XV - FABRIQUE LYONNAISE ET FABRIQUES ETRANGERES

Au cours de l'année 1832, le saint-simonisme avait semblé faire de nouveaux progrès au sein des masses. ‘ "Le peuple qui n'a plus confiance, pas même en ses députés, s'approche, sans prévention, d'hommes qui se trompent peut-être, mais dont la conduite est au moins généreuse" ’. De bonnes et excellentes choses au fond de la croyance du père Enfantin, qui, une fois débarrassées de leur inutile entourage de mysticisme, sont appelées à une consécration générale. Sous le titre "Le saint-simonisme à Lyon", c'est ce que commentait le Journal du Commerce du 18 janvier 1833, tout en estimant que le Courrier de Lyon ‘ "se trompe s'il pense que, pour détruire une doctrine, il ne faut que faire de lourdes gentillesses" ’ et que Le Figaro ‘ "a ébréché son rasoir sans tuer le saint-simonisme820."

Non, le saint-simonisme n'est pas mort. Si peu d'ailleurs que L'Echo de la Fabrique va s'employer, sans parti pris, comme l'année précédente et tout au long de 1833, à entretenir ses lecteurs de ses activités821 : rien d'étonnant à l'égard de conceptions destinées à faire évoluer favorablement la situation matérielle et morale de la classe démunie. Une révélation ultérieure de Michelet l'est bien davantage ; il en a reçu, semble-t-il, la confidence de son interlocuteur lui-même, à Lyon en 1839. ‘ "L'avocat des pauvres" ’ - l'année précédente, nommé au Collège de France et élu à l'Institut - écrit au sujet d'Arlès-Dufour : ‘ "Très favorable aux ouvriers, il payait le rédacteur de ’ ‘ L'Echo de la Fabrique ’ ‘ pour y avoir une influence ; il essaya inutilement de les diriger avec Lortet822, mais les avocats... Il se trouva suspect aux ouvriers, maudit des fabricants. ’ ‘ Cependant, il est estimé823." ’ ‘ "Maudit des fabricants" ’ ! Malgré, peut-être l'exagération du qualificatif, on peut avoir une idée de leurs sentiments à la lecture de ce qu'écrira Monfalcon, au cours du premier semestre 1834, : les rédacteurs de L'Echo de la Fabrique ‘ "ont pris constamment à tâche d'exciter la haine des travailleurs contre les industriels, de pervertir les notions déjà si fausses des chefs d'atelier sur leurs vrais intérêts, et de diviser la fabrique en deux camps ennemis et irréconciliables. Il faut faire une part très large à cette feuille dans nos funestes discordes. Elle adressait ses calomnies et ses doctrines anarchiques à des ouvriers passionnés qui ne lisaient qu'elle, et n'écoutaient que ses inspirations ; ce journal eut dû s'appeler le fléau, et non l'écho de la fabrique824."

En réalité, Arlès-Dufour n'aidait-il pas L'Echo de la Fabrique de ses subsides parce que les aspirations de l'organe et celles qu'il prêtait à son gérant étaient profondément siennes ? Ce qu'il en pense, il souhaite l'exprimer sur la tombe de celui-ci, en août 1832, en présence d'hommes ‘ "pour la plupart peu dévotieux" ’, : ‘ "[Antoine] Vidal voyait dans le journal des ouvriers, le premier de ce genre en France, un puissant moyen d'amélioration physique, intellectuelle et morale de cette classe dont il s'honorait de sortir. Indépendant et fier par caractère, sa pensée repoussait le fiel et accueillait la conciliation. Défendre, avec vigueur, le travailleur timide, flétrir l'avarice et le mauvais vouloir de quelques distributeurs de travail isolés, sans en rendre solidaire la généralité qu'il honorait. Rapprocher le pauvre et le riche, afin de les améliorer réciproquement. Associer les travailleurs en les éclairant et en les moralisant. Tels étaient les principes que Vidal développait, et qui n'auraient pas manqué de donner à la feuille qu'il dirigeait un cachet de conscience et d'honnêteté qui eut fini par lui assurer une heureuse influence sur toutes les classes de ses concitoyens. Dans le peu que j'ai vu de Vidal, j'ai reconnu ’ ‘ un homme ’ ‘ , et c'est pourquoi je donne des regrets à sa mémoire. Les hommes sont rares825 ! "

Quoi qu'il en soit, les colonnes de l'hebdomadaire demeurent volontiers ouvertes aux faits et gestes des fervents de la doctrine. Le rédacteur visé par Michelet, Marius Ch......g [Chastaing] comme il signe, consacre en particulier un long article, dans son numéro 22 du 2 juin 1833, sous la forme d'un "Abrégé du saint-simonisme". En conclusion, on y lit : ‘ "Telle est au résumé cette société composée de théoriciens et de praticiens célèbres, d'ingénieurs, de médecins, de professeurs, d'avocats, d'officiers, d'artistes, etc., dont les principes et les oeuvres, dans leur exaltation, sont et devaient être diversement interprétés, qui ont entrepris de régénérer le monde et périront sans doute à la peine, mais dont les immenses travaux, quoi qu'il arrive, n'auront été inutiles ni pour le progrès social, ni pour le bien-être de l'humanité."

Ce progrès, ce bien-être, le même organe, quelques mois auparavant, ne les entrevoyait guère pour l'immédiat, au regard du bilan de l'année qui venait de s'écouler ; elle est, disait-il, ‘ "au nombre de celles où notre industrie, continuellement languissante, n'a fait qu'aggraver le sort, déjà si précaire, de si nombreux ouvriers826" ’. Une triste situation, regrettait-il, que le ministre du Commerce dans son rapport à la Chambre des députés semble ignorer - il s'agit encore de M. d'Argout à qui, depuis le 1er janvier, Adolphe Thiers, aux convictions protectionnistes, vient de succéder. Pourtant, le journal, à la fin de cet article, la semaine suivante, croit pouvoir avancer que ‘ "l'année 1833 ne saurait être aussi désastreuse que celle que nous venons de passer" ’.

Tel ne semble pas avoir été l'avis d'Arlès-Dufour, du moins selon les souvenirs de sa femme. ‘ "En 1833, il s'occupe plus spécialement de l'industrie lyonnaise, qu'il croit en danger par le prompt développement des fabriques étrangères. Il a laissé une quantité de projets, de tableaux et de notes sur ce sujet827" ’, se rappellera son épouse bien des années plus tard. De fait, le patient et laborieux travail mis en chantier l'année précédente ne pouvait s'achever de sitôt et la Commission des manufactures de la Chambre de commerce de Lyon n'allait pas cesser d'être sur la brèche.

Dès la première réunion de cette année 1833, le 10 janvier, cette Commission est chargée d'étudier, en vue de la séance plénière du 7 février, diverses questions devant être débattues aux Conseils généraux du commerce et des manufactures828. La première porte sur ‘ "les moyens de donner à la France industrielle une bonne et complète statistique" ’. La solution proposée pour remédier à ce qu'un ‘ "travail si bien fait dans d'autres pays et si peu avancé dans le nôtre" ’ - à savoir la création d'un service spécialisé organisé, à l'instar du cadastre, avec le concours d'agents spécialement rémunérés pour ce faire - sera rejetée par le Conseil général des manufactures réuni à Paris829.

Une autre question ‘ "traitée d'avance à [la] Commission" ’ touche les droits d'entrée sur les laines étrangères ; elle y rencontrera le même insuccès avec la création d'une Commission mixte qui ‘ "s'est séparée sans qu'aucune concession ait été faite" ’. La question des soies enfin abordée à ces conseils généraux, à propos d'un amendement au projet de loi sur les douanes de la commission de la Chambre des députés, restera, elle aussi, sans suite.

Mais un nouveau problème vient se poser. N'y a-t-il pas lieu de craindre le non-respect par la France de la convention du 4 juillet 1831 conclue avec les Etats-Unis d'Amérique ? Par lettre du 8 avril 1833, le député du Rhône Fulchiron alerte l'organisme consulaire sur le refus possible de la Chambre des députés de voter les vingt-cinq millions de crédits extraordinaires pour le paiement de l'indemnité qui en résulte. ‘ "Un événement d'autant plus déplorable qu'il pourrait avoir pour résultat de nous fermer l'un des plus importants et des plus riches débouchés qui soient ouverts à nos produits industriels et agricoles" ’, quarante millions de tissus de soie par an, consigne le registre des délibérations de la Chambre de commerce du 25 avril 1833. Les considérations développées feront l'objet d'une lettre motivée au président de la commission parlementaire chargée de l'examen de cette question. Son auteur, non dévoilé, ne sera autre qu'Arlès-Dufour selon l'argumentation fouillée, à travers pays et produits divers, rédigée de sa main, sur trois longues pages830.

Gardant tout espoir dans l'avenir des relations amicales et commerciales entre les deux pays831, lors de l'assemblée du 25 juillet, l'orateur peut se réjouir. ‘ "La lecture de la correspondance se trouvant épuisée, M. Arlès-Dufour soumet à la Chambre un projet de rapport pour M. le préfet ’ ‘ sur la situation de la fabrique de Lyon" ’ : ‘ "L'activité vraiment extraordinaire qui régnait alors dans nos fabriques" ’ est, explique-t-il, la raison du retard apporté à la réponse attendue par le préfet depuis sa demande du 24 mars. ‘ "Toutes les branches de notre industrie ont pris un essor tout à fait extraordinaire [...] les ordres de l'Amérique du nord ont dépassé en importance toutes les prévisions. [...] Ce n'est certainement pas exagérer que de porter aux 3/4 des métiers actifs depuis le mois d'avril, ceux employés pour l'exécution des ordres des Etats-Unis." ’ Ce pays où diminuent graduellement et successivement les droits d'importation, allant, sur certaines marchandises, jusqu'à leur entière suppression832 ! L'occasion est trop bonne pour souligner à l'adresse du représentant du gouvernement : ‘ "Ce qui arrive aux Etats-Unis relativement à nos articles vient encore confirmer ce que la théorie et la pratique ont depuis longtemps enseigné ; c'est que les droits élevés sont une entrave au développement de la consommation et au bien des peuples833" ’...

