu de ne pas lire ?

P Bah oui, parce que je me dis si Jean-Baptiste me voit travailler dans la terre, il va travailler dans la terre et si il me voyait plus dans les bouquins, peut-être il copierait quoi. Quand on est petit, je crois qu'on copie ses parents, enfin je pense. Moi, quand on lisait, on lisait dans sa chambre tout seul. Donc, je ne voyais pas des gens ouvrir un bouquin devant moi. Dès fois dans certaine famille, on lit en famille.

M De toute façon, si les enfants sont bercés dans la lecture avec les parents, je pense que automatiquement ça suit, je veux dire y’a des choses, des habitudes que les enfants prennent avec les parents ça c’est sûr.

E Et au niveau des habitudes d’écrits dans la famille, est-ce que vous avez l’habitude d’écrire, enfin par exemple des petits mots comme vous travaillez tous les deux ?

P Ah oui, tous les mercredis... si je pars. comme ma femme reste à la maison, alors j’écris un petit mot. Alors ça dépend comment je suis en forme ou de l’heure où j’écris, j’écris un petit mot. Y’a un mot pour les enfants, y’a un mot pour ma femme. Chacun son petit mot.

E Chacun son petit mot.

P Et puis quand on était tous les deux, moi je partais de bonne heure, elle avait son petit mot tous les jours.

E D’accord, c’est quelque chose qui était habituel.

P Ah oui, c’était habituel. Jean-Baptiste, il va peut-être pas lire, pas écrire, mais il sait que j’ai écrit quelque part. Il recherche les billets. Les billets qu’on laisse traîner, il va chercher les billets. Et puis j’aime bien ça...

E Est-ce que quand vous faites vos courses, vous faites une liste de course ?

M Oui.

E Dans le même registre d’activité d’écriture ou de lecture, est-ce que ça vous arrive quand vous partez en voyage de faire une liste des choses à emporter ?

P Ah oui, on part pas sans.

M Ah oui, y’a toujours des listes.

E Et quand vous prenez par exemple, je suppose que vous faites des photos, comme tout le monde, est-ce que vous classez vos photos, les organisez ?

P Non.

E Bah, vous faites comme moi.

M Au début, oui. Depuis quelque temps, non c’est vraiment les paquets.

E Et au niveau de vos comptes, est-ce que vous les tenez sur un cahier, ou vous suivez les comptes de la banque ?

M Ça, c’est moi. Je suis sur des petites feuilles. Je n’ai plus de cahier.

E Vous n’avez plus de cahier, donc vous n’écrivez pas...

M J’écris, je mets, mais c’est sur des petites feuilles.

E Vous suivez vos comptes au jour le jour.

M Ah oui.

E Chèque par chèque.

M Pas chèque par chèque quand même. Semaine par semaine, je fais, mais j’essaye.

E Et au niveau des numéros de téléphone, est-ce que vous avez un répertoire téléphonique ou un carnet tout simplement ?

P Elle a quelque chose pour écrire.

E Donc vous êtes des gens qui écrivez quand même ?

P Oh bah, oui. Je suis plutôt malhabile, mais c’est vrai... y’a des fautes.

M Oui, mais t’as de l’écriture, c’est pas comme si tu prenais jamais un crayon.

P Ça ne me dérangerait pas de prendre un crayon pour écrire quelque chose. Ça me permet de revoir des petites règles de grammaire qu’on a déjà oubliées.

E On a parlé de Jean-Baptiste tout à l’heure en arrivant, vous disiez qu’il aimait bien gratouiller et tout ça. Ça fait partie de ses jeux favoris ?

P Oui.

M Oui, il joue beaucoup à l’école, il joue beaucoup à l’écriture. Bon, comme là je... il commence maintenant à faire des petits mots, tout ça. Mais, il ne sait pas ce qu’il a écrit quand il joue, c’est des lettres pas attachées, sans faire des formes de mots. Donc, il a les lettres mais pas le vouloir de faire des mots.

E Il écrit des mots ?

M Il écrit des lettres, les unes après les autres mais sans...

E Et comment vous réagissez par rapport à ses productions ?

M Je lui dis toujours que c’est bien parce qu’il y a l’effort d’écrire mais à chaque fois je lui dis ben essaye avec toutes les lettres que tu as mis sur ta feuille de mettre un mot que tu connais. Y’a certainement des syllabes mais ça non. Ça va être son prénom, ça va être papa, ça va être maman, mais ça va pas aller plus loin. Alors que bon avec l’école, normalement, il est capable de faire des mots quand même. Il aime énormément jouer... mais il a toujours le rôle, c’est le maître.

E C’est ça. Donc il aime bien écrire, il aime bien dessiner, il fait cela depuis longtemps ?

