Entretien n° 25 avec Famille COLLAS - Notre-Dame du Bon Port

Le 12 mars 1998

M Ronan, c’est notre second enfant, donc on a eu quand même notre première expérience et en fait, déjà pour Emmanuelle, on a rencontré des problèmes de lecture. Donc, là on s’est efforcé d’être plus vigilant dès le départ. Mais on retrouve un peu les mêmes problèmes, peut-être en pire, parce que c’est un garçon. Aussi on a vu la différence entre l’aînée qui est une fille et le second qui est un garçon.

E Vous dites, que vous avez été plus vigilants, comment avez-vous montré cette vigilance particulière ?

P On a porté beaucoup plus d’attention. Déjà à son travail, on a plus approfondi le travail qu’Emmanuelle, on suivait le travail mais c’était peut-être plus superficiel, on avait pas d’expérience...

M On n'avait pas l'expérience, certainement, cela a dû jouer.

E Est-ce que vous considérez que votre enfant est en difficulté au niveau de l’apprentissage de la lecture.

M Ronan oui.

P Il a eu beaucoup de mal à démarrer.

M Dès la maternelle, ça nous a été signalé, nous , c'est vrai, on s’est culpabilisé quelque part, parce qu’Emmanuelle, dans sa petite enfance a été élevée chez une nourrice, à C.-P. à l’époque, c’était raccordé à une crèche familiale et puis, six mois avant le départ à l’école, à 2 ans et demi à peu près, la nourrice nous avait dit qu’elle était à la recherche d’un emploi, et ça s’est produit six mois avant la première année de maternelle. Là, on s’est remis un peu en question car la crèche familiale ne pouvait nous replacer notre enfant mais la nourrice, elle vivait en appartement, elle avait sa mère qui vivait chez elle, et elle nous a proposé pour ces six mois, nous on avait peur de déstabiliser la gamine dans la mesure où elle n’était plus dans le même appartement, plus le même environnement et tout, dans la mesure où la mère connaissait Emmanuelle et était d'accord pour la garder et pouvait la garder, on a trouvé ce compromis et en plus toi, à l’époque, tu étais de nuit. C’était pratiquement un mi-temps à la semaine car les hôpitaux ils travaillent le week-end et puis ça c’est passé comme ça et Emmanuelle n’a pas été stabilisée d’autant que sa tata, sa nounou rentrait à 13 heures le midi. C’était un espèce de mi-temps et y’avait beaucoup d’enfants autour. Ça nous a bien convaincu et on a opté pour ça plutôt que la remettre chez une autre nourrice, recommencer... Trois ans après, quatre ans après, on était resté en contact avec cette nourrice et quand Ronan est arrivé, la mamie nous a demandé si on accepterait de lui confier. On a réfléchi, et on s’est dit, après tout, pourquoi pas, c’est toujours un mi-temps, moi je travaillais à temps partiel. Mais entre-temps la mamie était partie de chez sa fille et Ronan s’est retrouvé dans un univers clos, il avait le contact avec la mamie qui le chouchoutait toute la journée mais qui ne lui a fait aucun apprentissage d’écriture, de dessin, ce qu’il aurait eu certainement où en crèche collective ou même dans une autre structure d'accueil... Quand il est arrivé en maternelle, on était en Seine et Marne, tout de suite la maîtresse nous a dit : « votre fils ne s’est pas tenir un crayon ». Ça nous a alerté.

E Il avait quel âge ?

M A peine ses trois ans, parce qu’il est de fin novembre. On s’est dit il est de la fin de l’année, il est très bébé, bon. Au départ on ne s’est pas trop affolé. Si il a trois années de maternelle à faire c’est pour acquérir tout ça. Et puis, nous on est pris par nos boulots... En fait, c’est vrai que ça nous a alerté la première année de maternelle, mais bon on travaillait à Paris, on avait chacun 2 heures et demie de transport tous les jours. C’est vrai qu’on court après le temps dans des conditions comme ça. Première année, ça s’est passé difficilement, deuxième année aussi, troisième année, on a commencé l’orthophonie. On avait fait un bilan en fin de deuxième année de maternelle, toute l’année dernière il était en orthophonie toutes les semaines, sauf pendant les vacances scolaires.

E Sous les conseils des institutrices ?

M Oui, voilà, qui avait un bilan qui c’était révélé nécessaire. Et quand on est arrivé à Nantes, en septembre 1997. Quand même, à Ponton, ce qu’on nous a dit, ce qui nous a beaucoup contrarié, en fin de troisième année, de toute façon votre fils redoublera son CP. On a rien contre, mais d’emblée, je trouvais que c’était ne pas lui donner sa chance. Arrivé ici, c’est vrai que la maîtresse, elle a eu plutôt tendance à nous encourager, « on va voir, c’est un garçon, il est très bougeant, il a du mal à se stabiliser, à se concentrer donc ». C’est sûr que quelque part, ça lui nuit de ne pas pouvoir... Il continue l’orthophonie toutes les semaines, mais bon cette semaine y’a eu beaucoup de progrès. Petit à petit ça vient.

E Vous avez plus vigilants, qu’est-ce que vous avez mis en oeuvre à ce moment là ?

P On a essayé de ne pas faire comme Emmanuelle. Emmanuelle on a eu tort parce qu’on a eu envie de lui inculquer l’envie de lire et c’est vrai qu’on a fait un choix étant petite, plutôt que de lui payer des jeux à foison, on lui achetait des livres. On se demande même, si cela n’a pas fait l’effet inverse.

E C’est-à-dire, vous avez offert des livres ?

P Des livres pour se monter une bibliothèque, pour qu’elle s’intéresse et Emmanuelle a beaucoup de mal à lire, à s’intéresser à la lecture. Donc, on a essayé d’éviter cela à Ronan pour lui laisser une part de jeux beaucoup plus importante, une part de lecture aussi.

E Vous avez acheté des livres, beaucoup de livres ?

M Pour Emmanuelle oui.

E Qu’est-ce que vous en avez fait de ces livres ?

P Elle les garde, elle les lisait. Elle les regardait tout ça.

M Ben disons, qu’on lisait avec elle tous les soirs, on lui consacrait ¼ d’heure, 20 minutes à la lecture avant de dormir.

E Tous les soirs.

M Oui, pratiquement. On était plus disponible, on en avait avec un. C’était plus facile. Pour Ronan, on le fait aussi maintenant mais dès fois c’est sa soeur, en solution de remplacement le soir. Ça y est on commence à se stabiliser, le soir, au début l’organisation n’a pas été facile. En début 97, mon mari a été muté en début d’année, moi en septembre, donc il a fallu caler tout ça dans un nouvel environnement. Ca y est, tout ça commence à se stabiliser mais c’est vrai, Emmanuelle, tous les soirs on lui lisait une petite histoire et tout et après quand elle a commencé à apprendre à lire en maternelle c’était elle qui nous lisait quelques paragraphes, on faisait le relais et tout. Mais bon, d’emblée elle ne va pas prendre un livre.

E Comment vous faisiez quand vous racontiez l’histoire, que vous lisiez l’histoire à Emmanuelle ou à Ronan, comment est-ce que vous y prenez ?