Pour la Chambre de commerce, tous obstacles ont été levés depuis qu'elle a pris l'importante décision, notifiée le 2 février 1833 au ministre intéressé, de consentir à la libre sortie des soies françaises et de réclamer la libre admission des soies étrangères834. Toutefois, avec la ratification officielle de cette décision, demeure en suspens la question vitale du système douanier national, de celui de nos partenaires commerciaux et, parmi eux, du Royaume-Uni où les mesures de rétorsion redoutées paraissent s'estomper.

De mi-avril à mi-mai, la Chambre de commerce est privée des services de son prolixe et efficace rapporteur. Après un court séjour dans la capitale, selon l'habitude dictée par son activité professionnelle, il séjourne à Londres. Là, Talleyrand, encore en poste, lui ouvrit-il les portes de son ambassade ? Dans ses salons, rencontra-t-il l'héritier du trône, le jeune duc d'Orléans à qui le diplomate faisait, au même moment, les honneurs de la ville835 ? De toutes façons, fort de ses relations locales, il prend personnellement sur lui de rencontrer, dans la seconde moitié du séjour, le vice-président du Bureau du Commerce de la Grande-Bretagne, M. Poulett Thomson, un des rares roturiers du futur gouvernement britannique mais aussi un ancien et riche commerçant836. Des activités qui ont été communes, des idées identiques, la compréhension est rapide entre les deux hommes. ‘ "Ce n'est pas seulement un théoricien distingué, un faiseur de beaux discours comme il y en a tant ; c'est encore, ce qui est plus rare et vaut bien mieux, un praticien habile qui a fait ses preuves comme négociant. Les hommes avancés de son pays espèrent qu'il les fera comme ministre en modifiant de nouveau les lois et les règlements de douanes837" ’, écrira de lui, l'année suivante, Arlès-Dufour. Il lui remet deux notes sur les ‘ "Vices du mode de perception des droits sur les soieries françaises en Angleterre838." ’ Il y suggère la réduction des droits perçus à l'entrée des soieries dans ce pays, afin de combattre la contrebande quotidienne qui perdure, et leur perception, non plus en fonction du poids mais ad valorem. Un "remède" à cette contrebande ? : ‘ "l'abolition des prohibitions" ’. A son retour, il communique copie de ces notes à la Chambre de commerce qui les fait suivre au préfet, à l'occasion du compte-rendu sur la situation de la fabrique ; des notes, complète-t-elle, ‘ "qui ne seront peut-être pas consultées sans fruits par M. le Ministre du Commerce pour ses démarches auprès du gouvernement anglais."

"Une mission dont la pensée première vous appartient839" ’. Six ans après, en 1839, Brosset, président de la Chambre, le rappelle à son ami Arlès-Dufour, devenu non seulement son "ancien collègue840", mais aussi, élu par la Chambre de Lyon, membre du Conseil général du commerce841. Une occasion, excellente, d'étendre encore le champ de ses relations dans les milieux financiers, industriels et gouvernementaux ... et d'y être connu et reconnu !

Entre temps, en août 1835, dans le cadre d'un nouveau voyage professionnel en Angleterre, il est chargé, de renouveler ses démarches, cette fois officiellement, et, à la demande de la Chambre de Lyon, muni par le ministre du Commerce ‘ "des plus pressantes recommandations pour l'ambassade de France à Londres" ’. Ses efforts ‘ "pour surmonter la force d'inertie de l'administration britannique" ’ s'avèrent encore vains842. De nouvelles "rigueurs" et "vexations" des douanes anglaises se manifestent. Aussi, la concomitance d'un nouveau séjour à Paris et à Londres d'Arlès-Dufour et la récente formation d'une commission mixte pour la révision respective des tarifs douaniers anglais et français est saisie par le président Brosset pour solliciter son concours par lettre du 15 janvier 1839. Un concours acquis d'avance ! Le même jour en effet, Brosset s'adresse au ministre du Commerce afin que ‘ "la même recommandation qu'il [Arlès-Dufour] avait obtenue en 1835 de Monsieur votre prédécesseur auprès de l'ambassade française à Londres" ’ lui soit accordée auprès de ladite commission. ‘ "Bien certains d'ailleurs, est-il assuré, que les intérêts de notre belle industrie seront défendus par M. Arlès-Dufour, avec un zèle et des lumières qui ne laisseront rien à désirer, ni à la commission, ni à nous-mêmes, nous nous reposons entièrement sur lui du soin d'exposer et de motiver l'objet de nos griefs." ’ Et encore : ‘ "Personne mieux que lui ne saurait traiter une question qui a déjà fait l'objet d'une étude spéciale et dont la nature de ses relations avec la Grande-Bretagne lui rend d'ailleurs la pratique familière843."

Si elle l'était devenue, l'éminent Bowring n'avait sans doute pas été étranger au premier contact établi, à l'époque, avec Poulett Thomson. L'Echo de la Fabrique du 19 mai 1833, prêchant ‘ "l'alliance industrielle et commerciale entre la France et l'Angleterre" ’ rapporte les mérites du Britannique : ‘ " [...] Espérons que les efforts de M. Bowring seront couronnés d'un plein succès, il a combattu les ennemis du système prohibitif, en Angleterre ; c'est à lui que nous devons la continuation de l'entrée de nos étoffes dans ce pays, que l'aristocratie du parlement voulait prohiber en s'appuyant sur la demande des manufacturiers de Londres et autres villes. C'est à M. Bowring que nous devons le succès de nos voeux et le bonheur des peuples."

Cependant, le journal n'arrête pas là ses louanges et ne laisse pas dans l'ombre le voyage d'Arlès-Dufour, même sans le citer nommément. Il poursuit : ‘ "Mais si nous comblons d'éloges un étranger, nous ne devons pas oublier qu'il a été secondé par un homme éminemment ’ ‘ recommandable de notre ville et que nous n'avons pas besoin de désigner plus amplement, qui a tout fait ici pour faire comprendre ce système, cette politique d'association ; il a eu le bonheur d'être compris par quelques-uns, il le sera bientôt de tous ; son dernier voyage en Angleterre n'a pas d'autre but844."

Les relations une fois cordialement nouées avec Poulett Thomson, la Chambre verra dans l'envoi que celui-ci lui fera, par la suite, de divers tableaux statistiques, ‘ "la manifestation expresse des vues libérales et éclairées qui vous désignent dans l'exercice des hautes attributions qui vous sont confiées" ’. Elle y notera aussi la marque de ses efforts ‘ "pour maintenir et pour étendre, même progressivement, les relations de bon voisinage et de mutuelle confiance entre le commerce français et celui de la Grande-Bretagne845." ’ Auprès de Bowring à qui sera due la transmission de ces documents, la Chambre de commerce espérera ‘ "que tout ce qui n'est pas en notre pouvoir d'accomplir encore sera l'oeuvre du temps et de la raison846."

A peine rentré d'Angleterre, une lettre débordante d'enthousiasme et d'amitié, en un français à l'orthographe approximative, attend le voyageur. Datée à Caen du 19 mai 1833, elle est justement signée ‘ "Votre très dévoué ami, John Bowring" ’. En voici les termes, déchiffrés et après corrections, : ‘ "Vous voilà donc de retour, mon ami ! Nous avons grandement besoin de vous, de vous anneau de notre chaîne - sans lequel le fil électrique est arrêté.

"Vous aurez été content de Londres. George Villiers, je l'espère bien, aura fait tout ce qu'il y avait à faire. Je serais charmé de savoir que vous n'êtes pas mécontent de lui. Mais, je vous le répète, nous avons grandement besoin de vous. De tous les côtés, l'opinion marche et ne cherche que les moyens de faire valoir sa sympathie.

"Mettez-vous ’ ‘ sans retard ’ ‘ en correspondance avec Henri Galos [ou Galois], secrétaire de la commission de négociants et Duperrier de Lansan [Lansac ?] et de propriétaires de vignobles à Bordeaux : M. Sanzenac d'Angoulème, M. Cordier de Rochefort, M. de Hennesy de Cognac, avec M. Gouin de Nantes et le Docteur Guépin - touché tant soit peu comme vous par le saint-simonisme - et très influents à Nantes, Souvestre à Brest, Alexandre à Morlaix, Roussel à Saint-Brieux. Avec tous ces messieurs, entendez-vous et vous verrez si le système prohibitif pourra ’ ‘ résister à nos attaques. Mais principalement avec Bordeaux et Nantes, avec Galos [ou Galois], Duperrier de Lansan [Lansac ?] et Guépin, il est urgent que vous ayez une correspondance suivie. Vous m'écrirez à Paris. Venez à notre secours pour cette loi de douanes847."

Thiers, en effet, présente, à cet instant, un projet de texte pour frapper les produits étrangers, notamment britanniques ! De plus, la loi qui aurait dû consacrer la liberté réciproque d'entrée et de sortie des soies n'a pu être votée lors de la dernière session. ‘ "Les négociants, fabricants et ouvriers de la ville de Lyon ont vu, avec un étonnement mêlé de douleur, la Chambre des députés se refuser de discuter la loi de douanes et rejeter par là toutes les réclamations qui, depuis 1829, s'élèvent vainement contre le système suivi848" ’ se plaint Arlès-Dufour, au nom de la Chambre de commerce, auprès du ministre. Sa suggestion ‘ "d'user de la faculté que [...] vous donne la loi de 1814 de modifier, entre les sessions législatives, les lois de douanes par des ordonnances royales" ’ est fort heureusement entendue. Cette ordonnance, datée du 29 juin 1833, viendra pallier la mauvaise volonté de la Chambre des députés et provoquer l'entrée en vigueur de la disposition tant espérée. ‘ "Le gouvernement, comprenant l'urgence et usant de son droit, s'est passé de la Chambre pour modifier la loi de douanes" ’. Avec une satisfaction évidente, L'Echo de la Fabrique, dans un article "Industrie lyonnaise - Libre sortie des soies de France" paru dans le numéro 33 du 18 août suivant, le notera. Ou, plus précisément encore, son rédacteur, qui n'est autre qu'Arlès-Dufour lui-même849...