M Oui, il a commencé par la peinture. C’était la peinture parce que j’ai un frère qui faisait de la peinture, donc il a fait pareil. Avant de tenir un crayon, je crois qu’il a tenu le pinceau. Mais maintenant, c’est pareil, depuis un an, un an et demi, la peinture ça le, avant je le gardais à faire des mercredis après-midi entiers à faire de la peinture, y’avait des feuilles partout, des cahiers... Maintenant c’est fini, il a fait y’a quinze jours mais ça a duré dix minutes, juste le temps de sortir le matériel, il a fait un petit truc et après fallait ramasser. Il en avait marre. Avant c’était vraiment la passion la peinture.

E Est-ce qu’il aime bien jouer à des jeux tels des jeux de société par exemple ?

P Des jeux de société ? C’est pas facile de l’atteindre là, parce que, il y a un perdant et un gagnant. Et Jean-Baptiste c’est du genre j’aime pas perdre. Ou alors, je triche.

M Ah ! il veut tricher.

P Alors non. On joue, si tu triches, on ne joue pas. On joue, on ne triche pas ! Si on commence à apprendre en trichant dans un jeu de société il va apprendre à jouer en trichant puis le jour où il tombera sur quelqu'un à règle. Sa grand-mère maternelle, elle lui apprend à jouer aux dames. Avec la grand mère paternelle, c'est pareil. Tandis qu’avec moi, j'ai du mal à tenir aux dames.

M Nous deux on est pas jeux de société, non plus.

P On est pas très cartes, on n’est pas...

M On va pas sortir facilement un jeu de société pour dire.....

E Quand on dit jeux de société, ça peut être le jeu de cartes mais aussi le jeu éducatif que l’on vend dans les commerces, les puzzles...

P Les puzzles, c’est pas beaucoup............ y’a un petit jeu aussi où il y a une planche à trous, y’a des personnages de Disney. On cache tous les pions et on reprend les........... Faut mémoriser, savoir où ils sont cachés. Là, il a pigé le truc mais dès qu’on a mémorisé un petit peu plus que lui, c’est fini. La dominance du gagnant, il aime pas du tout.

E Au niveau de la télévision, est-ce qu’il la regarde la télévision ?

P La télévision, oui, il va regarder. Lui, ça ne le dérangerait pas d’être tout seul dans son lit et puis de regarder la télévision...

E Il a la télévision dans sa chambre ?

P Non, il saute du lit, il se met sur le canapé. Alors bon ! Y'a des matins, je ne veux pas de ça, parce que c’est trop. A la limite il oublierait de déjeuner pour...

E Il la regarde régulièrement ?

P Le soir, non.

M Le week-end. Ce matin, il s’est levé, il a allumé la télé, il est allé dans sa chambre, il avait le bruit...

P Il avait le fond sonore, à la limite les fonds sonores, lui, impeccable. Après, il va jouer sur son tapis. Mais le fond sonore, oui.

M Il est pas télé. Bien disons qu’on a pas de magnétoscope non plus. Automatiquement, si il veut regarder les dessins animés, c'est quand cela se présente à la Télé.

E Combien de fois regarde-t-il la télévision par jour ? Une demi-heure, une heure par jour ?

P Une petite heure.

M Ça dépend des jours.

P Plus le mercredi avec toi, peut-être, quand il ne peut pas aller dehors. Autrement...

M C’est le maximum.

E Le matin, l’après-midi ?

P Si, en fin d’après-midi, chez la nourrice. Il a son petit quatre heure et après il demande. "est ce que je peux regarder la télévision ? ".. Il a sa petite télévision pendant un quart d’heure puis après moi, je viens puis... c’est fini.

M Et puis l’été, la télé n'est pas souvent allumée...

P Nous, on regarde la télévision quand tous sont couchés. Mais il est 23 heures, 10 heures et demie, c’est des émissions pour les grands.

E Ils se couchent tôt ? Ils se couchent vers...

P C’est pas 20 heures. C’est 21 heures. On regarde la météo, le temps du lendemain, le temps du week-end et puis on va au lit...

E La télévision, c’est quelque chose qu’il regarde mais pas forcément...

P Oui, c’est pas un accro.

M Y’aurait pas la télé, je ne pense pas que cela lui manquerait.

P La télé serait en panne, bon... je ne sais pas... si, on la ferait réparer, bien sûr. .............. On est parti quinze jours cet été, y’avait pas de télévision dans la location, un petite radio pour avoir les infos mais c'est tout !...

E Au niveau de la méthode de lecture qui est employée, est-ce que vous la connaissez, est-ce que vous avez été informé, et de façon générale qu’est-ce que vous en pensez ?

P On a lu la préface de Gaffi, son premier bouquin à la rentrée. Honnêtement, j’ai pas compris grand chose.

E Vous n’avez pas appris grand chose ?

P Non, mais au fur et à mesure qu’on venait. Je crois qu’il est dans la méthode semi-globale je crois. C'est par rapport à soi, je ne comprends pas trop, on ne fait pas attention aux syllabes, c’est tout d’un coup quoi.

E Et vous êtes déroutés un petit peu par rapport à ça ?