M C’est plus facilement moi. A l’époque, tu étais de nuit. Comment on s’y prenait... On se mettait dans le lit avec elle, elle se mettait à côté de moi, en principe c’était des livres avec images et des paragraphes donc je lui lisais après on faisait un petit commentaire et puis voilà.

E Vous l’invitiez à lire également ?

M Après. Quand elle a pu prendre le relais un petit peu. On se partageait la tâche.

E Vous forciez un petit peu la main...

P Voilà, c’est l’impression que cela me fait à l’heure actuelle. Ce que je n’ai pas voulu faire avec Ronan. Je l’ai laissé... Déjà ma manière de lui apprendre n’était peut-être pas la bonne.

E Comment est-ce que vous lui apprenez ?

P Moi je lui lisais tout en lui faisant voir les dessins de l’histoire, je lui lisais le texte comme ça, je ne le faisais pas participer, sauf si il me posait des questions. C’est vrai que la méthode, je pense qu'elle n’est peut-être pas très bonne.

E C’est-à-dire que vous lisiez l’histoire comme on peut raconter un conte ou vous lisiez l’histoire en disant tiens ici c’est telle lettre qui fait tel son...

P Non, comme on lit un conte. Et certains soirs, j’étais même persuadé que je lisais même très vite parce que je savais qu’il y avait quelque chose à faire derrière, qu’il fallait... c’est vrai y’a certains soirs, on ne prenait pas bien le temps...

M Tu lisais moins, tu étais moins disponible, à l’époque...

P Si j’arrive à 20 heures, c’est l’heure de dormir, je vais lui lire son histoire mais assez rapidement pour qu’il puisse dormir parce qu’il a énormément besoin de sommeil.

M Ronan oui.

E C’est un gros dormeur.

P Emmanuelle, on lisait plus facilement l’après-midi ou j’étais plus disponible.

E Et Emmanuelle tu aimais bien les histoires qu’on te racontait ?

Emmanuelle Je ne me rappelle plus.

M Tu ne te rappelles plus du tout. C’était surtout l’époque C..

Emmanuelle Je crois que le grand livre on l’a encore, dans la bibliothèque de Ronan, et chaque fois on lisait un conte.

M Celui ou il y a un jour un conte. Mais tous les Walt Disney... tu en as plus de 30 Walt Disney dans le placard. Maman, tu les as tous lu un par un mais tu ne t’en souviens plus trop.

Emmanuelle Non.

E Tu ne t’en souviens plus trop et c’est normal.

M C’était des séances d’1/4 d’heure.

P On lui a aussi acheté le dictionnaire des objets. Tu te rappelles. Elle avait l’objet et le mot en dessous.

M Ronan il le lit beaucoup.

E Vous regrettez ce que vous avez fait ?

P Pas un regret mais on se demande...

M ... On se demande si Emmanuelle maintenant, elle lit, on était chez France Loisirs, ils se sont chacun achetés un livre, là c’est nouveau, ils l’ont à proximité. Mais, c'est vrai que le fait de.....On était tellement convaincu qu’en achetant des livres on lui aurait transmis l’amour des livres et en fait, Emmanuelle, elle lit chaque soir, on l’oblige à lire, mais spontanément on sent qu’elle ne va pas le faire. Si elle a un moment de libre dans la journée, elle me dit souvent « qu’est-ce que je fais ?  », je lui dis « écoute, prends un livre et lire », on sent que ça la barbe.

E Tu n’aimes pas lire Emmanuelle ?

Emmanuelle Ça dépend des livres.

E Qu’est-ce que tu aimes les livres ?

Emmanuelle Comme ça. (l'enfant montre un livre qu'elle aime bien )

M Certaines séries, tu commences, mais pas tout. On avait essayé le « Club des 5 » mais ça t’as pas tellement pris au départ, tu pourras peut-être y revenir...

E C’est vous qui faites le choix plus particulièrement des livres ou...

M Ça dépend, quand on va à la bibliothèque, c’est eux qui choisissent complètement.

E Vous y allez souvent à la bibliothèque ?

M Ici, pas très souvent. On est inscrit, c’est la première chose qu’on a fait en arrivant. A C. on y allait toutes les semaines.

Emmanuelle La bibliothèque de l’école et il y a le Bibliobus qui passe.

M Y’a le bibliobus qui passe aussi.

E A l’école ici. Tu as de la chance. Vous avez la médiathèque qui n’est pas loin.

M Oui, à Ponton on y allait souvent aussi.

Emmanuelle Tous les mercredis.

M Quand on avait plus de temps on y restait, justement pour l’environnement. A Ponton on a assisté une ou deux fois à des séances de contes, c’est très intéressant pour les adultes parce que c’est animé, c’est vivant. C’est vrai que souvent on s’est dit peut-être on lui a trop...

E Vous mettez en rapport le fait de la nounou au départ... Y’a quelque chose qui coince...

M On en a parlé à toutes les maîtresses. Souvent les maîtresses nous ont dit : « mais non vous n’avez pas à vous culpabiliser, votre enfant a été l’abri du bruit, de tout ce qu’il aurait pu subir en collectivité ». Mais quand on est arrivé à Ponton, on nous a reproché aussi qu’il ne savait pas vivre en collectivité. Au départ il avait tendance à se bagarrer, il ne voulait pas prêter ses jouets, enfin... il était tellement habitué à être seul, la mamie lui cédait à ce qu’il voulait. Il y avait beaucoup d’anciens, elle était dans un immeuble où il y avait beaucoup d'anciens, je crois qu’elle faisait de la peinture sur soie etc. elle l’emmenait mais il était dans un club de personnes âgées. Donc, c’est vrai, il n’y était pas à temps plein, parce que moi je ne travaillais pas le mercredi, mais il y était trois jours par semaine, mais c’est vrai qu’après, on s’est beaucoup remis en question par rapport à ça. Quand on est arrivé à C. par rapport à Emmanuelle, on avait demandé en crèche collective, c’était pas possible, c'était une ville nouvelle et y’avait des mois et des mois d’attente. Donc moi, cela aurait été mon idéal, la collectivité, ça m’aurait beaucoup plu mais on n’a pas eu l’opportunité de le placer en collectivité et Ronan, ça s'est ressenti au départ.....

E Actuellement, vous le sentez en difficulté ?

P Moins, y’a un progrès. Le premier trimestre a été dur.

M Le premier trimestre a été très très dur.

E C’était dur en quoi ?

P Il disait n’importe quoi, même si il savait le mot, il disait n’importe quoi. Et ça lui arrive encore, s’il n’a pas envie de lire, il dit n’importe quoi.

M Je crois qu'ils enregistrent, qu’ils apprennent du par coeur aussi. Quelquefois, il va faire trois tentatives sans essayer de reconnaître ses syllabes, donc je pense qu’il a envie d’en finir vite aussi et quelque part il se dit si ça passe tant mieux, si ça passe pas tant pis. Ça ne se passe pas à toutes les fois.

E En mathématiques il se débrouille ?

M Oui, ça va, mais c’est pareil faut surveiller. Il veut faire vite et ...

E D’après vous, on sort du contexte particulier de Ronan, d’après vous quel est le meilleur moyen pour qu’un enfant apprenne à lire ?