Mais ‘ "ce pas hors de l'ornière et dans la voie nouvelle de la liberté commerciale850" ’ est bien isolé pour le moment. Selon le voeu de Thiers et sa circulaire du 27 août, il convient maintenant de se pencher sur la refonte de la loi sur les douanes dans son ensemble. Dans la perspective des Conseils généraux des manufactures et du commerce qui vont se réunir, à titre consultatif et à cet effet, devant aussi ‘ "l'importance des questions paraissant nécessiter des études préalables et approfondies" ’, une "commission spéciale" est nommée au sein de la Chambre de commerce de Lyon le 12 septembre 1833. Indépendante de la commission des manufactures851, elle est composée de quatre membres, Arlès-Dufour, Brosset, Goujon et Forcheron. Le premier nommé en est le rapporteur, lors de la séance extraordinaire du 29 octobre placée sous la présidence du préfet. En un mois et demi, sans négliger aucune de ses nombreuses autres occupations et préoccupations, il aura rédigé lui-même852 son intervention occupant six des longues pages du registre des procès-verbaux et délibérations du parlement consulaire.

En préambule, ce pragmatique fuyant les abstractions traite de considérations générales qui lui sont familières et que nous lui connaissons :

‘Le grief le plus légitime qu'on puisse alléguer contre le système de douanes suivi en Europe et particulièrement en France depuis l'Empire, c'est qu'il suppose à peu près que chaque peuple doit se suffire à lui-même, que chacun peut trouver sur son sol et dans son industrie tout ce dont il a besoin. Cette hypothèse fondamentale est l'exagération d'un principe vrai : savoir que chaque peuple doit, autant que possible, tirer parti de toutes les ressources que lui offre le sol sur lequel Dieu l'a placé. Mais, si ce principe est vrai, il en est un autre qui ne l'est pas moins, c'est que les divers peuples sont entourés de circonstances particulières et que chacun d'eux est plus propre à telle ou telle production, à telle ou telle industrie : ici les fers et les tissus, là les vins ; sur un point le blé, sur un autre le riz ; ailleurs le coton ou la soie ; à droite les objets d'art et de goût ; à gauche les objets d'utilité, les mécaniques etc. Chacun d'eux a intérêt, non à tout faire, mais à faire principalement ce qu'il sait le mieux faire.
S'il en était ainsi, si la division du travail s'établissait entre les peuples, si chaque pays se consacrait spécialement à créer, non d'une manière absolue, mais seulement par prédominance, tel ou tel produit, telle ou telle denrée, il est clair qu'on aurait trouvé la combinaison la plus avantageuse à tout le monde, car le chiffre des échanges devenant par là aussi considérable qu'il est possible de le concevoir le commerce serait porté au maximum de son développement. Il ne faut pas désespérer de voir ce régime s'établir, mais ce ne peut être que peu à peu et par degrés, car il ne sera possible que lorsque bien des préjugés qui divisent aujourd'hui les peuples auront été dissipés.
Quoi qu'il en soit, même en se dirigeant vers ce but, on ne saurait méconnaître l'utilité actuelle des douanes comme source de revenus publics et comme protection temporairement nécessaire à la conservation de certaines industries qui ne se sont élevées que sur la foi de cette protection. Mais comment établir des droits de douane ? D'après quelle condition en établir le chiffre ? Quelle peut être la limite des tarifs ?
La contrebande qui tient la balance à la main est ici le guide le plus sûr et le plus facile à suivre. Toutes les fois qu'un droit sera tel qu'il n'empêchera pas la contrebande, toutes les fois qu'il pourra être avéré que, moyennant une prime, des entrepreneurs de fraude pourront introduire des marchandises tarifées, la limite raisonnable aura été dépassée. Et la meilleure preuve que nos tarifs actuels sont généralement trop élevés et que nos prohibitions sont déraisonnables, c'est que la contrebande en grand, la contrebande organisée, est exploitée, pour ainsi dire, comme toute autre industrie, sans exciter ce sentiment de réprobation dont l'opinion frappe toute action illicite [...]. Un pareil état de chose est particulièrement affligeant pour la morale, il provoque et encourage irrésistiblement à la désobéissance aux lois ; il est ruineux pour le commerce régulier, sans avantage pour aucune industrie et surtout onéreux pour les contribuables qui, s'ils payaient au fisc ce qu'en définitive ils payent aux contrebandiers, seraient soulagés d'autant dans la cote de leur imposition.
Des droits élevés ou des prohibitions tendent à constituer un monopole. Or, on comprend bien le monopole au profit de l'état parce que l'état c'est tout le monde, c'est tout le pays ; mais le monopole au profit d'une classe de producteurs, c'est du privilège, et de celui que notre siècle est le moins disposé à supporter853.’

Les réponses aux questions ministérielles exactement posées découlent, bien sûr, des considérations qui précèdent. Passibles de droits toujours inférieurs au taux de la prime de contrebande, il convient de laisser entrer sur notre territoire les produits dont des qualités semblables y sont inexistantes, les longues laines anglaises et les cotons filés : ils constitueraient une source abondante de travail pour nos fabriques. Dans l'intérêt général des producteurs et des consommateurs, les matières premières, "sources de travail", ne devraient supporter qu'un simple droit de balance, tels le bois, les huiles et, notamment, les fers et la houille, ‘ "plus maltraités par nos lois de douanes que s'ils étaient des objets du luxe le plus frivole" ’ : ‘ "Tant qu'en France il y aura des gens ayant froid, la houille sera trop chère ou le travail trop rare." ’ Le régime de droits, variable selon les lieux, frontaliers ou maritimes, est la ‘ "négation de la navigation à vapeur" ’. Chiffres puisés à bonne source, le rédacteur l'explique : ‘ "Un bâtiment, muni d'une machine de la force de 150 chevaux ( ’ ‘ le Sphynx ’ ‘ en a deux de 80) consomme par jour à raison de 5 kg (par heure et par force de cheval) 18.000 kg à raison de 1,10 F de droits par 100 kg, c'est 198 F par jour ! " ’ Les efforts sincères que fait le gouvernement pour amener le développement de notre marine sont louables. Mais ils resteraient sans effet si nous n'ouvrons pas la France aux provenances étrangères, si nous ne donnons pas du mouvement à nos ports, si nous ne multiplions pas, enfin, les relations de notre pays ‘ "avec la nation maritime par excellence" ’ avec laquelle il convient de cimenter notre alliance. ‘ "Une alliance intime entre la France et l'Angleterre a été au début et à la fin de ma carrière politique ’ ‘ mon voeu le plus cher, confiait Talleyrand dans ses ’ ‘ Mémoires ’ ‘ , convaincu, comme je le suis, que la paix du monde, l'affermissement des idées libérales et les progrès de la civilisation ne peuvent reposer que sur cette base854."

Toutefois, gardant toute objectivité, le rapport d'Arlès-Dufour émet quelques réserves sur l'attitude du gouvernement britannique. Celui-ci ‘ "tout en protestant de ses vues libérales sur les questions de douane, au moins en ce qui concerne notre industrie [celle de la soie], n'a pas libéralement appliqué ses théories" ’. En effet, la perception des droits d'importation, en principe de 30%, s'élève parfois à 55%. Qu'importe ! ‘ "Bien convaincus que, lors même que l'Angleterre n'entrerait pas franchement avec nous dans la voie de la liberté commerciale, il serait toujours de notre intérêt d'y marcher855. [...]"

Il n'en reste pas moins que cette ‘ "différence évidente de vos théories et de vos actes en matière de douane" ’, Arlès-Dufour n'hésite pas à la reprocher, directement et sans ambages, à une personnalité anglaise des plus éminentes : il ne s'agit rien moins que du ministre du Commerce britannique lui-même. A lord Auckland, trois jours après l'envoi de son mémoire à Thiers et au préfet du Rhône, il adresse le 25 novembre 1833 copie de son travail qui, le précise-t-il, a ‘ "réuni l'unanimité des voix." ’ D'emblée, il met bien en garde le destinataire : ‘ "Mon insistance sur l'avantage, la nécessité même de l'alliance intime de nos deux pays n'a cependant été approuvée qu'à la condition d'un paragraphe correctif que, certainement, vous trouverez juste. En effet, et quoiqu'en puisse dire mon honorable ami, le docteur Bowring, les deux tiers des soieries françaises vendues à l'Angleterre y sont importées par contrebande. Le gouvernement [anglais] a pleinement connaissance de ce fait, et loin de chercher à y remédier, nous voyons que, par ses agents, la loi est interprétée de manière à empirer encore le mal. Cependant, à côté de ce fait, les agents et les feuilles du gouvernement anglais cherchent à faire rougir le nôtre de l'onéreuse absurdité de son système.

"Franchement, Milord, notre gouvernement, quoique bien arriéré, est plus conséquent que le vôtre, car en fait de douane, ses paroles, ses théories ne sont pas plus libérales que ses actes, et ne le sont pas moins. Dans le milieu où je vis, composé généralement d'hommes éclairés et comprenant par conséquent toute l'importance de l'alliance anglo-française, je vois naître une tendance vers une réaction [...]. Les vieilles phrases, résultat de siècles de guerre, et qui depuis ’ ‘ 1830 surtout semblaient oubliées, circulent de nouveau : "La France est de trop bonne foi, l'Angleterre la jouera." - "L'Angleterre ne joue jamais franc-jeu. Ne vous y fiez pas, elle dit blanc, elle fait noir", etc., etc. Ce ne sont que de légers symptômes à la vérité, mais ils peuvent facilement et vite grandir par la presse qui, après avoir beaucoup vanté votre marche théorique pourrait bien, désappointée, critiquer votre marche pratique ’.

"Pour moi qui ai le sentiment que l'avenir pacifique de l'Europe est étroitement lié à l'union intime, fraternelle de la France et de l'Angleterre, je suis jaloux et inquiet de tout fait qui, directement ou indirectement, peut en arrêter le développement. C'est ce sentiment, Milord, que vous devez accuser de la longueur de cette lettre. Agréez, Milord ’ ‘ 856 ’ ‘ ..."