M Oui, moi, au début j’ai eu du mal à lui faire la lecture. Enfin, l’aider parce que c’était les syllabes entières sans connaître. A chaque fois je lui disais ça c’est un l un a. C’est vrai qu’on avait vu Mme D., elle nous avait dit « faut faire chanter les lettres ». Mais c’est vrai qu’en fin de compte il devrait y avoir une réunion d’informations au début de l'année.

P D’information au début de l'année. Comment on apprend à lire à l’enfant. Ce serait très bien, une petite réunion, 15 jours après la rentrée, comme ça, on serait tous sur la même longueur d'onde. Je pense que ce qu’on fait on doit pas être loin de la vérité...

M Non.

E Mais vous vous sentez un petit peu déroutés ?

P Oui oui oui !

M Pour moi, ça va vite. Quand je vois toutes ces fiches, chaque fois c’est différent. Mais comment...

P Comment il va ingurgiter. tout ça. Et puis est-ce qu’il ingurgite ?

M Parce que la lecture de la veille, des fois, il s’en rappelle pas. On sent bien que il ne sait pas quel son il a vu à deux ou trois jours près. Automatiquement, je pense qu’après quand il retrouve ses lettres là, les sons, avec autre chose. Dans la mesure où c’est pas acquis avant... Moi à mon avis, ça va vite.

P Là je vois bien la 42ème leçon de Gaffi. On n'est pas rendu à la fin mais là il y a eu un léger décalage.

M Peut-être que pour des enfants qui assimilent ou qui... je sais pas. Y’a peut-être des choses différentes selon les enfants mais, je ne sais pas si c’est vraiment la méthode qui correspond à Jean-Baptiste.

E Vous penseriez qu’il y a une autre méthode ?

M Oui, y’a toujours d'autres solutions à.

E Quoi par exemple ?

M Reprendre les lettres. Avoir les lettres.

P Peut-être avant l’abécédaire des lettres. Comment approprier le A, le B.

M On en parle avec les collègues au boulot, les enfants c’est toujours un sujet. de conversation. J’ai une collègue, son fils a l’âge de Jean-Baptiste, il va à l’école à Chateau-thébaut et elle disait que son fils il connaissait l’alphabet. Il est sorti de la grande section, il connaissait déjà l’alphabet. Ce qui fait que pour lui il connaît les lettres donc associer deux lettres... connaissant la lettre au départ, il arrive à faire pour le LA, le FA, il sait déjà... que Jean-Baptiste tout ça, il a découvert tout d’un seul coup. Alors est-ce qu’au niveau de la grande section, il a eu un travail qui n’est pas assez approfondi, plus détaillé pour qu’au niveau du CP ils arrivent mieux à s’adapter... je ne sais pas trop. Mais là peut-être que son fils a plus de facilité mais apparemment il lit déjà que Jean-Baptiste des tout petits mots, il accroche encore. A mon avis, y’a quelque chose qui n’a pas passé, y’a quelque chose qui ne va pas. Je ne sais pas ce que cela va donner mais c’est vrai qu’une année scolaire ça va vite. Mai, juin, si ça marche pas, on va dire bon et bien Jean-Baptiste il va rester au CP. Si c’est exactement la même chose, est-ce que ça va pas encore être...

P ... le même problème. Est-ce qu’il faut pas associer la lecture et l’écriture aussi. Parce que on lit d’accord, est-ce qu’il faudrait pas prendre le papier, le crayon et une feuille et dire bon et puis maintenant je copie ce que j’ai lu pour assimiler par la main au cerveau . Parce que des gens qui retiennent par la mémorisation de l’écriture, et puis visualiser ce qu'on lit quoi....

M Il faut que je visualise énormément et puis écrire en même temps, sinon je ne retiens pas. C’est les deux en même temps.

E Bon d’accord. Et vous ?

P Oh oui, moi je vois cela comme ça. Peut-être pas tout écrire mais au moins s’abstenir tous les soirs pour avoir un petit mot d’écriture, pas le pavé, mais quelques lignes. Peut-être pas la première journée d’école, mais les premières semaines...

E Ce que vous souhaiteriez, c’est que l’enfant fasse un petit peu d’écrit à la maison ?

P Oui, écrire à la maison. Ça va être un sujet à polémique auprès des parents. Faut que les parents visionnent ce que les enfants écrivent.

M Il avait été dit que le travail à la maison c’était que de la lecture et non de l’écriture.

E C’est intéressant votre réflexion.

M A mon avis, il faut de l’écriture. Jean-Baptiste, il n’arrive pas... peut-être que Jean-Baptiste est peut-être aussi trop... On voit que par lui parce que...

E C’est de lui dont il s’agit ce soir.

M Plus d’écriture d’associée, je pense ça marcherait davantage.

E Au niveau des rencontres avec les enseignants, est-ce que vous les voyez souvent ?

M Depuis la rentrée, trois fois.

P On l’avait vu une fois, j’étais tout seul, pour une réunion au début.

M Tout le monde, tous les parents.

P Et puis deux fois, on s’est vu en tête à tête avec Mme D. et Odile.

M Justement, Jean-Baptiste nous parlait de l’école et on sentait que cela n’allait pas trop et puis en effet ça n’allait pas.