M Le meilleur moyen ? Je sais pas. Je suis incompétente dans la matière, on n’est pas dans l’enseignement. Moi, j’ai le souvenir, quoique c'est relativement lointain... c’est ce que l’on appelle actuellement une méthode semi-globale dans l’ensemble, et j’ai le souvenir que l'on nous apprenait plus qu’on commençait par nous apprendre des syllabes, que là Emmanuelle, de la même façon que Ronan, ils ont un livre et au départ, c’est du par coeur. Au départ, elle avalait des pages entières par coeur. Et quand on voulait décrypter le mot par syllabe, elle ne savait pas le faire. Je pense que c’est par visualisation, y’a un certain nombre de critères qui doivent rentrer en ...

E Et vous quel est votre sentiment par rapport à ça ?

M Moi, je vois le sens inverse, je me dis : « pourquoi on ne leur apprend pas d’abord les syllabes puisque c’est la base ». Nous on lit bien... c’est quand même les syllabes qui importent, les sons. Là, on y revient après, ils y reviennent après dans leur méthode. Ça y ait ils ont un page tous les jours, du OU, du AN etc... mais je trouve qu’au départ dans l’esprit des enfants cela doit être apprendre par coeur.

E Et vous, vous êtes plus...

P J’ai pas trop l’habitude.

M Tu les suis moins. Et tu as moins de patience.

P Moi, j'ai appris à lire à l'école un peu. C'est vrai, j’ai pas fait des études trop trop poussées. J’ai appris à lire... mais j’ai pas souvenir de telle façon. Moi j’ai très peu lu étant gamin, j’ai lu après.

E Vous êtes des lecteurs tous les deux ?

M Moyennement.

P Moi, des livres j’en lis mais bon, je ne suis pas dévoreur de livres. Par contre des revues oui, beaucoup de revues....

M Toi, tu lis beaucoup de journaux. Tu as deux journaux par jour déjà,... tu es très actualités.

P Beaucoup de revues, beaucoup de magazines.

E Des revues spécifiques ?

P Sur le milieu médical, de la culture générale.

E Et vous ?

M Moi, je serais plus roman pour me détendre un peu mais je regrette Paris pour ça. A Paris, je lisais beaucoup. J’étais 2 heures et demi dans le RER entre le matin et le soir donc j’arrivais à lire, là je n’ai plus de transport, j’ai pas le temps de me plonger dans un livre. Le soir, quand j’arrive, y’a tout le courant à faire. C’est vrai qu’il y a la télé, faut pas rêver, qui a beaucoup de défauts, parce que c’est très facile d’appuyer sur le bouton et de la regarder, donc c’est vrai que quand on se couche, il est plus facilement 23 heures, le sommeil tombe plus facilement que. Je lis un petit peu, mais je ne vais pas lire des heures entières. C’est par manque de temps, si j’avais du temps au contraire, mais actuellement...

E Et vous, c’est pas...

P Non, je ne suis pas roman. Je préfère lire un livre sur une ville...

E Vous êtes plus branché sur l’événement, la vie, pas un roman qui raconte une histoire...

P Toute la culture générale.

M C’est aussi par manque de temps.

P J’en ai moins que j’en ai eu. Quand je travaillais de nuit j’en avais plus.

M On y reviendra, parce que, j’espère, on aura du temps. Plus tard, pour l’instant y’a les enfants, y’a des tas de choses à faire. Le week-end, on préfère aller marcher, faire du vélo, y’a d’autres loisirs à côté.

E Les enfants lisent autrement, est-ce que Ronan lit ?

M Le soir on fait un petit ¼ d’heure de lecture, déjà en rentrant de la classe. On a eu un premier problème à la première phase du CP parce que moi j’ai commencé un premier septembre et j’avais au départ des horaires difficiles. On voulait même me faire finir à 20 heures le soir, je n’ai pas accepté parce qu’avec les enfants, c’était impossible. Au départ je finissais à 18 heures, le temps de rentrer on pouvait pas se libérer à 18 h précises, quelquefois il était 18h30, 18H45, là ça nous a... Sur le premier trimestre ça a été difficile. Puis on est reparti sur une deuxième maison et il a fallu gérer tous les rendez-vous, les constructeurs etc... le premier trimestre ça été très dur de se recaler. Je ne travaille pas le mercredi après-midi, donc là on prend notre temps, on revoit à fond mais le premier trimestre on travaillait un peu le soir mais malheureusement on était beaucoup pris ...

E Vous aviez du mal à suivre Ronan ?

P Oui, il arrive à 18 heures...

M Et il est fatigué. Il se lève plus tard aussi. Là maintenant, il a son doudou, il est fatigué. ( l'enfant est fatigué) Le soir, il tombe. Ça y est, depuis le premier janvier, j’ai changé d’horaires, je me libère pas toujours de la même manière mais enfin, en principe, il rentre directement de l’école, ou il passe par l’étude. Si on n’arrive à ne pas le mettre à l’étude, on s’efforce d’être là et on les fait goûter. On fait d’abord les devoirs e parce que après 18 heures ce n'est plus possible ...

P On commence par la lecture.

E Comment ça se passe, pendant combien de temps ?

P Ça dépend. Y’a de jours ou il va lire sa page en dix minutes...

M Oui, s’il la connaît bien... et s’il veut bien. Y’a des soirs, et la maîtresse le dit aussi, l’orthophonie aussi, y’a des jours ça passe tout seul parce qu’il est bien décidé et le lendemain il a pas envie et là c’est beaucoup plus difficile. Faut répéter, reprendre.

P Il laisserait plus facilement la lecture pour faire de l’écriture.

M Oui, peut-être.

P Quand il veut l’écriture, il va faire une page alors qu’on ne lui demande rien. Il va la recopier plusieurs fois. Par contre la lecture c’est très difficile...

M Il est content quand il arrive sans trop d’embûches à ... quand ça va tout seul en ¼ d’heure, 20 minutes, c’est réglé. Par contre le mercredi, on reprend plus longtemps. Je suis plus disponible.

E Et qu’est-ce que vous faites pendant ce temps-là, le travail que la maîtresse demande ?

M Oui. On reste à côté de lui et puis on le fait lire, moi j’ai tendance... j’essaye de remettre en question là dessus, j’essaye de le conduire avec les doigts mais je pense qu’à l’école on doit pas lui faire ça.

P L’orthophoniste m’a dit de faire autrement.

E De faire comment ?

P De mettre, il faut que je fasse un petit triangle, de cacher la première syllabe à chaque fois, en avançant parce que j’ai un problème de vision que les gamins ont. Nous quand on a lu un mot on va vers le suivant, eux ont tendance à rester sur celui qui vienne de lire voire celui d’avant. Donc il faut cacher ce qu’ils ont lu.

E Cacher le mot précédent...

P Pour qu’ils se concentrent sur le mot à lire.

E C’est le conseil de l’orthophoniste.

P Oui.

M Que moi j’ai tendance à lui mettre le doigt en face de la syllabe et je pense qu’il sait reconnaître. Si c’est bon, j’avance, si c’est pas bon je n’avance pas. Donc il sait, il recherche à nouveau...

P Avec toi, il lit plus facilement qu’avec moi.

M Oui, parce que je pense... je suis plus patiente et il le ressent.

E Et vous lui donnez du travail supplémentaire autrement ?

P Non.

M Oui et non. Moi un petit j’aurais un peu tendance, à élargir un peu.