Dans le mois qui suit,L'Echo de la Fabrique du 22 décembre 1833 reproduit presqu'intégralement le rapport d'Arlès-Dufour à Thiers ; il le qualifie‘ "d'oeuvre de mérite et de patriotisme, remarquable surtout par les vues grandes et généreuses qu'il renferme." ’Toujours dans sa présentation mais oublieux de son unique auteur, il ajoute :‘ "Honneur donc à MM. les membres de la Chambre de commerce, ils ont bien mérité de tous ; et comme toute oeuvre de progrès, leur mémoire a droit à des éloges que nous leur donnons avec grand plaisir857." ’Il est vrai que cet épais document - transmis au ministre le 22 novembre -, au préfet, au député Fulchiron et remis aux membres de la Chambre devant se rendre aux conseils généraux du commerce et des manufactures - avait fait l'objet, outre d'un examen en Commission, en séance plénière d'une‘ "délibération mûrement approfondie" ’...

En tout état de cause, divulguée ou non, la contribution d'Arlès-Dufour ne sera pas la dernière au profit de l'intérêt général. En l'occurrence pourtant, celle qui suit l'est, apparemment, au bénéfice de la seule Maison Dufour Frères et Cie ! A moins qu'il ne s'agisse d'un moyen, expérimenté par son mandataire, pour tenter de mettre un terme à l'une des clauses du traité de navigation du 26 janvier858 1826 entre la France et l'Angleterre. Une véritable aberration ! Déjà, deux ans auparavant, la Chambre de commerce l'avait dénoncée auprès du maire de Saint-Etienne859. Elle rappelait l'interdiction de l'admission dans nos ports, pour la consommation française, de denrées coloniales provenant de chargements opérés dans les ports de la Grande-Bretagne ; une disposition, comme elle le faisait ressortir, aisément contournée par le simple transbordement dans un port tiers, celui d'Ostende par exemple, mais, évidemment, au prix d'une introduction plus onéreuse et d'un coût plus élevé des marchandises concernées.

Mais l'essai tenté à des fins personnelles est si peu égoïste que, seulement quelques mois après, au cours de la même année, Arlès-Dufour, ayant atteint son but, exhorte ses confrères à l'imiter en publiant - nous en verrons les circonstances - son ouvrage Un mot sur les fabriques étrangères de soierie ... L'auteur y estime "‘ fâcheux que nos longues guerres nous aient fait perdre de vue les soies des Indes860" ’, d'autant plus qu'il se déclare frappé, à chaque voyage en Angleterre, du parti qu'en tirent les fabricants de ce pays. En provenance du Bengale, ils en emploient annuellement 8.066 balles - aussi 4.334 de Chine -, pour la confection de nombreux articles tels que foulards, mouchoirs, crêpes, gilets, etc. Et, s'étonne-t-il, ‘ "il y a plus des 19/20 de nos fabricants qui ne connaissent que de nom861" ’ les soies de ces lointaines contrées, alors que ‘ "il n'y pas un siècle qu'elles étaient d'une grande importance pour nos manufactures862." ’ Il en veut pour preuve les larges extraits qu'il cite de ce Mémoire sur la soie de Nankin - découvert par lui dans les archives de la Chambre de commerce - adressé en 1781 au gouvernement par les fabricants de gaze de Paris et de Lyon863. ‘ "Si les soies de Chine jouaient alors un rôle aussi important, il est à supposer que celles du Bengale, qui revenaient à bien meilleur marché, étaient aussi d'un emploi très considérable864."

Alors pourquoi, à nouveau, ne pas recourir à ces dernières ? Même si elles présentent ‘ "à l'ouvraison des inconvénients qui ont pu en gêner l'emploi865 ; mais les mouliniers français sont ’ ‘ bien aussi habiles que les mouliniers anglais ; et lorsque les quantités paieront leurs frais, ils sauront vaincre les difficultés qui [...] sont insignifiantes866."

C'est ainsi que, peu de temps avant ce plaidoyer, transportées par le navire français L'Union de Londres à Calais, dirigées de ce port867 à Lyon ‘ "sur l'ordre de la maison destinataire" ’, qu'arrivent dans cette ville, le 11 mars 1834, commandées par le fondé de pouvoir de la Maison Dufour Frères, deux balles de soie écrue grège de l'Inde d'un poids brut de 144 kg. Elles s'y trouvent ‘ "en continuation d'entrepôt" ’. La Chambre de commerce, par lettre n° 326 du 29 mars 1834, s'emploie à expliquer directement au ministre du Commerce le ridicule de cette situation, liée ‘ "intimement à une question d'intérêt général" ’ : ‘ "Il faut pour qu'elle [cette marchandise] soit admise à la consommation à Lyon qu'elle sorte de France par un bureau-frontière, celui de Pont de Beauvoisin par exemple ; et ce n'est qu'après avoir, pour ainsi dire, payé son origine en touchant un sol étranger autre que celui de l'Angleterre, qu'elle devient enfin susceptible d'être employée dans nos fabriques." ’ En conséquence, elle demande, ‘ "en présence des progrès qu'ont fait toutes les théories commerciales" ’, l'abrogation d'un règlement ‘ "antipathique à tous les faits et à tous les principes868." ’ La requête d'importation directe des ports d'Angleterre en France des soies de l'Inde essuie le refus du destinataire, puis de son collègue des Finances ; elle est à nouveau motivée par l'Assemblée consulaire du 21 juin : ‘ "Dans la situation actuelle de notre fabrique, après le vide immense qu'a laissé, dans sa production, l'absence presque totale des commissions pour les contrées où elle rencontrait d'ordinaire ses plus riches débouchés, le haut prix de la soie peut être une calamité de plus ; et tous les moyens propres à en neutraliser la fâcheuse influence doivent être recherchés et accueillis869." ’ En définitive, ils le seront. Une ordonnance royale du 8 juillet 1834870 dérogera au traité de 1826. Le pouvoir n'avait guère eu d'autre choix deux mois après une nouvelle émeute lyonnaise, l'espoir entretenu par la classe ouvrière depuis le duel sanglant de novembre 1831 ayant été déçu, les mêmes causes entraînant les mêmes effets.

Pendant que fusillades et canonnades ébranlent, du 9 au 14 avril 1834, la ville de Lyon transformée en place de guerre - on décomptera 115 militaires tués et 300 blessés, 220 civils tués et 400 blessés -, se déroule à Paris, Place de la Concorde, l'Exposition des Produits de l'Industrie française. Elle réunit 2.447 "déposants" ; on est loin de leurs 110 prédécesseurs de la première manifestation de l'espèce, celle de 1798, au Champ de Mars.

La Chambre de commerce de Lyon s'était montrée réservée à l'idée de cette exposition nationale. Dans la perspective des Conseils généraux du commerce et des manufactures, il lui avait été demandé, le 10 janvier 1833, de se prononcer sur cette opportunité871. Sa Commission des manufactures avait pensé ‘ "qu'une exposition [des produits de l'industrie française] n'est plus, ni utile, ni convenable." ’ Ni utile ? ‘ "Celles qu'on a vues se succéder de nos jours n'ont eu lieu, pour ainsi dire, qu'au profit de quelques vanités, sans exercer aucune influence quelconque sur les progrès des manufactures et sans rien ajouter à l'émulation entre les fabricants." ’ Ni convenable ? ‘ "Si elle était susceptible de faire mettre en évidence des produits d'un mérite intrinsèquement remarquable, elle aurait en même temps le danger de faciliter à la concurrence étrangère la prompte imitation de ces produits872." ’ Cet avis de la Commission des manufactures est rendu moins péremptoire, en fin d'assemblée générale le 7 février 1833, qui estime que cette exposition ‘ "n'a aucune utilité ’ ‘ en principe873." ’ Arlès-Dufour, bien présent à cette séance, partage-t-il cette opinion ? On peut en douter. D'ailleurs, l'unanimité n'avait pas été totale dans la Commission874 où l'on sait le rôle qu'il y tient pourtant. Quant au conseil général des manufactures, réuni consécutivement à Paris, il reconnaît, ‘ "à une majorité très grande" ’, le bien-fondé d'une exposition - prévue, la première, en avril de l'année suivante -, mais écarte ‘ "à la presque unanimité" ’ les produits de l'industrie étrangère.

Néanmoins, dans ces conditions, comment les connaître, en apprécier les éventuelles qualités, comment rivaliser avec eux pour mieux, ensuite, les supplanter sur les marchés internationaux ? Ces questions rejoignaient, ni plus ni moins, les arguments avancés en faveur d'une nécessaire comparaison avec les produits d'autres pays, quelques années auparavant et à deux reprises, dans Le Précurseur des 17 août et 1er décembre 1826. Dans ce dernier numéro, sous le titre "Industrie lyonnaise", il était constaté : ‘ "Nous avons longtemps ignoré les fabriques étrangères, longtemps nous avons méprisé leur concurrence et, depuis peu seulement, nous en inquiétons. Lorsque l'on nous citait Zuric [ ’ ‘ sic ’ ‘ ] ou Crefeld, nous répondions fièrement : "Laissez-les faire, jamais ils ne sauront teindre comme nous..." Depuis quelques années, les fabriques de Vienne, Berlin, Moscou ont fait de tels progrès qu'elles suffisent presque à la consommation de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse ! Et cependant, à peine si nos fabricants savent qu'elles existent875." ’ Certes, Arlès-Dufour n'était Lyonnais que depuis à peine un an et demi. Malgrè cela, ne pourrait-il pas être, et fort bien, l’auteur de ces chroniques anonymes876...?

Quoi qu'il en soit, ‘ "ce fut Arlès qui suggéra à la Chambre de commerce cette exposition de soieries pour laquelle il fit venir une grande quantité d'étoffes fabriquées, non seulement en Europe, mais aux Indes, au Japon877, etc.878" ’ Cette initiative, attribuée par son épouse, ne ressort pas aussi manifestement de la délibération du 3 avril 1834879. On en perçoit cependant la confirmation à la lecture de son compte rendu : ‘ "Préalablement à toute autre délibération, M. le Président [Laurent Dugas] croit devoir présenter une proposition pour laquelle il s'est concerté avec quelques-uns des membres de la Chambre qui y ont déjà donné leur assentiment personnel. [...] Si la Chambre adoptait le projet d'exposition qui lui est soumis, il lui serait facile d'en assurer l'exécution en priant M. Arlès-Dufour, l'un de ses membres, actuellement à la foire de Leipsick, d'acheter, à cette foire, où on trouve des produits de toutes les fabriques du monde commerçant, un assortiment complet de soieries [...]."