P Ça n’allait pas du tout.

M Y’a pas eu la démarche non plus par rapport... je ne veux pas leur mettre sur le dos (des enseignantes), ils font déjà pas mal de choses pour eux, mais si on va pas vers les instits si vraiment y’a un problème, ce serait bien qu’ils nous disent, on est là de toute façon, tout le monde est là pour aider les enfants. C’est en moyenne section, on s’était dit, tient il faut peut-être que l’on voit l’instit quand même pour voir un peu, et Jean-Baptiste ça n’allait pas du tout. Si on n’avait pas fait le pas, je veux dire en fin de compte... à mon avis, il y a des choses encore, peut-être que pour certains parents c’est peut-être lourd...

E On vous avait dit que cela n’allait pas en moyenne section, qu’est-ce qui n’allait pas exactement ?

M C’était toujours sa motivation, qu’on retrouve encore.

P Il est pas motivé.

M Il baisse vite les bras, pour les petites activités. Dès qu’il faut chercher un peu plus, hop ça y est. Et on retrouve exactement le même problème pour la lecture qu’on avait avant pour les jeux. Pour le jeu, il a toujours ce... il y a un petit déclic ou je ne sais pas trop ce qu’il faut pour Jean-Baptiste mais en fin de compte cela le suit depuis le début de l’école. Y’a un petit quelque chose.

P Il traîne un petit boulet qui n'est pas (FFFFFF....) Ça m’agace. C’est pas net. ce n'est pas !......... Ou alors c’est collé sur le dos à Jean-Baptiste ou alors c’est dans sa tête.

M Mais il est très changeant aussi. Y’a des jours, ça va être formidable... si il a décidé, et si il a pas décidé, ça peut être l’enfer.

P C’est l’enfer.

M Il va mener une vie infernale à son entourage. Alors, il y a des choses chez lui qu’il faut expliquer ou bien on se pose trop de questions...

P Je suis cartésien.

E Vous êtes exigeant.

P Ah c’est vrai. Je suis exigeant avec moi-même, ma personne et je suis exigeant avec Jean Baptiste.

E Cela , ce manifeste comment ?

P Tu viens manger, on appelle une fois, deux fois, trois fois... quatre fois.

M Oui, mais justement quand tu dis « tu viens manger », tu lui donnes un ordre, c’est très « tu viens manger ». Tu pourrais exactement avec le même objectif avec une phrase « Jean-Baptiste tu peux venir manger c’est prêt ». Je sais pas y’a une façon... c’est tout de suite « tu viens manger », j’ai l’impression que c’est agressif. Moi je sais que... c’est pas la première fois que je t’en parle parce qu’on a déjà... et je pense qu’au niveau de l’enfant c’est important, cet ordre là. Tu peux avoir exactement le même résultat mais avoir une façon d’approcher l’enfant moins agressif.

P C’est vrai je suis trop...

M Parce que c’est toujours...

P généreux d'agressivité, peut-être.

M Mais il le ressent certainement comme ça. Alors automatiquement, sa réaction « attends ! Je finis ! », l’air de dire j’irai pas tout de suite. Y’a toujours le petit rebelle, il se rebelle.

E Est-ce qu’il le fait vraiment exprès ?

M Non, il a pris aussi une habitude par rapport à ce que... Comme chez toi c’est aussi habituel, tu viens, tu fais ci ou...

P ......... Peut-être l’appeler une fois et puis dire nous on casse la croûte et puis dire « tu viens maintenant, trop tard, fallait venir avant ».

M On lui a fait ça déjà.

P On lui a pas fait souvent souvent.

M Non c’est vrai.

P Parce que c’est vrai que si tu n’as pas d’heure, c’est la débâcle.

M On essaye quand même de respecter une certaine...

E Est-ce que vous avez d’autres exigences ?

P J’aime bien que Jean-Baptiste soit dans son lit, qu’il soit douché, qu’il soit bien sympa.........., qu’il soit bien détendu quoi, ben comme pour moi quoi. Après une journée de boulot t’as bien sué, bon à la douche. Et là ça me permet de rediscuter avec Jean-Baptiste, là seul, sans la maman. On discute pas d’école, on discute d’autre chose hein !

M Quand tu demandes quelque chose, tu aimes bien que ce soit fait à la seconde qui suit. Pour Jean-Baptiste, faut lui laisser... il est en train de faire quelque chose, tu l’interromps comme ça, tu voudrais qu’il lâche tout en une seconde et hop qu’il soit à toi, disponible. Je dois dire toi si à chaque fois on disait bon Jean-François, même nous un adulte y’a des choses qu’on n’apprécie pas, je pense que par rapport à un enfant y’a des choses que l’on doit respecter aussi. Mais c’est sûr qu’on a dès fois la fatigue de la journée...

E Vis-à-vis de l’école, on a parlé d’exigences scolaires, est-ce que vous en avez d’autres exigences scolaires ? Quelles sont vos exigences au niveau de son travail par exemple?