P Moi, je ne fais pas trop parce que la maîtresse m’a dit qu’il ne fallait pas. Une demi-heure de travail le soir c’est amplement suffisant...

M C’est même de trop, je crois.

E Une demi-heure ?

P Sa lecture et son écriture, je compte et si il veut lire parce parfois il a envie de lire avant de dormir c’est lui qui lit au lieu que ce soit nous ...

M A 20 heures en le couchant.

Ronan Une cassette !

M Non ! pas ce soir !

P Au lieu de lui lire une histoire c’est qui dit « je vais lire »... donc en gros une petite demi-heure.

M Oui, un petite demi heure parce que quand tout va bien

P Avec son travail d’école plus sa lecture avant de dormir.

E C’est quelque chose qui revient tous les soirs ?

P Tous les soirs.

M Et on approfondit le mercredi et le week-end.

P Y’a que le mardi soir où c’est relâche parce qu’il travaille le mercredi après-midi.

E Il travaille le mercredi après midi, c'est à dire ? ...

M J’arrive à le reprendre parce que je ne travaille pas le mercredi après-midi donc, on travaille, pas toute l’après-midi mais une bonne demi-heure. On revoit les mots. Chaque jour il a une page, à peu près à lire et il a deux lignes à écrire. Et en fin de semaine, il faut qu’il connaisse les mots, il a une dictée, le vendredi ou le samedi. Le mercredi, on refait le bilan des quatre premiers mots de la semaine et puis le vendredi soir en principe, on reprend les 8 mots car le samedi matin en principe il a une dictée. Hier, ça a marché à peu près bien, donc on a repris les mots de la semaine dernière. J’ai l’impression qu’il oublie vite, sur le moment il les enregistre et puis après, il passe...

P Il passe sur les mots qu’il apprend.

M Il doit lui rester quelque chose mais c’est vrai que...

E Au niveau des livres de bibliothèque, il en a combien grosso modo ?

M Il hérite un peu de la bibliothèque d’Emmanuelle. Lui on lui en achète moins. Du fait que la soeur en avait pas mal au départ.

E Il en a une vingtaine ?

M Oh oui, je pense quand même. Emmanuelle est passée à la gamme au dessus, ce sont des livres de bibliothèque, tous les livres illustrés sont..., ils montent dans la chambre au fur et à mesure. Emmanuelle aime bien, elle les lui lit de temps en temps...

P Plus un abonnement à « Je lis déjà ».

E C’est le premier abonnement qu’il a.

M Oui.

E Il n'a pas été abonné précédemment?

M Non !

P On en revient à ce qu’on disait tout à l’heure, on a pas voulu griller trop les étapes parce qu’on a l’impression qu’avec Emmanuelle, on a fait trop vite. Moi, j’ai préféré qu’il découvre de lui-même vraiment la lecture plutôt que forcer la main.

M Emmanuelle, toute petite... on avait vu une publicité dans la boite aux lettres, du genre vous recevez un livre tous les mois, pour tant de francs. On s’était dit ça va nous efforcer à nous faire un petit pactole de livres. Donc, on l’avait abonnée à ça, c’est vrai que le sujet était intéressant, ils lui serviront, ils lui servent et lui serviront encore. C’est sur des sujets variés, le ciel et la terre, les animaux.... Elle le recevait tous les mois. Autrement, on est à France Loisirs donc on lui achète tous les Walt Disney. C’est vrai que Ronan, là on l’a abonné à « Je lis déjà », Emmanuelle, elle a les clés de l’actualité toute la semaine.

P Et puis du fait qu’ils allaient à la bibliothèque toutes les semaines...

M Oui voilà, y’a la bibliothèque. Là ils choisissent...

E Où a t il commencé son apprentissage de la lecture ?

P En maternelle.

M Oui, en maternelle.

P Un peu à la maison. Parce qu’il prenait des livres à Emmanuelle et il me demandait. Comme il avait le petit dictionnaire des objets, il demandait, il regardait le mot...

M Mais je ne pense pas...

P Est-ce qu’il mémorisait ? je ne pense pas. C’est plus par curiosité, il demandait ce qui était en dessous.

M Il n’avait pas d’acquis en arrivant en CP, Ronan, niveau lecture.

P C’est-à-dire pas d’acquis ?

M Y’a des enfants ils arrivent en CP, ils savent pratiquement lire déjà. Ronan non.

P Il a eu une maternelle assez dure. Il a beaucoup de mal à s’adapter.

E C’est-à-dire que vous avez changé à plusieurs reprises de logements ?

P On a déménagé, c’est la troisième fois qu’on déménage.

E Et vous pensez que les déménagements n’ont rien favorisé ?

M Je ne sais pas, parce qu’à chaque fois la transition était relativement bonne parce que Ronan est né à C....

P Il a été déstabilisé quand même.

M Quand on a acheté en Seine et Marne, il est arrivé en début de maternelle, je pense que la transition était bonne. On a déménagé fin juin et il a commencé sa scolarité début septembre de la même année, y’avait pas de problème. On a réussi à se caler sur l’année scolaire. Par contre cette année on va pas réussir à se caler parce qu’on déménage. (rire) C'est horrible.

E Vous "redéménagez" ?

M Oui, là on reconstruit, pour la deuxième fois. La première fois on croyait déjà que c’était définitif mais total ça ne l’a pas été mais là ça y est en fin d’année, on dépose nos valises dans le sud Loire et... Mais là malheureusement, on va pas réussir à se caler sur la rentrée scolaire. On pensait que la maison aurait débuté au mois de janvier et puis y’a eu des problèmes avec le lotissement et donc, elle va démarrer si tout va bien en mai et on y arrivera au mois de décembre.

E Y’a de très bonnes écoles à Vertou, à moins qu’il ne reste à Notre-Dame non ?

M Il va rester au mois de septembre, alors qu’Emmanuelle va commencer en 6ème à Vertou. Elle, on ne peut pas lui faire de cassure en milieu d’année, et puis Ronan, de toute façon, au niveau organisation, c’est inconcevable parce qu’on est pas du tout autonome, donc il faut qu’on les proche de nous.

E Vous habiterez où à Vertou ?

M A la Grammoire. Donc, c’est vrai que le déménagement qui nous a tous déstabilisé, c’est le dernier mais c’était un choix aussi. Ronan, je sais pas si... il a commencé son année à Notre-Dame, ça allait, et par contre, la maîtresse aussi l’a senti, le 11 novembre, y’a eu une cassure, on a l’impression qu’il a réagi à toute cette déstabilisé au mois de novembre au lieu de..., nous on est arrivé au mois d’août. Il aurait pu la vivre au mois de septembre et en fait non au mois de septembre il ne s’est rien passé si ne n’est qu’il s’est enfui de l’école le premier soir...

E Tu t’es enfui de l’école Ronan ? Pourquoi ?

Ronan J’avais peur...

E T’avais peur ?

M Non.

R Non, mais c’est l’étude.

M Il ne savait pas qu’il fallait rester à l’étude.

R Parce que j’attendais pour aller à l’étude.

M Il croyait qu’Emmanuelle l’attendait dehors.

E Et puis tu t’es trompé ?

R Je croyais que c’était une étude de la grande école.

M Tu croyais que tu devais monter à la grande école d’Emmanuelle ?

R Oui, pour faire une étude avec toi.