Avant son départ pour la Saxe, sacrifiant aux obligations mondaines et quitte à être considéré comme "suspect" aux yeux des ouvriers, il a donné une ‘ "brillante soirée dansante [...] à l'élite de l'aristocratie industrielle, commerciale, administrative et militaire de la ville de Lyon" ’. Egalement invité, le saint-simonien Terson, l'ancien abbé défroqué, l'un des quarante apôtres de Ménilmontant, de retour dans la ville où il a trouvé un modeste emploi de teneur de livres de comptes, s'en fait l'écho880. Parmi l'élégante assistance qui se presse dans l'appartement du quai saint-Clair, il note la présence du préfet, M. de Gasparin881, du général Aymard882, et de leur entourage officiel et familial, ainsi que celle, notamment, de Mesdames Montgolfier et Durval. L'une et l'autre n'ont jamais dissimulé leur sympathie pour le saint-simonisme, celle-ci par sa générosité, l'autre, familière des notables lyonnais, en n'ayant pas hésité à faire exécuter, chez elle, les hymnes de Félicien David. Le préfet avait souhaité s'entretenir avec Terson de la situation et de l'état d'esprit de la classe ouvrière qu'il la lui savait fréquenter.

Effectivement, au regard de l'inquiétude actuelle, on prévoit les plus grands malheurs. De son côté, Arlès-Dufour, pressentait les troubles. A son vieil ami Holstein, le 1er février 1834, il écrivait : ‘ "Depuis huit jours, tous les ouvriers en soie ont cessé de travailler. [...] Si, dans un moment où le travail est abondant et bien rétribué, le pain plus bas que jamais, 20.000 ouvriers peuvent s'entendre, que sera-ce dans les moments de calme et de misère que la libre concurrence approche de plus en plus. Les républicains ont certainement travaillé à la mesure et monté la tête, et les carlistes ont payé les meneurs pour embrouiller et envenimer les questions. Il y a des avocats partout883."

En dépit de l'instabilité de la situation qui les a précédés, le commissionnaire en soierie est encore absent - pure coïncidence - lors des tragiques événements lyonnais de ce mois d'avril, comme il l'avait été en novembre 1831. De ‘ "Francfort, le mercredi 2" ’, toujours infatigable et toujours pressé, il donne de ses nouvelles : ‘ " Je suis très heureusement arrivé hier soir et repars demain à 5h du matin avec l'ami Brinkmann [?]. De Lyon à Strasbourg, j'ai changé trois fois de voiture et, de Strasbourg ici, quatre fois, ce qui m'a nullement amusé. Comme la diligence pour Francfort partait le lundi soir de Strasbourg, pour ne pas y mourir d'ennui tout un jour et ne me sentant nullement fatigué, je suis parti de suite en sorte que j'ai passé 4 nuits - J'ai si souvent changé de compagnons de voyage que je n'ai pas eu le temps de les étudier. Aussi, ai-je avalé 3 volumes et 4 brochures. De Lyon à Belfort, j'avais 8 officiers dont 1 sergent [?] et 3 bousingots884. De Strasbourg ici, j'ai eu un vieux Français qui habite l'Allemagne depuis 25 ans sans parler un ’ ‘ mot d'allemand, un de ces questionneurs impitoyables que j'ai bientôt réduit au silence le plus complet et le plus désespérant pour lui, en ne lui répondant qu'en allemand.

"Je t'assure que le sac de pieds et le manteau n'ont pas été un instant de trop, car nous avons eu tous les jours, pluie, neige et grêle. [...] Je ne me repens nullement d'être parti vendredi, car il est bien vrai que les affaires commenceront lundi prochain et tous les Francfortois sont partis ou partent demain. Comme j'arriverai vendredi soir, j'aurai samedi et dimanche pour couver et faire mes visites885. [...]" ’ Des visites, il en rend également à Francfort avant d'assister à la représentation de Guillaume Tell, puis d'être convié à dîner. Une journée bien remplie venant s'additionner à l'éreintement prochain d'un voyage à destination de Leipzig où, outre ses affaires, il devra s'occuper des achats destinés à l'exposition publique lyonnaise.

A l'assemblée consulaire, la proposition d'organiser cette manifestation a été adoptée sur le champ. Elle est consignée comme suit : ‘ "[...] Il a paru à M. le Président et à MM. les autres membres de la Chambre qu'il a consultés, qu'une industrie qui est à l'intérieur au-dessus de toute concurrence, mais qui rencontre, au dehors, une rivalité redoutable, ne saurait être trop exactement tenue au courant des progrès de cette rivalité étrangère, afin de ne pas se livrer, selon les circonstances, ou à des appréhensions exagérées, ou bien à une confiance imprudente." ’ Une somme de 15.000 F, mise à la disposition d'Arlès-Dufour, sera prélevée sur les produits de la Condition des soies dont la Chambre ‘ "affecte l'excédent à tout ce qui est susceptible de contribuer à l'amélioration et au perfectionnement de l'industrie qui alimente cet établissement." ’ ‘ "Un assortiment de soieries étrangères, notamment de celles qui passent pour être préférées aux nôtres et dont il nous importerait le plus d'enrichir notre production" ’, précise la lettre avisant - bien tardivement -, le 5 mai, le ministre du Commerce. Celui-ci, en date du 9, s'empresse d'acquiescer au projet ; mieux, il en fera faire l'annonce par Le Moniteur et émet un avis favorable auprès de son collègue des Finances en vue de l'admission de ces marchandises en franchise des droits de douane, quelques-unes même par exception à la prohibition dont elles sont frappées.

Après une absence aux séances consulaires des 3, 16 et 24 avril 1834, à celle du 15 mai, Arlès-Dufour, retour de Leipzig par l'Allemagne méridionale et la Suisse886, est là pour entendre le président annoncer ces nouvelles. Il en profite pour fournir quelques détails sur le résultat de sa mission à Leipzig, avant d'en établir le rapport écrit - un de plus ! En outre, il va devoir rapidement s'employer à rédiger, ‘ "pour chaque article reçu, une courte ’ ‘ notice ’ ‘ indiquant la matière première dont il est composé, les procédés, autant que possible, par lesquels il a été fabriqué, le prix auquel il revient, celui auquel il se vend, etc., etc.887" ’ Un premier échantillon est déjà parvenu à Calais. Fort heureusement, le mentor de l'opération échappe au sort qui, le 29 mai, doit désigner le second tiers sortant de la Chambre, selon l'ordonnance royale du 16 juin 1832888. La majeure partie des colis arrivée, le voici nommé, le 17 juillet, ainsi que Brosset et Goujon, commissaire à l'effet - selon les instructions du ministre des Finances - de retirer à la douane les caisses contenant les marchandises attendues. A la même séance, il peut annoncer que la notice "qu'il a proposée" est prête. Elle sera étudiée au sein de la Commission des manufactures, puis, ceci fait, soumise à l'assemblée, en séance extraordinaire du 5 août qui, après discussion et adoption - sous réserve de quelques modifications -, décide de s'en rapporter entièrement à une ‘ "commission spéciale investie des plus amples attributions et dont elle appelle à faire partie MM. Arlès-Dufour, Reverchon, Goujon, Riboud, Sabran et Brosset." ’ Autant de réunions auxquelles le premier nommé se doit personnellement de participer, sans parler des mille détails à mettre au point à l'approche de la manifestation...

Le 4 septembre 1834, les différents journaux de Lyon sont priés d'en assurer la publicité889. L'exposition se tiendra, dans la salle des séances de la Chambre de commerce, au palais Saint-Pierre, à partir du 8, chaque lundi, mardi, mercredi et vendredi, de neuf heures à midi890. Le public est bien averti qu'il ne s'agit pas de ‘ "faire connaître les tours de force des fabriques ’ ‘ étrangères" ’, mais seulement de ‘ "présenter leurs articles les plus courants, ceux qui, dans la grande consommation, tiennent une place de quelque importance. En un mot, ce ne sont pas des produits préparés d'avance pour être exposés ; [...] ils ont simplement été choisis dans des assortiments destinés à la vente891."

Pendant que canuts, ouvriers et chefs d'atelier, fabricants et commissionnaires défilent devant cette variété de pièces, c'est le moment que choisit le ministre du Commerce, par circulaire du 20 septembre, pour ouvrir une enquête en vue de la rédaction du projet de loi attendu sur les douanes. Il sera présenté aux Chambres dès leur prochaine session. A la séance de la Chambre de commerce du 7 octobre, il est décidé que réponse sera faite sur la base de celle déjà donnée le 29 octobre précédent. Et si l'on se souvient qu'Arlès-Dufour était l'auteur de celle-ci, on conçoit aisément qu'il soit désigné, avec le président Laurent Dugas et Goujon, pour composer cette nouvelle "commission spéciale" et, vraisemblablement, rédiger celle-là ; les termes en sont proposée et approuvés à la séance du 20 même mois. Même s'il connaît bien la question, ce travail supplémentaire, il s'en serait bien dispensé.

En effet, il a aussi formé le projet d'adjoindre à la Notice explicative de l'exposition, un travail à paraître simultanément. ‘ "L'étude consciencieuse des faits si attachante et si difficile, surtout lorsqu'on ne peut, comme moi, y vouer que des heures rares et détachées, m'a mené beaucoup plus loin que je ne pensais" ’, avoue-t-il dans la conclusion de cet ouvrage. Avant d'ajouter : ‘ "Cette impossibilité de travailler d'une manière suivie et autrement que dans les moments de loisirs, heureusement fort rares, que me laissent mes affaires commerciales, et aussi le peu d'habitude de la rédaction, expliqueront et feront excuser peut-être ce qu'il y a de heurté et de décousu dans ce petit ouvrage892." ’ Si l'on peut facilement comprendre ses difficultés pour mener à bien son étude, faute de temps, il n'en est pas de même, nous l'avons déjà remarqué, de celles en rapport avec son expression écrite, aisée, agréable et - ô combien - abondante ; mais l'autodidacte, encore complexé, croit bon d'aller au-devant d'éventuelles critiques.