P ... Je lui ai dit que je veux que tu fasses ton travail à toi, je ne veux pas que tu fasses le travail de l’autre à côté. Parce que si l’autre s’est planté, toi tu vas te planter. Si toi t'a marqué la bonne chose et que lui il a fait une erreur, tu raye et tu recopies, c'est zéro ! Le travail, il est personnel, il est à toi ton travail. C’est ta propre recherche. Cela demande beaucoup plus de travail (L'enfant arrive dans le salon pour signaler un problème de fuite d'eau )......... Autrement, il est au top...... c'est vrai que De vocabulaire très bon, il dit des super gros mots, il est super vulgaire, comme moi, mais autrement il a un super dialogue. Un dialogue, pas d’adulte, mais bon, il dit des choses.........

E Il va souvent chez sa mamie !

P Oui, chez sa mamie du côté il ne va que quand on a des rendez-vous, on le dépose là-bas, sinon on a une nourrice qui a élevé Jean-Baptiste, qui le prend, il est bien là-bas, il est comme chez lui. Il se tient d'une façon différente chez sa mamie, chez sa nounou, chez lui et à l’école. Donc il a quatre aspects, c’est comme ça.

E C’est normal.

P Normal, je sais pas parce qu'on a la même personnalité, pour nous, elle est la même au travail qu’à la maison, enfin à peu près Lui , c'est différent, c'est quatre facettes différentes.

E Oui, mais on s’adapte.

M On n’a pas une personnalité suivant avec qui on est.

P Non mais je veux dire, il a quatre facettes. Quand il est chez nous il a sa facette...

M Oui, mais à la maison, c’est aussi son chez lui. Si il a envie de se défouler. C’est sûr que je préfère qu’il se défoule ici et qu’ailleurs il se tienne bien. A la rigueur, c’est un enfant qui peut s’adapter en fonction d’où il est mais à la maison c’est aussi...

P Le défouloir.

M Bah, chez moi quoi.

P Je suis chez moi quoi. Y’a plus de retenues.

M C’est vrai qu’on aimerait qu’il soit un peu plus calme, c’est vrai faut qu’il arrive aussi à se défouler.

P Jean-Baptiste, il a que six ans mais il en paraît huit. Bâti comme il est bâti. Et peut-être aussi que sa corpulence phénoménale, nous, peut-être, qu’on lui donne beaucoup trop de choses, des choses intellectuelles, on voudrait qu’il soit déjà un grand. C’est vrai qu’il sera grand un jour, de toute façon. Peut-être qu’on a envie qu’il soit... et peut-être que dans petite tête il est encore un petit enfant.

M Je pense qu’il y a eu aussi l’arrivée du petit frère aussi. Il était tout seul pendant cinq ans. C'est vrai qu'ils ont 5 ans d'écart. Pour lui, c’est important, faut qu’il partage. Et puis on avait pris des habitudes avec lui, on avait fait des choses...

E Il n’a pas vécu cela comme une intrusion ?

M Non, il n’a pas fait de crises de jalousie, il a pas été... Bon en même temps, on sent quand même que dès fois, il aimerait que...

P Il demande, vous avez fait quelque chose avec François, est-ce que vous l’avez fait aussi à moi.

M Il a besoin d'être rassuré, de savoir.

P On lui dit « y’a pas de problème, tout ce que tu vois qu’on fait à François on l’a fait d’abord à toi ». On lui dit bien qu’un moment donné il a eu sa part... enfin pas sa part, ce qu’on a fait à François, on l’a fait à lui. Il a pas plus que l’autre que l'autre.

E Et au niveau de votre famille, pour vous deux, est-ce qu’il y en a un qui décide davantage que l’autre, est-ce qu’il y a un chef de famille déterminé, qui organise ?

P Oh y’a pas de...

E Vous, vous êtes plus fonceuse ?

M Oui.

P Moi, avant de sauter la barrière, je regarde à quelle hauteur elle est. Si je peux l’enjamber ou pas.

E C’est une qualité aussi.

P Si je peux l’enjamber c’est bon, si je ne peux pas l’enjamber, je me dis « oh la la », Marie est là pour me pousser derrière, donc ça va.

M De toute façon y’a toujours une solution à plein de choses, donc y’a pas de raison. Sinon on est inquiet, est-ce qu’on va réussir, est-ce qu’on va faire-ci, ça. Donc déjà on est pas mal inquiet ? donc, si..

E Vous êtes pas mal inquiets ?

M Ah oui. On est de nature inquiète. On pense longtemps les choses avant... avant de sauter la barrière.

E Au début de l’entretien vous parliez de l’inquiétude que vous aviez de l’entrée au CP de Jean-Baptiste, est-ce que vous, vous le manifestiez davantage ?

P Oui, c’est une classe que j’avais pas redoutée mais qui m'était tombée sur le poil, deus années de C.P. Alors là ! bon !......

E C’est un souvenir pour vous ?

