Peut-il y avoir pour autant des interférences culturelles ? Les interférences culturelles ne sont-elles pas dues pour une bonne part à une méconnaissance de la culture cible ? La contrastivité participe, grâce aux questions qu'elle pose sur les différences culturelles, à une meilleure connaissance de la culture cible : l'apprenant n'adopte pas une autre culture, il modifie sa culture antérieure en l'enrichissant de faits culturels nouveaux qui lui permettent de mieux comprendre et respecter la différence et d'acquérir, à côté de sa propre compétence en C1 une compétence en C2.
La première constatation que l'on peut faire, c'est qu'il existe chez tout locuteur d'une langue une compétence dans la culture propre à la communauté linguistique de cette langue. Cette compétence comporte différents niveaux selon la communauté dont il s'agit, familiale, locale, régionale, nationale, continentale, universelle. Elle consiste essentiellement dans la capacité de communiquer et d'agir à l'aide de sa propre langue dans une communauté donnée. Hymes précise que cette compétence consiste dans ‘"la connaissance (pratique et non nécessairement explicitée) des règles psychologiques, culturelles et sociales qui commandent l'utilisation de la parole dans un cadre social."295 ’
Il s'agit en effet d'une connaissance pratique et non obligatoirement explicitée des codes régissant la communication à l'intérieur d'un cadre social donné. Tout locuteur d'une langue source se construit peu à peu et depuis son plus jeune âge. Cordonnier affirme que ‘"tout se passe comme si, au cours de l'existence, et singulièrement durant l'enfance, se constituaient différentes strates, chacune porteuse de caractères culturels, se recouvrant peu à peu, ce qui fait que certains traits culturels sombrent dans l'inconscient."296 ’ Cette connaissance n'est pas élucidée, explicitée, mais elle est pratique, même si elle recouvre divers degrés de perfection, et permet au locuteur de L1, à l'intérieur de son cadre social, de rendre sa communication plus effective.
L'apprenant d'une langue étrangère, en revanche, ne peut connaître ni disposer de ces clés communicationnelles. Il ne peut donc communiquer effectivement que lorsque le mécanisme de communication que constituent les outils langagiers aura pu être mis en oeuvre grâce à cette clé qu'est la culture dans laquelle baigne cette langue.
Il devient ainsi inévitable de recourir à une autre compétence culturelle, celle de la langue cible, pour laquelle l'apprenant devra acquérir les connaissances suffisantes lui permettant d'entrer en véritable communication avec ses locuteurs. Est-il pour autant nécessaire de jouir d'une pleine compétence de la C2 ? Ne peut-on penser, avec Baumgratz297 que la compétence transculturelle comme ‘"capacité à communiquer et à agir dans une langue étrangère"’ suffit à l'apprenant ?
La recherche de cette autre compétence culturelle ne peut se contenter d'une méthode ethnographique qui ne chercherait qu'à décrire une culture étrangère. Il est nécessaire de faire suivre ce travail de pure description par une prise de conscience qui ne peut manquer, comme le signale Byram d'introduire chez l'apprenant une perturbation qui traduit une transformation des attitudes et des concepts, ainsi qu'une modification des schèmes existants. L'apprenant ne peut manquer alors de se transformer à son tour en ethnographe et en informateur, ce qui lui permet ‘"d'acquérir une vision, par la comparaison des deux, qui ne soit complètement ni l'une ni l'autre. Le processus de comparaison entre deux points de vue permet d'avoir une prise sur les deux cultures et d'acquérir par là même de nouveaux schèmes et une compétence interculturelle."298 ’
Cette compétence interculturelle transculturelle permet en tout cas d'approcher la langue et, en même temps, la culture de l'autre, après avoir mis en évidence les différences entre les deux cultures. C'est ce que va montrer l'exemple concret qui suit.
Cité dans GALISSON, Robert & COSTE, Daniel (1976), Dictionnaire de didactique des langues, Hachette, pages 105 et 106.
CORDONNIER, Jean-Louis (1995), Traduction et culture, Coll. LAL, Crédif-Hatier-Didier, page 175. Voir en particulier le chapitre 5, "La culture de l'autre, du rejet au regard", pages 167 à 186.
Cf. BAUMGRATZ, G. (1992), Compétence transculturelle et échanges éducatifs, Hachette.
BYRAM, Michaël (1992), op.cit., page 184.