Vaste tour d'horizon des centres de production concurrents, somme des observations qu'il a recueillies, soit dans ses voyages, soit par sa correspondance, aussi dans ses lectures, que ce "petit ouvrage" de 152 pages : Un mot sur les fabriques étrangères de soierie, à propos de l'exposition de leurs produits faite par la Chambre de commerce de Lyon.

Il nous a été donné, précédemment et à plusieurs reprises, d'y faire référence. Et si l'exposition réunit des articles des fabriques des pays suivants : Suisse, Saxe, Prusse rhénane, ancienne Prusse, Autriche, Angleterre et Indes, il étend son étude à la Russie, la Hollande, l'Italie et l'Espagne. Il s'est renseigné à maintes sources françaises et étrangères - parmi elles, G.R. Porter893, chef du bureau de statistique commerciale à Londres, dont il devient l'ami. Il a effectué des recherches ‘ "dans nos bibliothèques et nos archives où le classement des faits statistiques n'est encore qu'ébauché" ’... De vieux ouvrages et documents y ont été compulsés894 ; d'autres découverts dans les archives de la Chambre de Lyon, sur la teinture, le tissage, les douanes, le commerce, même antérieurs à l'institution des Chambres de commerce en 1702. Des éléments diversement recueillis, chiffres et statistiques multiples, tableaux à l'appui, il tire des commentaires pour chacun des pays précités, étudie l'évolution du nombre de métiers, du prix des étoffes, de la population. Il compare les tarifs, catégorie par catégorie, des filatures de Manchester et d'Alsace, les droits de douanes imposés sur les diverses matières premières dans les pays manufacturiers Il calcule le montant de la production des soieries en France et à Lyon, le pourcentage de répartition entre la consommation intérieure et l'exportation, etc. Après le passé, le présent, il traite longuement de l'avenir de Lyon :‘ "La vallée du Rhône étant le passage naturel entre le nord et le midi de l'Europe, et la Méditerranée étant aussi la route la plus naturelle de l'occident à l'orient du monde, Lyon se trouve l'étape presqu'inévitable où viendront s'opérer les échanges entre le nord et le midi, l'orient et l'occident895." ’Pour défendre sa croyance, il appelle à la rescousse, le citant abondamment, son ami Michel Chevalier : ‘ "un écrivain qui fait autorité en pareille matière, et dont la poétique imagination sait embellir, par le style, les graves enseignements de l'économie sociale896."

A partir de considérations commerciales, il évoque, au passage, les questions religieuses. Il déplore la révocation de l'Edit de Nantes, ses conséquences, préjudiciables à l'industrie de notre pays, bénéfiques pour celle de l'Angleterre et de l'Allemagne. S'il témoigne sa satisfaction de l'affranchissement des juifs en Prusse, il s'afflige qu'en Saxe, "‘ ce pays qui se vante, avec raison, de ne pas avoir un citoyen qui ne sache lire, écrire et compter" ’, ‘ "des règlements qui datent du Moyen-Age" ’ continuent de les proscrire et de les flétrir ; que spécialement à Leipsig, ‘ "la ville du monde où il s'imprime et se vend peut-être le plus de livres" ’, ils ne puissent s'établir, quelques-uns seulement y étant tolérés. Et d'espérer ‘ "que les efforts des hommes avancés, si nombreux en Saxe, vaincront enfin la résistance opiniâtre de l'intolérance, des préjugés ou des intérêts privés qui, là comme partout, se couvrent du manteau de l'intérêt public, et laveront le pays de cette tache qui le souille encore897" ’...

Indépendamment, ce Mot sur les fabriques étrangères... est aussi, et surtout, un nouveau plaidoyer en faveur des thèses qui lui tiennent à coeur, pour poser les principes généraux nécessaires des lois de douanes. En démontant les mécanismes commerciaux de chaque pays, la dissection lui fournit l'occasion d'en démontrer les effets sur l'industrie nationale. ‘ "Au temps de 1815, après la chute du géant" ’, ‘ "le système continental, jugé par l'expérience comme immoral et nuisible à tous les intérêts, fut cependant généralement maintenu. Pour plusieurs pays, il s'agissait surtout d'entretenir le sentiment de la nationalité, c'est-à-dire les préjugés, l'esprit de haine et d'antipathie envers les autres. [...] Aussi, sous cette funeste impulsion, vit-on des peuples abandonner ou négliger leurs voies naturelles de bien-être et de prospérité, pour s'élancer dans les voies artificielles et précaires ouvertes par les prohibitions. [...] La Suisse et la Saxe sont les seuls pays manufacturiers de l'Europe qui, à la chute du système continental, échappèrent à la ’ ‘ protection ’ ‘ , à la prohibition, aux tarifs, aux ’ ‘ douanes ’ ‘ enfin ; et leurs fabriques, dont les développements datent de cette mémorable époque, sont aussi celles de l'Europe qui ont le plus prospéré et dont la concurrence est la plus redoutable898." ’ Cependant, si l'auteur de l'ouvrage est rempli de crainte pour l'avenir manufacturier de la Saxe, à la suite de son adhésion au tarif des douanes prussiennes, il se félicite de cette "loi d'intérêts matériels" qui lie, depuis le 1er janvier 1834, 22 millions d'Allemands éparpillés dans dix-sept Etats, royaumes, principautés, duchés, grand-duchés et territoires divers.

Car l'anglophile se double d'un germanophile, favorable à l'unification allemande ; ce qui ne manquera pas de lui être sévèrement reproché bien plus tard899. ‘ "Faut-il voir, demande-t-il, ’ ‘ dans ses efforts et ses desseins [de la Prusse], la grande et belle pensée de la création d' ’ ‘ une Allemagne  ’ ‘ ; le noble désir de réunir en un corps, ’ ‘ sous une même direction ’ ‘ , tous ces membres épars que l'isolement atrophie, ou bien seulement une pensée d'intérêt national et plus étroit ? L'avenir nous l'apprendra. [...] Mais, quel que soit son mobile, toujours est-il que le tarif est un immense pas vers la formation d' ’ ‘ une Allemagne ’ ‘ . C'est un grand acte de liberté commerciale intérieure, qui est pour l'Allemagne ce que fut pour la France la suppression de ses douanes intérieures en 89 ; et, sous ce rapport, les hommes dont les sympathies ne s'arrêtent pas aux frontières, doivent applaudir900." ’ Un peu plus loin, on lit : ‘ "Dans peu, elle [la Prusse] n'aura qu'à vouloir, [après sa monnaie qui a déjà cours dans toute l'Allemagne], et l' ’ ‘ union ’ ‘ adoptera un système unitaire de monnaies, de poids et mesures, de postes, de transports. Vienne une guerre, et l' ’ ‘ union ’ ‘ adoptera aussi son système militaire ; peut-être enfin, et c'est probable, ses généraux et sa direction901..." ’ Malgré cette inquiétante éventualité qu'il laisse en points de suspension, il complète, page suivante : L'union est ‘ "approuvée par les hommes éclairés et généreux qui espèrent que, quels qu'en soient le but et l'instrument, elle rendra à l'Allemagne sa valeur, sa vie et la part d'influence qu'elle mérite de prendre dans les affaires de l'Europe902. [...]" ’ Car l'idéaliste, au regard du passé, ajoute : ‘ "Après de si éclatantes leçons, il est permis de croire que le règne du sabre est passé903" ’ !

1834 : Publication de Un mot sur les fabriques étrangères de soierie.
1834 : Publication de Un mot sur les fabriques étrangères de soierie.

En plus de cet espoir, ce tarif prussien ou l'union est aussi l'occasion de témoigner de son espoir en l'Europe904 : ‘ "En disant que l' ’ ‘ union ’ ‘ , si elle se consolide, pourra servir de base à un ’ ‘ système ’ ‘ européen ’ ‘ , j'entends que, par elle, tous les Etats qui la composent, obtiendront ce qu'ils n'eussent jamais obtenu séparément : des traités basés sur la parité, la réciprocité, avec les puissances de l'Europe qui voudront commercer avec l'Allemagne ; or, comme ’ ‘ toutes ’ ‘ ont des relations obligées d'achat ou de vente avec elle, il est bien certain que le tarif devra modifier le système de politique commerciale de l'Europe905."

Aux diplomates désormais de ‘ "régler les destinées du monde" ’, à eux de ‘ "nous donner la liberté commerciale." ’ Et s'il continue de caresser cette chimère, un avertissement est cependant donné : ‘ "On se tromperait pourtant si on croyait trouver dans la liberté absolue du commerce un remède immédiat à tous les maux qui affligent la société. C'est un grand moyen, sans doute, mais ce n'est pas la fin906." ’ Si elle ne l'est pas, ‘ "ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle [la liberté commerciale] donnera partout une grande impulsion à plusieurs branches de l'industrie907." ’ Sans omettre, bien sûr, aux côtés de cette liberté, l'association...

L'exposition des fabriques étrangères de soierie se clôt le 15 octobre 1834. Sa réalisation a exigé en définitive une avance totale d'environ 24.000 F. Certains produits présentés feront l'objet d'une revente, d'autres, en plus grand nombre, non908. Bien plus tard, au cours de la décennie 1870, Mme Arlès-Dufour assurera que, de cette vitrine de soieries, ‘ "les échantillons en sont encore exposés au Musée industriel du Palais de la Bourse909." ’ Faut-il rappeler que, le 23 septembre 1848, la Chambre s'était souciée de la fondation d'un musée spécial de la Fabrique ? Peut-on aller jusqu'à accorder à son mari l'antériorité du Musée d'art et d'industrie de 1864, devenu vers 1890, sous la houlette d'Edouard Aynard, l'actuel Musée historique des tissus ?

