6- Comment cerner le personnage Charles KALIS ?

6-1- Un imposteur et un escroc

Qu’il soit imposteur, trompant délibérément sur ce qu’il fut, ne fait pas de doute pas plus que sa qualité d’escroc, minutieusement établie par les rapports de police.

Ces escroqueries n’auraient pas grand intérêt pour cette étude si elles ne concernaient des personnages d’importance dans la vie politique locale, d’ailleurs appartenant aux proches soutiens d’ALAIN et si leur découverte par les victimes mêmes, loin de les inciter à rompre le mur de silence et de mystère construit autour d’ALAIN, les amenait à tout faire pour empêcher l’affaire d’être mise à jour.

Dès son séjour à Clermont-Ferrand, en 1942, l’étudiant en théologie est suspecté par son professeur l’abbé VINCENT, d’être l’auteur d’un vol de 10 000 francs au préjudice d’un autre enseignant 1 . Son commandement à la subdivision militaire de Mâcon laisse “ un souvenir assez curieux ” sur sa gestion aux yeux de Robert BOULLAY, ancien membre de l’état-major de FERRAND et de Me PRINET, notaire à Mâcon, gestion marquée par un grand flou. Il apparaît enfin qu’il escroqua des sommes importantes à plusieurs personnalités du département 2 , Laurent BAZOT, le Dr BAUD, maire de Saint-Gengoux-le-National, proche de MAZUEZ et BAZOT et Romain BUFFET, conseiller général de Saint-Gengoux. De l’analyse policière, il ressort qu’il finança les campagnes électorales initiales, de 1945 à 1947 de plusieurs d’entre eux, MAZUEZ et BUFFET notamment, à une époque où il gérait des fonds publics et que lorsqu’il se trouva sans grande ressource, il sut se rappeler à leur bon souvenir. Les mêmes fonctions lui donnaient accès à des renseignements sur de sordides affaires d’attentats, comme celui de Saint-Gengoux, lui permettant par la suite d’exercer un chantage sur les protagonistes 3 . Mais il ne s’agit pas des activités d’un escroc de haut vol. Le rapport du 28 février 1954 constate qu’il ‘“ vit d’expédients divers au détriment d’un certain nombre de naïfs auprès desquels il a gardé longtemps et souvent il garde encore son prestige ”’. Ceci est confirmé par Daniel PONTHUS qui à ce moment là, âgé de 13 ans, vit avec ses parents dans une maison contiguë à la “ maison bourgeoise ” dont ALAIN dispose alors grâce aux largesses de Mme de la GUIBOURGERE qui lui a vendue dans des conditions financières très favorables. Ce voisin se souvient 1 que celui qui est connu sous son nom d’ALAIN, comme “ un grand résistant ”, pensionné de guerre après avoir été trépané, vit assez simplement, même s’il reçoit de nombreuses visites. Les voitures sont le plus souvent immatriculées dans le Rhône. Quand à la naïveté des victimes avancée comme explication, la qualité de celles-ci permet d’en douter. L’importance de ce qui peut être imputé, au début des années cinquante, à KALIS, la défense opiniâtre que MAZUEZ exerce sans faillir, au prix de pressions sur l’activité des fonctionnaires de l’état-civil ou de la police montre qu’il s’agit de bien autre chose.

Le dernier moment de présence d’ALAIN dans la région, peu après 1968 2 est d’ailleurs l’occasion d’une ultime et lamentable escroquerie. Disposant depuis son arrivée à Iliat des services d’un homme à tout faire “ assez fruste ”, disposant de livrets de caisse d’épargne aboutissement d’une vie de travail, ALAIN, ayant obtenu une procuration sur ces comptes, profita d’une hospitalisation de cet homme pour les vider…et disparaître.

Notes
1.

Rapport RG, août 1954, p.4.

2.

Rapport des RG, 28 février 1954, p. 16-17.

3.

Idem p.8.

1.

Entretien, 14 juin 1998.

2.

Idem.