P Ah ! oui ! vraiment, après on en a discuté entre amis, adultes et tout ça. Et après on m'a dit, tu sais, c'est les statistiques...., quelqu’un qui passe pas au CP, en général va pas au bac. Pour moi, ça c’était bien passé comme ça les statistiques. Je peux pas dire que je n'ai pas mon bac et pas de boulot. Je voudrais dire, que c'est vrai que, intellectuellement il y a toujours quelque chose, j’ai pas vu des tas de trucs que Maryline elle a vu elle en tant que scolarité jusqu’au bac et après, elle a vu des trucs à l’école et ça me manque. Justement, j'ai un manque de savoir et bon, je sais lire, je pourrais accéder au monde du savoir en lisant mais comme je n'aime pas lire, je ne lis pas et j’aimerais pas que Jean-Baptiste ait cet handicap pour discuter. Enfin bon, on est pas obligé d’aller jusqu’à bac + 2, ou bac + 3 ou autre chose mais...

E Et vous, vous n’avez pas vécu cette inquiétude au niveau du CP ?

M Au départ, non. Maintenant un peu plus parce que je m’aperçois que Jean-Baptiste il y a quand même des choses qu’en fin de compte on aurait dû faire plus de choses avec lui...

E Quoi par exemple ?

M Je sais pas, peut-être plus de jeux, sous forme éducative. Peut-être plus de choses, je sais pas, des sorties... j’en sais rien. La façon dont on aurait pu... pour réveiller sa motivation, il y a quelque chose qui manque et lui donner plus envie de...

P de chercher. Regarde à Noël, il a eu le dictionnaire par sa grand-mère. Et ce dictionnaire il pensait que c’était un livre pour jouer. Manque de pot, c'était un bouquin

M Et pas n'importe lequel.

P Et pas n'importe lequel aussi. Je lui ai dit ce dictionnaire c’est un outil, ça s’utilise. Je lui ai montré que bon en fin de compte, on est tombé sur un mot dans un livre et on savait pas ce que c’était le mot. Je lui ai dit, c’est pas grave, on a l’outil maintenant. J’ai ouvert le dictionnaire et je lui ai montré comment cela fonctionnait. Et je lui ai dit "tu vois ça sert un dictionnaire". Par rapport à un handicap qu’on a trouvé tous les deux sur un bouquin, j’ai pris le dictionnaire et en fait là il a compris ce qu’il voulait dire.

M Il a envie d’aller chercher aussi.

P Je lui ai montré à quoi servait ce livre là. C’était un outil qui servait. C’était spécifique.

M Le C.P., c'est vrai, c’est notre entourage aussi. Y’a des petits neveux, petites nièces qui n’ont pas bien passé le CP et qui ont maintenant des difficultés incroyables. Est-ce qu’il y a pas quelque chose à faire avant cette entrée au CP justement pour que cette classe se passe mieux ou alors est-ce qu’il y a pas des choses à réorganiser au niveau du CP pour que cela se passe mieux, je sais pas, y’a quelque chose. A mon avis, y’a certainement quelque chose, je ne sais pas quoi mais.

E Y’a quelque chose pour vous à faire, de quel ordre ?

M Bah, je sais pas.

E Donnez vos idées ? Au niveau de l’école ?

M Oui, éveillez l’enfant, donnez le goût à l’enfant, que cela ne soit pas bon, maintenant il a la fiche de lecture, la fiche de math, que ce soit moins...

P Bien avant le CP.

M Dès fois je me dis j’aimerais bien être une petite souris pour voir comment c’est, en fin de compte parce que l’instit me dit ça se passe comme ça et Jean-Baptiste me dit ça se passe comme ça... Mais réellement si c’était pas qui était à sa place à Jean-Baptiste, comment je trouverais la classe. Est-ce que pour moi ce serait simple ou difficile, j’arriverais peut-être mieux à comprendre Jean-Baptiste ou voir le rôle de l’instit. Mais plusieurs fois j’aimerais vraiment être dans le coin de la classe...

E Quelque part vous remettez en question l’école ?

M Oui, peut-être l’approche de l’école par rapport aux enfants. Maintenant c’est vrai les enfants sont différents par rapport à nous. Je vois même quand on arrivait le soir à la maison, j’avais pas papa maman derrière pour les leçons. C’est pas pour autant que je n’ai pas aimé les faire, ce n’est pas pour autant qu’on a pas réussi. Maintenant, j’ai l’impression qu’il faut passer énormément de temps avec les enfants... Alors si on est des parents disponibles alors ça va mais si on n’est pas disponible, comment vont faire les enfants ?

E Est-ce que vous vous considérez justement des parents disponibles ou indisponibles ?

P M Je pense qu’on est des parents disponibles quand même.

M On s’organise soit l’un ou l’autre mais y’a toujours un des deux, de toute façon pour... c’est primordial. Mais je sais pas, c’est l’école en général qui a dû évoluer aussi ou la façon de travailler. C’est pareil ils ont énormément de fiches, tout est polycopié. Si c’était manuscrit, est-ce que pour l’enfant ce serait pas déjà plus une approche de l’écriture. Parce qu’ils écrivent en attaché alors qu’ils lisent en script. J’ai l’impression qu’il y a un mélange de plein de choses.