Pour les raisons données par son rédacteur lui-même et citées plus haut, l'ouvrage Un mot sur les fabriques étrangères... ne sortira malheureusement de presse que quelques semaines après la fin de la présentation, courant décembre vraisemblablement. Il est signé avec une relative discrétion : ‘ "Mr A.D., Négociant, membre de la Chambre de Commerce" ’. Vendu ‘ "au profit de la ’ ‘ souscription Jacquard" ’ - l'inventeur lyonnais longtemps incompris, décédé en août de la même année à Oullins910 -, on le trouve, au prix de 3fr50, chez deux libraires à Lyon dont, évidemment, au 5 rue des Célestins, Mme Durval, l'active et bien pensante saint-simonienne, et à Paris, chez la même, semble-t-il, au 10 boulevard des Italiens. ‘ "Cette brochure fit assez de sensation911" ’, se félicitera l'épouse de l'auteur.

Il ne suffit pas d'avoir des idées, encore convient-il de les propager pour les faire partager. L'être de convictions se double d'un homme de "relations publiques", dirions-nous aujourd'hui. Aussi, s'emploie-t-il à diffuser son écrit. Déjà, Le Courrier français a publié un premier article à son sujet, sous la signature d'Eugène Flachat, un ingénieur de formation, déjà inconditionnel des chemins de fer, l'un des anciens apôtres, lui aussi, de Ménilmontant... S'il l'ignorait - ce qui serait surprenant -, Arlès-Dufour l'apprend de Léon Faucher912. Egalement collaborateur du même journal, celui-ci promet de parler des idées développées par le destinataire de sa lettre dans un prochain article sur Lyon, ‘ "un travail plutôt social et politique qu'industriel" ’, à paraître dans la Revue des Deux Mondes. Par la même occasion, Faucher lui adresse une notice qu'il a rédigée sur Jacquard - tirée à quinze mille exemplaires et répandue dans toute la France - et il l'en prévient : ‘ "Je vous avertis que mon indignation sur l'indifférence des Lyonnais a été rognée de moitié" ’ ! Sur l'époque, l'opinion des correspondants semble partagée et Faucher d'interroger : ‘ "A qui parlez-vous de la nullité du présent ? Hélas ! Certes, je suis dégoûté de la presse, de la politique, des hommes et des choses. Quand je considère [...] cette Chambre usée, ce gouvernement décrépit, cette diplomatie d'enfant et ce néant des consciences qui n'ont même pas besoin de se prostituer, il me prend des envies de briser ma plume ou de renverser mon encre et de me sauver à mille lieues du régime représentatif. [...] A tort ou à raison, je crois que l'action nous appartiendra dans un avenir rapproché, à nous qui voulons sincèrement le progrès et je sens la nécessité de me tenir prêt. [...]"

Parmi les destinataires du "petit ouvrage", comme Arlès-Dufour qualifie son "mot sur les fabriques..., figure, non l'un des moindres, le chantre du "parti social". Quelques mois plus tôt, Lamartine, presqu'à la veille de celle qui se prépare, a encore plaidé en faveur des ouvriers lyonnais de l'insurrection de novembre 1831, eux qui avaient ‘ "établi l'ordre dans le désordre913" ’. Se recommandant d'amis communs, Bowring, Carlier et Martin-Paschoud914, ‘ "trop heureux d'ailleurs de trouver une occasion de vous témoigner la haute estime que je professe pour votre caractère et votre génie" ’, l'expéditeur prend la liberté de s'adresser au poète et au député. En termes choisis, il prie le versificateur de se ‘ "souvenir que l'auteur n'est pas du tout un homme de lettres mais un simple marchand fort peu accoutumé à toute autre rédaction que celle de ses lettres de commerce." ’ Du parlementaire, il attire surtout l'attention sur ses chapitres Introduction, Tarif prussien et Conclusion - ‘ "ceux qui me vaudront les plus amères critiques", pressent-il. ’ ‘ Aussi sur le but indirectement poursuivi : la souscription Jacquard qui ’ ‘ , "à la honte de nos industriels, se traîne dans l'oubli. [... ] Un mot, quelques phrases de vous à la tribune ou dans un journal sur Jacquard et l'oubli où déjà tombe sa mémoire ferait plus encore pour la souscription que dix ouvrages comme le mien." ’ L'association, l'abolition des douanes font aussi partie du développement. Une restriction inattendue se trouve sous sa plume, avec aussi un sens prémonitoire sur des questions toujours actuelles : ‘ "Pour qui ne se paie pas de déclamations et de démonstrations superficielles, il est facile de voir que la liberté commerciale ’ ‘ ni même le vote universel ’ ‘ ne sauraient résoudre d'une manière définitive les grandes et graves questions du siècle : les machines, les salaires, la retraite du travailleur, etc., etc.915"

Fort aimablement, Lamartine ne tarde pas à lui répondre par lettre du 16 janvier 1835. Par un hasard malheureux, la brochure annoncée n'est pas parvenue. ‘ "Sans doute, les personnes que vous me nommez sont près de moi une grande recommandation, mais veuillez croire, Monsieur, que vous n'en aviez nullement besoin. Votre lettre pleine d'intérêt suffit pour me donner le désir de faire votre connaissance et je serais charmé que vous voulussiez bien m'en procurer l'occasion lors de mon premier voyage à Lyon." ’ En P.S., l'illustre écrivain assure que, lors de la discussion du budget, il saisira l'occasion favorable de parler en faveur de la souscription Jacquard916.

Même si leurs Chambres de commerce, dans le moment, ne semblent guère entretenir de liens permanents917, les intérêts de Lyon et de Bordeaux sont depuis longtemps communs aux deux villes exportatrices. Bowring a d'ailleurs soufflé à Arlès-Dufour le nom de quelques personnalités, entre autres, de Guyenne et de Saintonge. Théodore Ducos reçoit-il, avec la brochure, la lettre - apparemment - passe-partout918 qui l'annonce ou une missive appropriée ? Quoiqu'il en soit, le député de la Gironde - et futur ministre de la Marine de Napoléon III - se répand en éloges sur la publication : ‘ "Je l'ai lue avec le plus vif intérêt. Elle renferme d'excellentes vues et vous êtes pénétré, Monsieur, des vrais principes d'économie politique. Vos principes sont les miens, ils sont aussi ceux de Bordeaux ; ils sont enfin ceux que ses députés ont pour mission de soutenir et de défendre. Je suis heureux, Monsieur, de pouvoir vous exprimer toute ma reconnaissance et toutes mes sympathies pour votre ouvrage. Dans la grande lutte qui s'est engagée entre les privilégiés et les partisans d'une sage liberté commerciale, il doit infailliblement produire de bons résultats. Il réfute admirablement les étranges interprétations que l'on donne à nos vues économiques. Ce n'est pas seulement un bon ouvrage que vous avez fait, c'est un véritable service que vous avez rendu au pays. Soyez persuadé que votre cause trouvera en moi un loyal et zélé défenseur. L'occasion m'en sera offerte de nouveau lors de la grande discussion du traité américain et j'espère que je saurai concilier les intérêts du commerce et de l'industrie avec les justes susceptibilités de l'honneur national. Agréez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération. Théodore Ducos de la Gironde919."

Combien d'exemplaires l'imprimerie L. Boitel, au 36 Quai Saint-Antoine à Lyon, tira-t-elle de cet ouvrage, devenu rarissime ? La question demeure posée. De même, celle de savoir comment Un mot sur les fabriques... est parvenu à la New York State Library pour toujours figurer, sur ses rayons, plus de cent soixante ans après..., et en deux exemplaires920 !

Après tout, les Etats-Unis n'étaient-ils pas le plus gros client de la Fabrique... ?

Notes
820.

Journal du Commerce, 18 janvier 1833.

821.

Tout comme d'ailleurs, dans un souci d'objectivité, des théories phalanstériennes de Charles Fourier et de l'activité de son disciple Adrien Berbrugger.

822.

Le docteur Lortet, ami d'Arlès-Dufour est membre du Comité secret, fondé par Cavaignac en juillet 1833, avec Jules Favre, Baune, Michel-Ange Périer (un des chefs de l'insurrection de 1831) et Bertholon (Sébastien Charléty, Histoire de Lyon, op. cit., pp. 267-268).

823.

Jules Michelet, Journal, op. cit., p. 296. Pour mémoire, rencontre du vendredi 29 mars 1839 - Michelet se méprend quand il qualifie, ici, Arlès-Dufour d'"ex-saint-simonien". Les relations nouées entre Michelet et Arlès-Dufour ont certainement pour origine les liens d'amitié unissant les deux hommes aux frères d'Eichthal. Dès 1830, Gustave d'Eichthal conduisait Michelet à la salle Taitbout pour y entendre une prédication de Barrault (Michelet, Journal, p. 784, note de Paul Viallaneix). Le docteur Lortet paraît également en rapport avec Michelet (Ibid, p. 796 et 860, id.). Pour mémoire, cf. note in XVII - Un nouveau départ...

824.

J.B. Monfalcon, op. cit. p. 153.

825.

Discours non prononcé par Arlès-Dufour "en raison de l'heure avancée", mais reproduit dans Le Précurseur du 7 août 1832 et dans L'Echo de la Fabrique n° 42 du 12 même mois, après les "funérailles du gérant de L'Echo le lundi 6 août".

826.

L'Echo de la Fabrique, n° 1 du 6 janvier 1833.

827.

Adélaïde Arlès, épouseEX \f nom «Chabrières (Adélaïde)», Copie de notes prises par ma mère Pauline Arlès-Dufour sur la vie de notre père François Arlès-Dufour, s.d., document déjà cité (Archives familiales).

828.

Suite à la circulaire du ministre du Commerce en date du 29 décembre 1832 en vue de la convocation des Conseils généraux du commerce et des manufactures.

829.

Compte rendu fait lors de la délibération du 11 avril 1833 (CCL, Registre des délibérations).

830.

Archives familiales. Pour mémoire, daté postérieurement par Arlès-Dufour de 1835... Voir remarques précédentes sur ces erreurs de datation.

831.

