III-J.P. KABACINSKY, UN RESISTANT POLONAIS CONDAMNE A MORT EN 1948

1- Un jugement inique

Le 2 février 1948, la Cour d’Assises de Saône-et-Loire prononce la peine capitale à l’égard d’un maquisard FTP de la Zone nord de la Saône-et-Loire, Jean-Paul KABACINSKY, accusé conjointement avec son frère Paulin d’avoir exécuté le 28 août 1944 un inspecteur du service de sécurité publique de Montceau-les-Mines, alors qu’il se rendait à son service à bicyclette. Seul Jean-Paul, né en 1909 à Tomasov, comparaît. Son frère aîné, Paulin, né en 1907 à Igodonia, est jugé par contumace, après s’être réfugié en Pologne. Selon un rapport transmis le 24 juin 1947 1 par le Procureur de la République de Chalon-sur-Saône au consul de Pologne en résidence à Lyon, Paulin KABACINSKY ‘“ serait actuellement officier dans la gendarmerie polonaise et résiderait 2 rue de Hoja à Varsovie ”’. La prudence du conditionnel semble bien formelle tant la précision de l’information identifie une enquête réalisée sans difficulté.

La victime, même s’il semble qu’elle ait pris contact tardivement avec des organisations résistantes relevant de l’Armée secrète 2 , s’était signalée par sa contribution aux actions menées contre la résistance montcellienne, en particulier sa branche FTP. Le Patriote, hebdomadaire issu du Front National, lui impute dans sa livraison du 4 janvier 1949 une soixantaine d’arrestations dont 17 se seraient terminées par la déportation, 15 des victimes n’étant pas revenues. Sont imputées à ce policier les arrestations de deux cadres communistes, MARCHANDEAU, arrêté les 22 février 1942 et Paul LEQUIN de Montceau-les-Mines. A une unité près, ces chiffres sont repris par un appel en faveur de J.P. KABACINSKY le 13 décembre 1950 3 faisant état de la déportation de “ 17 résistants dont trois seulement sont revenus des bagnes nazis ” à la suite des activités de D. Son exécution, imputée à tort ou à raison aux frères KABACINSKY, semble donc bien relever de la définition des actes de guerre émise par le CFLN pour les légitimer. C’est d’ailleurs le point de vue que soutiennent publiquement des hommes entièrement étrangers au dispositif FTP le 15 janvier 1950. Ce jour là, un communiqué formule le refus, de part d’anciens responsables, qu’un “ résistant soit inquiété pour avoir exécuté un tel ordre ”, en référence à un ordre venu de l’EM-FTP. Parmi les signataires nous trouvons Me DENAVE du MLN, le capitaine DRILLEN de l’AS, NUNEZ d’ACUNA, président de l’amicale du maquis Sylla 1 et surtout Raymond BARRAULT-Jean ROCHE. Ce dernier, dont Claude ROCHAT- commandant GUILLAUME salue le caractère “ ardent et avisé ”, l’“ autorité spontanée ” “ malgré son jeune âge ” 2 fut à 22 ans chef de secteur AS de Montceau-les-Mines à partir de février 1944, avant d’endosser en mai la responsabilité des MUR de toute l’ancienne zone Nord de la Saône-et-Loire, incluant les secteurs de Montceau, Chalon et Autun. La position de Raymond BARRAULT a le poids d’un authentique chef de Résistance, mais surtout elle vient de quelqu’un qui opéra dans la zone concernée et put connaître la victime et ses activités, dont son tardif ralliement à l’AS ; enfin la vigueur de son anticommunisme comme la fermeté de son caractère écartent à son sujet toute hypothèse de mollesse.

Cela n’empêcha pas une Cour d’Assises, siégeant près de quatre ans après les faits, en une session qui vit l’acquittement des auteurs de l’exécution de CAMART à Charbonnières, de choisir d’envoyer à la mort un autre maquisard, lui aussi accusé d’un acte similaire. Certes, la sentence ne fut pas exécutée et trois ans plus tard le condamné fut subrepticement expulsé vers la Pologne, échangé, selon certains témoignages, contre un détenu politique en Pologne. Cette mesure intervenait après que le Président de la République ait accordé une remise de peine le 4 janvier 1951. Entre temps, la justice avait établi que la matérialité des faits ne pouvait clairement être établie, contrairement à ce qu’affirmait l’acte d’accusation et que KABACINSKY s’était muré dans le silence à la suite d’un engagement collectif.

Notes
1.

AD71 1545W74.

2.

AD71 1545W16.

3.

AD71 703W85, rapport du commissaire de police de Montceau-les-Mines au préfet de Saône-et-Loire.

1.

Il s’agit d’un grand maquis du Charolais, étroitement sous contrôle de TIBURCE du SOE.

2.

Claude ROCHAT, op. cit. p. 171.