P Ils mixent pas mal de choses. Y’a un manque de repère, je trouve peut-être.

M Nous on avait beaucoup de choses, c’était écrit. On écrivait énormément de choses. Y’a toujours l’écriture, j'ai l'impression que ... (rire), on retourne encore vers l'écriture.

P Y’a un manque de travaux pratiques manuels avec l’écriture. C'est vrai, Faut pas prendre ça pour une punition l’écriture, faut pas prendre ça...

M Je vois quand il faut reconstituer une phrase avec un support d’images à remettre dans le bon ordre. Ça Jean-Baptiste ça marche, ça fonctionne. Mais dès que ce sont les mots à la place des images, la phrase il sait plus. Donc il a pas associé le mot à quelque chose, y’a pas de... c’est comme si c’était du russe ou du j’sais pas quoi...

E Le mot n’a pas de signification.

M Non, y’a pas de signification. Donc en fin de compte si on voit l’histoire, on va dire si c’est sous forme d’écriture, Jean-Baptiste connaît pas l’histoire, il n’a pas réussi, par contre si c’est sous forme de collage ou autre et bien Jean-Baptiste va très bien réussi. Je veux dire y’a des choses que, on a vu au niveau. de l'écriture, y’a certainement autre chose à faire, je ne sais pas quoi.

P Une manipulation de lettres à faire des lettres. A mon avis, il y'a ça. Jouer avec des lettres sur un tableau magnétique, je ne sais pas...

E Il a un jeu comme ça à la maison ?

P Oui. Il a son tableau magnétique...

M Il a son tableau magnétique, il colle les lettres, il les déplace, il essaye de faire des choses oui mais bon ?...

P J’avais commencé à faire le tour de la semaine, lundi, mardi, mais il n’avait pas accroché. J’avais acheté un paquet de lettres supplémentaires, alors bon !, mais ça marche pas. Même les jours de la semaine, maintenant c’est acquis mais il a été longtemps, il a fallu que je fasse sur une grande enveloppe, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, que je mette des couleurs différentes et à côté j’avais mis un petit symbole. Lundi, une petite maison avec écrit dessus école, mardi école, mercredi j’avais dessiné un bout de jardin avec des ballons et un petit vélo, jeudi même topo, maison avec école, vendredi maison avec école, samedi la maison entière avec le bout de jardin, ça veut dire samedi matin à l’école, samedi après-midi à la maison. Et le dimanche tout le monde était réuni.

E Et il a réussi progressivement à comprendre ?

P Oui, il a réussi mais bon il a fini mais il a fallu passer par des enveloppes

E Maintenant il sait quel jour on est, il n'en a plus besoin.

P Il sait quel jour on est. c'est comme la gauche et la droite.

P Synonyme de la douche, pour l’instant, j’essaye... c’est une éducation, eau chaude, eau froide, le bleu, le rouge... c’était des petits trucs que je voulais qu’il dissocie très vite.

M La notion de temps, les enfants ne savent pas ce que c'est. c'est pour ça que c'est plus dur. Ca , c'est tous les enfants. Même les repères dans la journée, il a du mal à se repérer pour savoir si c'était le matin ou l'après-midi.

P Maintenant on a un calendrier dans la cuisine à sa hauteur et tout avec tous les mois de l’année, tous les jours de l’année, c’est quelque chose, y’a de quoi potasser.

E C’est quelque chose que vous utilisez souvent le calendrier, l’agenda ?

P Oui.

E Vous écrivez journellement.

P Oui, pour mémoriser, tout ça.

E Et vous, vous en avez besoin.

P Moi, j’en ai besoin personnellement.

E Et puis Jean-Baptiste vous voit faire, sans doute.

M Oui, c’est vrai que ça a été long les jours de la semaine, quel jour on est, la journée, ça a été... C’est l’heure du repas, c’est le goûter, c’est... c’est tous les jours.

E Ça a été une découverte un petit peu cette longueur dans le temps, les choses à acquérir qui pour nous sont choses courantes.

M On pensait même pas que cela allait lui poser un problème. C’était pas une question qu’on s’était posé.

E Pourquoi se poser un problème alors qu’il n’y en avait pas.

M Il y a plein de choses comme ça, en fin de compte qu’on découvre que les enfants...

E Et ça ce genre de chose, vous auriez aimé être averti ?

M Moi, je pense, oui, on a pas assez... J’ai l’impression que le rôle de parents on le découvre au fur et à mesure avec............. Mais je pense qu’au niveau de l’école, on n’a pas toujours les programmes, ou il aurait fallu plus nous expliquer, à nous, plus dire, les enfants y’a pas que les notions de temps, y’a pas que ceci ou cela, ou faut approcher d’une certaine façon. Ça on l’a appris au fur et à mesure qu’on est allé aux réunions ou qu’on a demandé des rendez-vous avec les instits... On est allé devant pour essayer de répondre aux questions de Jean-Baptiste aussi, parce qu’il y avait dès fois on ne savait pas trop.