M Maman, elle était au travail pensant que tu étais à l’étude et puis total tu étais parti de l’école et personne n’était au courant où tu étais.

E Et tu étais où ?

P Il vagabondait dans le quartier.

M Il a réussi à retrouver le square du quartier...

E Vous avez du avoir peur.

M Alors qu’on est arrivé... surtout au mois d’août ils ont été plus chez papy, mamie, parce qu’on a déménagé, y’avait la vente de la maison à Paris et tout. Ils étaient plus dans le Morbihan et quand... Moi, le premier soir je me suis affolée en arrivant à l’école et apparemment non, il avait réussi à retrouver la descente de la maison, il a retrouvé le square et puis il était venu sonné une fois à l’interphone. Il a vu qu’il n’y avait toujours personne, il est retourné au square et après il a vu qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas et il s’est mis à pleurer. C’est un monsieur qui l’a emmené au Garage à côté, la première semaine a été difficile...

E Ah.. ça n’arrive pas qu’à toi, y’a des enfants à qui ça arrive. On peut dire qu’il a commencé son apprentissage de la lecture en cours préparatoire ?

M Réellement oui.

E Et vous dans la famille, au niveau des habitudes d’écriture, est-ce que cela vous arrive d’écrire l’un ou l’autre, des courriers ou différentes choses ?

P De moins en moins, on prend le téléphone.

M Moi j’écris.

P Toi t’écris. Moi j’écris autrement. Je reprends des cours de temps en temps. Tous les ans je refais des...

E des sessions de formation...

P Je fais des remises à niveaux. Je prépare des concours.

E Est-ce que vous avez un répertoire téléphonique ?

M Oui.

E Vous êtes un habitué du répertoire téléphonique ?

M Oui.

E Est-ce qu’au niveau de votre comptabilité, vous suivez ce que dit votre banque ou est-ce que vous même vous notez...

P On fait nous-mêmes.

E Donc vous écrivez.

M Oui.

E Quand vous partez en vacances, vous faites des photos ou des films, est-ce que vous les classez ?

M Oui.

E Régulièrement ?

M Disons...

P On a beaucoup de retard mais quand on s’y met, on va s’y mettre une soirée. Sur la pochette du développement on a déjà noté nos dates et à quoi cela correspond. Après on a plus qu’à les classer par albums.

M Oui, tout est classé. Là c’est en carton.

P A une époque on a fait un peu moins de photos parce qu’il y a la vidéo.

E Vous avez la vidéo.

P Oui, donc on a fait un suivi de...

M Quand les enfants étaient petits. Ça commence à se stabiliser un peu.

P De la naissance jusqu’à maintenant.

M On faisait des montages au début.

E Des montages vidéos, vous aviez une table de montages ?

M Non, avec le magnétoscope, avec des titres, on mettait un peu de musique avec la chaîne... Au début..

P On arrivait à faire des incrustations dessus...

M C’est pareil, c’est vrai, plus ça va, moins on a le temps. Avant je tricotais, je ne tricote plus.

E Quand vous faites vous courses, est-ce que vous utilisez une liste ?

M Oui, j’en ai toujours une en route.

E Quand vous partez en voyages, est-ce que vous faites la liste des choses que vous emportez ?

P Non.

M Ah si moi.

P Moi, je remplis mon sac...

M Et combien de fois je ............... des doutes si c’est toi qui boucles les derniers bagages...

P Et encore j’en oublie.

E Est-ce que vous vous servez d’un calendrier pour noter les choses ?

P Sur un agenda.

M Chacun a un press-book.

E Au niveau des pense-bêtes, est-ce que vous utilisez...

M Y’a les post-it.

P Et on se fait des petits mots quand on ne voit pas.

M On a des horaires décalés. Y’a les répondeurs aussi quand on a un message, on a le tatoo aussi.

E Ça vous permet de vous mettre en communication.

P Ça m’a permis, quand j’étais seule ici. Ils étaient encore sur Paris...

M On n’avait pas de contact parce que toi tu étais sur la route, il est ambulancier. J’arrivais pas toujours à le joindre et puis eu un peu peur parce que c’était la première grosse séparation. Moi, je suis restée quatre mois avec les deux enfants dans la région parisienne. On avait notre maison en vente donc y’avait des décisions à prendre quelquefois des accords ou des décisions à prendre à deux. On s’était offert un tatoo pour ça pour garder le fil.

E Pour garder le contact...

P Et puis même pour les enfants. Ça leur faisait plaisir de m’envoyer un petit message.

M Il le dictait à l’opératrice.

E Est-ce que la télévision prend beaucoup de place dans votre famille ?

M Trop.

P C'est toujours de trop. C’est vrai qu’on essaye de sélectionner.

E Est-ce que Ronan la regarde beaucoup.

M On essaye, là on met des paramètres, on essaye d’être vigilant. Le soir, c’est interdiction. Le matin c’est interdit, ils ne la regardent pas ou alors cinq minutes si maman est partie avant.

P de 8h à 8H20, quand ils sont seuls. C’est très rare.

M Le matin c’est hors de question. De toute façon vous n’avez pas le temps. Vous n’avez jamais été habitué... Y’a des enfants, on en connaît dans notre famille, qui se lève plus tôt pour regarder un ¼ la télé.

Emmanuelle A C....

M A C., y’a une année... on avait des gros problèmes, quand mon mari était de nuit, c’est lui qui s’en occupait matin et soir donc pas de problèmes, et tu t’es mis dans un planning de jour, y’avait beaucoup de transports, et moi je travaillais en plein coeur de Paris aussi. On habitait dans le Val d’Oise, le matin fallait qu’on parte tous les deux à 7H1/4.... y’avait un ¼ d’heure de battement, alors on s’est dit qu’est-ce qu’on va faire. Y’avait une voisine qui voulait bien nous prendre Emmanuelle mais on ne voulait pas lui imposer à 7 H du matin. En fait, entre 7H30 et 8H moins le ¼, on te prêtait le réveil, Emmanuelle, à 8 H moins le ¼ le réveil sonnait sur la table, tu avais déjeuné, tu étais habillée, ce quart d’heure là tu regardais F.R.3, on sélectionnait quelque chose. Ça a été la seule année où. vraiment..

P C’est vrai que la première chaîne était proscrite...

M Tu as fait une sélection.

E Vous aviez un contrôle relatif sur la télévision.

P M Oui.

E Est-ce qu’il regarde la télévision actuellement ?

M Ronan, il réclame des cassettes. Il sait que le lundi non. Le mardi soir un petit peu quand Emmanuelle va à la danse, il a envie d’une cassette, c’est des Walt Disney...

E Il se repose, il prend son doudou...

M Oui, et ça le calme.

E Si on chiffrait le temps en ¼ d’heure ou en ½ heure le temps journalier ?

M Y’a des jours elle n’est pas allumée.

E Par semaine, grosso modo ?

M Je ne sais pas. Hier ils sont restés....

P Ça arrive, le samedi soir, quelquefois.

M Si on a personne... si on ne sort pas.

E 10 heures par semaine ?

P Oh non ! maximum 5 heures.

M Les vacances un peu plus. Ils vont chez papi mamie et là, il n’y a aucun contrôle, d’un côté comme de l’autre. Mais, c’est vrai que pendant la période scolaire...

P Ça arrive qu’on leur enregistre "l’instit". Nous on le regarde pour voir si ils peuvent regarder. Il y a un contrôle.

E Au niveau des jeux, à quoi joue Ronan ?

P Aux voitures.

M Oui, il est très...

P Les Play-mobils, il fait énormément de vélo.

E Quand il peut en ville...

M Oui, là on a plus de difficulté, ça c’est dur pour tous.

P Si il aime bien participer quand on joue au Taboo, au Triomino.

E Ça lui arrive de jouer à des jeux collectifs ?

M Oui.

E Souvent ?

P Nous l’hiver, tous les hivers, beaucoup de soirée à jouer comme ça.

E Tous les deux ?

P Tous les quatre.

M Tous les trois.

P Tous les trois, il se met avec l’un ou l’autre, il participe et il regarde...

E Ça c’est des choses qui arrivent régulièrement ?

P Un peu moins. L’hiver.

M Ça dépend des périodes parce que quand on va au sport d'hiver on passe 4 heures à faire des jeux de société par jour. Quand on va en vacances à la montagne, parce qu’on rentre à 5 heures. Une année on était parti tout un groupe. On jouait au moins 4 heures par jour. On jouait de 5 à 7 en rentrant On dînait....

P avec les enfants. On dînait et après on couchait les enfants, après c’était les adultes.

M ... La Bonne Paye, on joue beaucoup à la Bonne Paye. Hier ils ont joué tous les deux à Dessinons la mode quand je suis arrivée...

E Donc des jeux de société, style petits chevaux, des dames aussi ?

P Dames, pas trop.

Emmanuelle C'est rare les dames.

M Des petits chevaux, tous les deux...

P Oui ! Ils font des parties tous les deux.

E Une autre question concernant la méthode de lecture, est-ce que vous pouvez me dire votre sentiment ?

P Je trouve qu’elle n’est pas idéale parce que nous on a pas étudié comme ça. C’est vrai que c’est beaucoup de par coeur...

M Au départ.

P C’est énormément de par coeur. Donc, c’est vrai que faire comme ça et après il va mémoriser les sons, pour revenir dessus. Mais si j’ai bon souvenir on a commencé par les sons, les syllabes...

M Oui, c'est vrai, c'est le sentiment que j'avais aussi. mais bon. Tout à évolué. Les méthodes ont certainement évolué dans le sens...

E Donc, c’est un petit peu le reproche...

P Je crois que ça peut-être un peu vite. On a l’impression que c’est un peu le bourrage. Faut qu’ils assimilent beaucoup de choses d’un coup et c’est vrai qu’après... ce qu’ils ont lu, un livre, depuis le début de l’année c’est pas énorme, 60 - 80 pages, c’est pas énorme.

M Oui mais c’est pas la quantité, c’est la qualité...

P Non, non mais Je veux dire, c’est la façon qu’on leur fait ingurgiter...

M Bah justement, ça me paraît beaucoup.

P Au départ ça me paraissait beaucoup et c’est vrai qu’après... nous, on réapprend à lire avec eux.

E Vous voulez dire par là que vous réapprenez les mécanismes de base ?

P Oui.

M Après c’est par habitude... Je veux dire que l'on ne se pose plus la question après

P Moi, je réapprends à lire continuellement parce que j’ai pas fait des études...

M Oui, mais la base... comme tout le monde.

P J’ai appris à lire des revues que je ne lisais pas avant. Je lisais sans comprendre.

E Vous avez réappris à lire ?

P Oui, et avec Ronan je réapprends à lire, aussi indirectement. Parce que, t’arrives à redécomposer une phrase tu ne lis plus bêtement....

M Leurs histoires, moi j’aime bien regarder les histoires. Même sur les cassettes de Walt Disney, s'il y en a un et que j’ai le temps... on s’y laisse prendre.

P Je trouve que c’est intéressant, on redécouvre la lecture de A jusqu’à...

E Vous voulez dire par là qu’on a jamais fini d’apprendre à lire ?

P Voilà. Je prends un journal, je vais le lire pendant un ¼ d’heure, c’est vrai que je vais faire une synthèse de ce que j’ai lu parce que j’ai appris à faire des notes de synthèse. Maintenant le lire complètement...

E Vous allez au plus rapide...

P Voilà, qu’avec Ronan, je prends le temps de lire. Tu prends le temps de comprendre, de décortiquer ta phrase, de bien voir les sons que quand nous, on lit, ....

M C’est sûr qu’on ne se pose pas la question.

P On ne se pose pas la question. C’est une succession de mots, on lit. On cherche pas à décortiquer, et c’est pour ça qu’avec la technique qui arrive derrière, les téléphones et autres, on écrit plus. On perd énormément dans beaucoup de choses, en orthographe, décomposition d’une phrase et autre...

M Ça ! c’est le modernisme hein !

P Ben oui !.

E Est-ce que vous avez des règles d’éducation auxquelles vous tenez à coeur ?

P La politesse, le respect des autres. Ce qui est très dur...

M Ce qui est difficile à transmettre. Nous on sent déjà, la génération 30-40 ans, on sent la différence qu’il y a avec nos parents. On a des problèmes de conflits entre les grands parents et les petits enfants, parce que nous on a jamais parlé à nos parents comme les petits enfants leur parlent donc, c’est sûr y’a un large fossé. Y’a jamais de télé en mangeant. C’est vrai que quand on est arrivé ici, on n’avait pas d’autres possibilités car la cuisine est très petite donc il a fallu implanter comme on pouvait ici. Là on aurait tendance à suivre un événement, les informations etc... Ça c’est hors de question. Quand la télé est en route, personne ne parle. Nous, on estime que c’est le seul moment où on peut échanger dans la journée, où on est détendu, donc c’est pareil on a eu des discussions avec des amis, chacun fait comme il l’entend mais on estime que c’est le seul moment où on est disponible pour eux et eux pour nous. Déjà, y’a pas assez de temps, tout le monde a des choses à dire donc, ça systématiquement elle est coupée.

P Sinon y’a plus de communication.

E Quelles sont vos exigences par rapport au travail scolaire de Ronan ?

M Nos exigences...

P On exige pas qu’il soit carrément en haut du groupe.

M C’est comme la première expérience où Emmanuelle s’est toujours située dans la moyenne et... on en a toujours eu conscience.

P Je préfère qu’il ait une moyenne toute l’année... pas qu’elle soit, c’est vrai 13-14 c’est un minimum. C’est vrai, que je préfère qu’il reste à 13-14... on ne parle pas encore de moyenne en CP mais à ce niveau là, s’il n’a pas 18 toute l’année je ne ferais pas la guerre, mais si je vois que tout ça c’est parce que c’est un manque de travail, s’il descend au-dessous de 13-14, là je pourrais punir plus facilement. Si je vois qu’il travaille et qu’il n’y a pas de suite, je ne dirais rien... on ne peut pas réussir partout.

M On a toujours le réflexe de, tous les soirs, de contrôler leurs devoirs et travailler avec eux. Emmanuelle, il a toujours fallu faire comme ça parce qu’elle ne travaillait pas seul, ça le mécanisme on l’a. Là, c’est pareil, je trouve qu’il y a une différence avec notre génération parce que moi mes parents, j’ai pas le souvenir qu’il était derrière moi. On s’assumait beaucoup plus.