E Vous étiez un petit peu perdu.

M Y’a des choses maintenant qu’on saura. Y aura d’autres choses mais on est préparé. Ce sera différent parce que l’enfant est différent de toute façon. C’est vrai qu’au niveau de l’école, le CP, l’apprentissage de la lecture, on est un petit peu...

E Un petit peu ?

P Mieux vu, on a mieux vu ce qui se passait, oui , par rapport à ce qui se passait.

M C'est vrai que l’inquiétude que tu avais, il l'a peut-être ressenti...........

P Pour moi, de lui dire que j’avais échoué, peut-être...

E Vous lui avez dit que vous aviez échoué en CP ?

P Oui, j’aurais peut-être pas dû lui dire.

M Tu lui as dit dans le sens que si tu travailles pas un petit peu, si tu bouges pas un petit peu plus, ça risque après de...

P Tu vas faire comme moi, tu vas végéter quoi.

M Mais pour lui il sait pas...

P Tu vas rester tout petit, tu vas pas grandir. Je ne lui ai pas dit comme ça. Moi je vois ça comme ça. J’ai voulu assimiler. C’était tellement important pour moi, la scolarité, j’ai tellement été bouleversé de pas avoir réussi ma scolarité, c'est que après, ça c’est quelque chose, toute sa vie on s’en mord les doigts, mais bon...

E Quelques petites choses importantes pour avoir la photographie générale. Votre année de naissance ?

P 64

M 66

E Votre profession ?

P Horticulteur.

M Secrétaire adjointe administrative ?

E Vous êtes fonctionnaire ?

M P Tous les deux. Agent territorial.

E Le dernier diplôme que vous avez eu ?

P Le seul et unique : un CAP horticole en 82.

M Le bac après la filière CAP - BEP. J’ai repris une année d’adaptation. J’ai repris le bac général puis 3 ans en droit sans avoir de diplôme.

E Vous avez fait des années supplémentaires après le bac ?

M Oui, j’ai fait une année d’école de notariat et après la fac de droit.

E Au niveau de votre logement, vous êtes propriétaire là où vous êtes ?

P Oui, depuis 7 ans.

E Votre revenu mensuel global. Entre 5 et 10.000, entre 10 et 15, entre 15 et 20, au-delà de 20.

M Entre 10 et 15.

E Voilà. Avez-vous autre chose à rajouter ?

P Si cette étude peut servir, ce serait intéressant....

M On aura des résultats ? De voir un peu la démarche après, comment cela va suivre... Quand on parle avec d’autres parents des enfants comme Jean-Baptiste, on a l’impression que tout le monde a des soucis, j’ai pas eu encore, ou alors c’est le hasard, on a pas entendu dire des parents que tout roule bien, à part un ou deux. Sinon j’ai l’impression que tout le monde est confronté au problème de lecture, au passage de CP, c’est pour ça je me dis y’a certainement quelque chose qui va pas. Pourquoi y’a autant d’enfants qui suivent des cours d’orthophonistes maintenant, dès qu’il y a un petit problème, il faut aller voir un psychologue pour les enfants. Est-ce que c’est pour développer des métiers maintenant par rapport à autrefois, est-ce que c’est un besoin...

E Jean-Baptiste ne voit pas l’orthophoniste ?

M Non. Mais ce sont des choses qui se sont énormément développées quand on en entend parler autour de nous, la plupart des parents, tous les enfants vont chez l’orthophoniste. Moi, je me dis, si y’a l’école, en plus l’orthophoniste, on va tomber dans un engrenage, l’enfant va être complètement saturé, y’a l’école, y’a chez les parents, chez l’orthophoniste et c’est pas pour autant que les résultats soient merveilleux.

E On vous a conseillé des cours d’orthophonie ?

P Une fois un psychologue.

E Quel souvenir vous en avez ?

P Pas un grand souvenir. J’ai été montré, pour certifier sans doute, à ma mère sans doute, qu'intellectuellement j'étais constitué comme tout le monde, c'est ça J’avais des capacités mais comme tout le monde.

E Mais vous ne saviez pas les exploiter ?

P Je ne savais pas les exploiter sûrement.

E Il faut faire attention, à partir du moment où l’on propose l’orthophonie et le psychologue, c’est intéressant d’y regarder à deux fois parce que ça peut apporter des éléments de réponse. Je vois des enfants en difficulté scolaire et par le biais de l’orthophonie, les enfants réussissent à trouver en la personne de l’orthophoniste un tiers neutre.

P Pas les parents, pas les instits.

E Et la limite, ça peut faciliter certains problèmes. Elle ne fait pas de l’orthophonie au sens propre du terme, on redresse le son, elle fait pas d’orthophonie, elle rétablit un dialogue avec l’enfant, pour qu’il comprenne mieux de quoi il s’agit. A partir de cela, il y a une meilleure compréhension de l’enfant, on a déclenché tout d'un coup quelque chose. Je pense qu'on a fait le tour des choses... On va arrêter l'entretien là. Je vous remercie de votre témoignage