E Ça vous arrive de rencontrer l’enseignante ?

M Oui, on vient de voir monsieur M. pour Emmanuelle, la semaine dernière.

P Au moins une fois par trimestre.

M Deux fois dans l’année. Une fois en début d’année et une fois en milieu, fin d’année.

P Ronan, plusieurs fois, parce qu’il y avait quelques problèmes de discipline...

M Mais en principe deux entretiens par an.

P Autrement, quand on la voit on discute un peu.

E C’est sur votre demande ou celle de l’instit ?

P Sur la nôtre.

M Souvent c’est sur la nôtre. A Paris, de la dernière année de maternelle, il y avait une petite évaluation, y’en a eu deux ou trois dans l’année donc, c’est vrai que là déjà ça permettait de cadrer, on avait quand même un entretien d’un ¼ d’heure, 20 minutes avec la maîtresse, mais c’est à peu près la seule année où d’emblée çà se faisait...

P Ça m’arrive d’aller le chercher. Quand je vais le chercher, je vois la maîtresse... pendant deux minutes...

E C’est une discussion informelle...

M Autrement deux fois dans l’année, je trouve que ce n’est pas... un luxe quand même... on est allé en octobre novembre pour Ronan parce qu’on voyait qu’il peinait. On voulait quand même expliquer la situation car il est très agité... Je pense que la maîtresse ça lui a permis de cadrer un petit peu aussi parce que il est très agité dans la journée mais quand il s’éteint, il s’éteint. On a une vie régulière donc déjà, je pense que c’est déjà un point positif. C’est vrai à 20 heures, Ronan il est couché, à 20h15 il dort. En gros. Il tombe très rapidement sauf certains soirs le week-end ou quand on sort, c’est vrai qu’ils ont une vie régulière donc...

E Autrement dans la vie de famille, est-ce qu’il y en a un qui est plus chef de famille que l’autre ?

M Y’en a une qui parle plus que l’autre, moi en l’occurrence. Y’en a un qui est moins patient et plus sévère.

E C’est toujours le rôle des papas aussi...

P C’est vrai que dès fois je me dis :"j'aurais dû être plus patient". Ça dépend de la vie qu’on mène. Y’a des moments, nous on est énervé, fatigué...

M Où on a plus de soucis, ça dépend des périodes...

E Est-ce qu’il y a des tâches qui incombent plus à vous madame ou vous monsieur ou c’est partagé ?

M C’est relativement partagé, à part le repassage.

E C’est tout le temps.

M La cuisine, t’aimes bien le faire de temps en temps.... là on n’a pas le super équipement... Là, on campe ici, on a beaucoup de mal à vivre parce qu'on avait une maison relativement fonctionnelle, tout était fini, la cuisine était faite, le jardin était fait etc. et puis il a fallu revenir dans un appartement. Là, c’est l’enfer.

E Vous voulez dire que la famille est un peu déstabilisée

P Oui , quand même pendant un an

M C’est vrai qu’on a du mal. Disons, on a été séparé, moi ma mutation, je ne savais pas ce que cela allait donner, on a eu la vente de la maison, donc le souci financier au-dessus de la tête...

P Faut se réadapter à la vie de province aussi...

M Faut se réadapter, Emmanuelle a eu des difficultés puisque parce que dix ans, ça commence à être un peu limite. Et puis on était dans un lotissement très calme, on s’entendait très bien avec les voisins, on prenait le vélo, on était dans les bois, bon... c’est vrai que là, on a moins d’autonomie, les enfants aussi, c’est vrai qu’un jardin on y fait plein de choses.

E Vous êtes ambulancier, fonctionnaire ?

P Oui.

E Et vous, qu’est-ce que vous faites ?

M Moi, je suis secrétaire administrative donc j’ai fait 13 ans en administratif à Paris et là j’ai été mutée à la préfecture.

E Vos années de naissance ?

M 1964. Je vais d’avoir 34 ans.

P 1958.

E Et puis vous êtes locataires en instance d’être propriétaires, avant vous étiez propriétaires. Au niveau de votre revenu mensuel familial, il se situe entre 5 et 10.000, entre 10 et 15, entre 15 et 20, entre 20 et 25 ou au-delà de 25.000 F ?

M 15 et 20.000.

E Une dernière question, est-ce que vous avez redoublé une classe primaire ?

M Non. Une troisième et une première.

P Non. Une sixième.

E C’est la classe primaire qui m’intéresse. Vous vous rappelez votre redoublement de 6ème ?

P Oui.

E Et comment vous avez vécu cela ?

P Mal. Très mal. En plus c’est là que j’ai changé d’école, je suis parti....... Et en plus j’ai pas vécu cela parce que j’ai échoué, c’était plus un problème personnel à régler avec un professeur. Je lui en ai toujours voulu, j’ai toujours dit que c’était lui qui m’avait... alors que c’était pas vrai, avec le recul , c'était moi, c'est vrai que je ne travaillais pas...

E Peut-être dans votre réflexion c’est que vous auriez peut-être vu dans ce professeur quelqu’un qui aurait peut-être pu vous aider à ce moment là !

P Peut-être, mais il était très dur. J’aimais les maths et c’était mon prof de maths et il était très dur, c’était l’ancienne méthode, avec des règles au carré. J’avais un caractère et ..les circonstances familiales qui faisaient...

E Autrement, est-ce que vous avez autre chose à rajouter ?

P Moi, je trouve, on parlait de télévision tout à l’heure, je trouve qu’il n’y a pas assez d’émissions de lecture consacrée aux enfants. Il y a Pivot, mais pour eux c’est pas la peine...

M « Les chiffres et les lettres », Emmanuelle a une fois ou deux regardé...

P « Les chiffres et les lettres » et « questions pour un champion ». C’est vrai que c’est d’un niveau beaucoup plus... Pour eux c’est trop haut. A ce niveau là y’a rien pour les enfants. Ça commence sur la 5. C’est pareil c’est à des heures où les enfants sont en classe sans pour autant qu’ils passent énormément de temps devant la télé. C’est un regret que j’ai, au lieu de leur mettre ce qu'on voit à la télévision, ce serait mieux qu’on leur montre quelquefois des...

E ... des choses plus éducatives. Et vous Madame ?

M Je retournerais la question vers vous en tant qu’enseignant. C’est que là ça fait deux ans que l’on remet en question avec tous nos chamboulements. On aimerait acquérir un micro-ordinateur, un multimédia et je sais pas si, genre « Adibou » des choses comme ça, si ça peut être positif pour les enfants. Parce qu’ils commencent... y’a une relation à l’école... Pas Ronan mais Emmanuelle elle commence à s’y adapter. Ils ont des petites séances quand ils ont fini une matière de monter en salle informatique.

Emmanuelle On est deux groupes. On fait une demi-heure d’Allemand, pendant que ceux qui font de l'allemand on fait de l’informatique et après le contraire.

M Donc là on s’interroge si pour les enfants, je pense que c’est très positif, y’a pas de problèmes là-dessus mais vous, qu’est-ce que vous en pensez, dans la mesure où on a un enfant qui a des difficultés, si ça peut le faire aimer plus facilement la lecture par le biais du jeu...

E Et entre autres l’ordinateur, c’est la question que vous me renvoyez. Oui, je vais vous répondre.

P Si y’a des programmes accessibles à la télé, ça pourrait être un outil pédagogique au sein des écoles. Ils pourraient consacrer une heure dans la semaine... CE1, CE2 pour leur inculquer certaines choses. C’est visuel, ce serait peut-être plus facile pour eux. Même l’Anglais pour Emmanuelle, j’avais un ami qui était allé aux Etats-Unis et qui avait ramené des petits livres de Mickey en Anglais, c’est vrai qu’elle aimait bien les lire. Est-ce qu’on a pas un retard là-dessus dans l’enseignement...

E par rapport à ce lien télévision et puis...

P Pas télévision mais éducatif. .... la langue en dessins animés ou... Je me rends compte, quand je suis là le matin de regarder la 5, y’a des petites émissions dans une autre langue avec des petits dessins animés et c’est vrai les gamins ne sont jamais là à ce moment là, et au sein des écoles on ne pourrait pas...

(.......... Discussion après la coupure du magnétophone.......)

E Vous étiez anxieuse...

M Oui, je me suis reprochée en me disant peut-être, on veut aller trop vite. Et souvent les instituteurs nous ont un peu tranquillisés quoi. En CP, l’institutrice d’Emmanuelle me disait : « pas si vite, ne lui transmettez pas votre angoisse »...

E Ça venait de quoi cette angoisse...

M Je pense que, parce que je la voyais en difficulté, ça ne se passait pas aussi bien que je ne l’avais rêvé certainement... et donc, je ne sais pas, je trouvais que c’était difficile, à Noël elle ne savait pas lire, à Pâques ça commençait à être un petit mieux, mais ce n’était pas parfait, et puis un jour on m’a dit : « mais attendez, elle a le CP et le CE1 pour acquérir la lecture, paniquez pas ». Oui, je me remettais en question et certainement je transmettais, à mon mari et à mon enfant.

E Cette anxiété était venue au départ du CP ou un petit peu avant... ?

M Un petit peu avant mais plus au départ du CP, car je pense qu’on se formalise, plus au démarrage du CP, et on a envie que notre enfant réussisse, je pense qu’on a tous les mêmes objectifs là-dessus et...

P Qu’ils réussissent mieux que nous.

E Et qu’ils réussissent mieux que nous !

M Oui, voilà.

P Et qu'ils ne passent pas par où je suis passé.

M Toi, t’as pris conscience beaucoup plus tard qu’il fallait travailler... moi c’est par concours, c’est pas facile... c’est vrai qu’on est fonctionnaire tous les deux... on veut toujours plus, si on veut plus, faut un salaire plus, et un salaire plus, il faut le justifier, c’est tout un enchaînement. Et c’est vrai qu’on ne voudrait pas les voir peiner comme nous... enfin peiner, on ne se plaint pas, ce n'est pas la question mais...

P On voudrait qu’ils aient un déroulement de carrière et au niveau scolaire et une carrière après.

M Ça on essaye de leur expliquer. A notre époque, je pense qu’on avait pas non plus ce problème, on suivait notre scolarité, y’avait pas le chômage au bout, y’avait pas, c’est vrai... Maintenant, on essaye aux enfants de leur faire valoir que plus ils travailleront, peut-être qu’on se trompe complètement... quand on voit les affiches à l’ANPE, actuellement on demande plus des enfants manuels, on ne demande plus des fraiseurs, tourneurs, boulangers ou.... C’est sûr comme on n’a pas fait beaucoup d’études, on aimerait qu’ils nous dépassent. Ca, c’est clair.

P Qu’ils ne soient pas obligés de se refaire après.

E Qu’ils ne soient pas obligés se refaire après.

P Moi, j’ai tout repris.

M Toi, t’estimes...

E Vous avez refait une formation complémentaire après...

P Moi depuis que je travaille... depuis 83, 84, tous les ans je fais...

E Qu’est-ce que vous aviez comme niveau d’études ?

P CAP, niveau BEPC, CAP.

E CAP de ?

P Electricien.

E Et vous, qu’est-ce que vous avez comme diplôme ?

M Moi, j’ai pas grand chose non plus parce qu’en fait... Malheureusement Yves a perdu son père tout petit, donc c’est vrai que pour toi, ça a été beaucoup plus difficile. Pour moi la vie a été beaucoup plus simple parce que mes parents, ils travaillaient tous les deux, ils avaient de l’argent, on n’a pas eu la même enfance et donc, là c’est pareil, à l’époque, j’en étais pas consciente, on n’est que deux parce que j’ai un frère et... mes parents auraient voulu qu’on ait un bon métier. Mon père était inséminateur, il aurait voulu que son fils soit vétérinaire et que sa fille soit infirmière, un métier qu’il estimait correct. Jusque en troisième, j’ai eu un an d’avance et en troisième j’ai redoublé et après il voulait absolument me mettre dans un cycle secondaire. J’ai fait une seconde, après une première B, je me suis cassée la figure parce que je n’avais pas envie de travailler, parce que les copains et les copines c’étaient plus importants. Après j’ai redoublé ma première et après j’ai eu des problèmes dans l’établissement ou j’étais, y’a eu des problèmes avec le directeur, j’étais dans le privé, c’est pas une raison mais... il n’a pas voulu me faire passer en terminale. J’avais 19 ans, je me suis retrouvée dans une impasse... sur Rennes on m’acceptait, mais il n’a pas voulu que je parte sur Rennes pour que je fasse une terminale donc je me suis retrouvée à 19 ans sans issue. Comme les parents avaient les moyens, ils m’ont payé une année d’école Pigier privée, et j’ai fait un CAP de secrétaire médicale, un CAP sténodactylo et puis après je suis partie dans la vie active... Ça a été un petit acquis pour après mes concours...

E Vous avez fait des concours administratifs...

M Oui voilà. J’ai réussi un petit peu à grimper, j’estime avoir récupéré un petit peu le niveau...

E Vous avez envie que vos enfants ne vivent pas la même galère...

M Qu'ils aient plus conscience que nous, parce que je pense que là-dessus nos parents nous faisaient pas valoir ces arguments parce qu’il n’y avait pas le problème du chômage comme actuellement, non on sait qu’il faudra gérer le problème du chômage à l’arrivée parce qu’on vit dans cette époque et on voudrait que socialement ils réussissent bien.

P A l’époque tu étais fils de médecin, tu devais être médecin, tu étais fils d’ouvrier, tu restais ouvrier. Y’avait du travail à l’époque. Tu ne marchais pas à l’école, on te mettait en apprentissage ou ... y’avait du débouché. C’est vrai que tu étais peut-être un petit ouvrier toute ta vie mais tu travaillais alors qu’à l’heure actuelle, même avec un bac, une licence ou une maîtrise ou plus, tu risques de rester sur le bord de la route...

M C’est pas la même époque, les enfants, on voudrait qu’ils réussissent. Chaque parent envisage ça pour ses enfants...

P Si ils échouent mais qu’ils ont travaillé ce sera plus facile à accepter que si c’est parce qu’ils n’ont pas travaillé. C’est là-dessus que je suis plus sévère. C’est vrai que quelquefois je me suis dis je suis sévère mais y’a pas lieu, on est au départ de leur vie scolaire, je ne peux pas leur faire apprendre tout d’un coup.

E Ecoutez, il me reste à vous remercier de cet entretien.