Les obstacles au règlement des créances en question ne seront pas encore levés et Arlès-Dufour devra, à nouveau, apporter sa contribution pour tenter de le hâter. Coutumier des pétitions, fut-il le rédacteur du Mémoire adressé à la Chambre de commerce (CCL, Registre des délibérations, 15 janvier 1835) par "treize maisons de la ville en relations habituelles d'affaires avec les Etats-Unis d'Amérique" inquiètes de la tournure fâcheuse des rapports de la France avec ce pays ? En tout état de cause, il rédigea une Notice sur le préjudice qu'une rupture éventuelle causerait à l'industrie et au commerce français. Les interventions prévues furent suspendues, un projet de loi relatif à ce paiement ayant été déposé par le gouvernement (CCL, Registre des délibérations, séance extraordinaire du 22 janvier 1835).

832.

CCL, Registre des délibérations, 26 juin 1833, à propos de la réception du "4e supplément au tarif des douanes des Etats-Unis d'Amérique".

833.

CCL, Registre des délibérations, 25 juillet 1833. "Ce rapport est adopté ; le bureau demeure chargé de le faire parvenir à sa destination et il sera transcrit, en outre, au registre de la correspondance", ajoute le Registre des délibérations de la CCL à la même date. La lettre n° 177 au préfet est datée du 30 juillet 1833.

834.

Décision confirmée en séance extraordinaire de la Chambre de commerce du 26 juin 1833 : "La Chambre en ayant délibéré et persistant unanimement dans l'opinion que la fabrique de Lyon n'a que des avantages très considérables à espérer de l'admission des soies étrangères en France libres de tout droit autre que celui de balance, et peu ou point d'inconvénient à craindre de la levée de la prohibition de sortie des soies françaises ...]."

835.

Jean Orieux, op. cit., p. 770.

836.

Michel Delecroix et Mary Rosselin, op. cit., p. 12.

837.

A[rlès]-D[ufour], Un mot sur les fabriques ..., op. cit., p. 57.

838.

Lettres n° 177 et n° 178 du 30 juillet 1833 (CCL, Registre Copies de lettres).

839.

Lettre de la Chambre de commerce du 15 janvier 1839 (CCL, Registre Copies de lettres), à "M. Arlès-Dufour, Membre du Conseil général des Manufactures." La seconde lettre de la Chambre de commerce, ibid., à la même date du 15 janvier 1839, au ministre fait état de sa qualité "d'élu de la Chambre au Conseil général du Commerce". Cette contradiction apparaît d'ailleurs dans le texte même de la lettre à Arlès-Dufour.

840.

Avec quatre autres membres dont le président Laurent Dugas et Vachon-Imbert, Arlès-Dufour faisait partie du tiers sortant non rééligible, lors du renouvellement annuel et partiel du 15 novembre 1838.

841.

Ou membre du Conseil général des Manufactures selon note supra. La nomination d'Arlès-Dufour en tant que "député au Conseil général du commerce" est arrêtée lors de la délibération du 17 décembre 1835. Sa première participation aux travaux de ce Conseil a lieu dans le courant de janvier 1836 (A l'ordre du jour : primes de librairies, sucre de betterave, patentes, houille et houillères, laines) ; il en rend compte, avec Goujon, autre "député" de la Chambre, lors de la séance du 11 février suivant. Le mandat des conseillers généraux expirant avec la session de 1835, Arlès-Dufour et Riboud sont élus par la Chambre (CCL, Registre des délibérations du 3 septembre 1836) pour les trois sessions suivant cette élection.

842.

A propos de droits différents pesant sur les houilles en provenance de Grande-Bretagne, ce litige sera levé par la suite.

843.

Arlès-Dufour apportera un concours identique à la commission mixte chargée de la révision réciproque des douanes anglaises et françaises réunie à Paris en fin d'année 1839 (CCL, Registre des délibérations, 19 décembre 1839).

844.

L'Echo de la Fabrique, 19 mai 1833.

845.

Lettre de remerciements n°197 de la CCL à Poulett Thomson, Vice-président du Conseil du commerce, Londres, 12 août 1833 (CCL, Registre Copies de lettres).

846.

Lettre de remerciements n°198 de la CCL à John Bowring, Londres, 12 août 1833 (CCL, Registre Copies de lettres).

847.

Lettre de Bowring, Caen, 19 mai 1833, à Arlès-Dufour (Archives familiales).

848.

Deux brouillons (Archives familiales) de la lettre vraisemblablement adressée par la Chambre de commerce au ministre du Commerce le 3 juillet, suite à la délibération du 26 juin 1833, et rappelée, satisfaction obtenue, par lettre CCL n° 179 du 5 août 1833 (Registre copies de lettres).

849.

Selon brouillon in archives familiales.

850.

Arlès-Dufour, "Industrie lyonnaise - Libre sortie des soies de France", L'Echo de la Fabrique n° 33, 18 août 1833.

851.

A la suite du renouvellement de la Chambre de commerce du 27 juin 1833, Dugas dont le mandat présidentiel était expiré, a été réélu. La liste des commissions permanentes établie le 25 juillet suivant donne, pour celle des manufactures, la composition suivante : Brosset, Rémond, Goujon, Mestrallet, Berne neveu et Arlès-Dufour.

852.

Brouillon de sa main inclus dans archives familiales.

853.

Rapport d'Arlès-Dufour présenté au nom de la "commission spéciale" de la CCL, "Régime des douanes - Réponses aux questions" (du ministre du Commerce), séance extraordinaire 29 octobre 1833 (CCL, Registre des délibérations).

854.

Cité par Jean Orieux, op. cit., p. 772.

855.

Rapport d'Arlès-Dufour présenté au nom de la "commission spéciale" de la CCL, séance extraordinaire 29 octobre 1833, cité ci-dessus.

856.

"Milord, La Chambre de commerce de Lyon m'ayant chargé de répondre aux questions de M. Thiers..." écrit Arlès-Dufour à Lord Auckland, 25 novembre 1833 (Archives familiales). Aucune allusion dans cette lettre ne permet de connaître l'existence de rapports antérieurs entre les deux personnages. Nous connaissons un autre courrier du même au même, 29 mai 1834, au sujet du tarif prussien (Archives familiales).

857.

L'Echo de la Fabrique, n° 51, 22 décembre 1833.

858.

Selon correspondances diverses de la Chambre de commerce, et non le 26 juin comme l'écrit E. Pariset in Histoire de la Fabrique lyonnaise, op. cit., note 2, page 286.

859.

Lettre CCL n° 341 du 8 mai 1832 (Registre Copies de lettres) à mairie de Saint-Etienne.

860.

Arlès-Dufour, Un mot sur les fabriques ..., op. cit., p. 112.

861.

Ibid., p. 78.

862.

Ibid., p. 112.

863.

Ibid., p. 112 : "Je suis fâché que son étendue ne me permette pas de le citer en entier", écrit-il.

864.

Ibid., p. 116

865.

Tentative en 1815 d'importation en France de 500 balles de soies asiatiques, selon rapport de la Chambre de commerce de Lyon du 7 mars 1816 cité par E. Pariset, Histoire de la Fabrique lyonnaise, op. cit., note p. 296.

866.

Arlès-Dufour, Un mot sur les fabriques..., op. cit., p. 80.

867.

En date du 21 février 1834.

868.

Lettre CCL n° 326, 29 mars 1834, à ministre du Commerce (Registre Copie de lettres).

869.

Lettre CCL n° 369 du 21 juin 1834 (Ibid.)

870.

Date donnée sous réserve : 8 ou 11 juillet ? M. Pariset donne la première en note 3 p. 67 de la 2e partie de son ouvrage La Chambre de commerce de Lyon, op. cit., la seconde est fournie par E. Pariset, Histoire de la fabrique lyonnaise, op. cit., p. 286.

871.

Cf. supra même chapitre.

872.

CCL, Registre des délibérations, 7 février 1833.

873.

Souligné par nous. Le n° 44 du 3 novembre 1833 de L'Echo de la Fabrique interroge dubitativement ses lecteurs : "Le Peuple y gagnera-t-il quelque chose ?".

874.

Selon CCL, Registre des délibérations, 7 février 1833 : "Sur la question relative à une exposition des produits de l'industrie, votre commission s'est tellement écartée, dans l'avis qu'elle va vous soumettre, des idées les plus généralement admises, qu'elle croit devoir expressément vous prévenir que cet avis, adopté, il est vrai, à l'unanimité des voix de ses membres présents, n'est pas cependant celui de la commission toute entière, laquelle ne s'est trouvée, dans sa dernière réunion, qu'au nombre exactement nécessaire pour délibérer valablement." Pour mémoire, cf. note ci-dessus relative à la composition de la commission des manufactures.

875.

Le Précurseur, 1er décembre 1826.

876.

Il ne nous paraît pas tellement audacieux d'avancer cette hypothèse. Il est rappelé qu’Arlès-Dufour écrivait dans Le Précurseur en 1828, comme il le mentionne in Un mot sur les fabriques..., op. cit., p. 79 ; de plus, il cite, dans cette même page, un autre article sur la “redoutable” concurrence suisse, publié antérieurement, “quoique jeune encore”, sans précision du titre du journal il est vrai.

877.

Ce pays n'est pas mentionné dans la liste des fabriques représentées dressée par Arlès-Dufour dans l'introduction de Un mot sur les fabriques..., op. cit.

878.

Copie de notes prises par ma mère Pauline Arlès-Dufour..., document cité.

879.

Nous avons déjà signalé le souci de discrétion manifesté, bien souvent, par la Chambre à l'égard des suggestions ou initiatives personnelles de ses membres.

880.

Mémoires de Terson, ARS 7786, citées par M. Emerit, "La révolte des canuts, en 1834, vue par Terson, informateur d'Eugène Süe", Actes du 89° Congrès des sociétés savantes à Lyon, 1964, t. II, Vol. 1.

881.

Après l'insurrection de 1834, comme déjà indiqué en XIV - Lyon, tremplin de l'Orient, Gasparin sera nommé pair de France et promu commandeur de la Légion d'honneur.

882.

Commandant p.i. de la 7e division militaire. Il sera élevé au grade de grand officier de la Légion d'honneur, après l'insurrection de 1834 et nommé pair de France.

883.

Lettre Arlès-Dufour, 1er février 1834, à Holstein (ARS 7688/3, déjà citée in XIV - Lyon, tremplin de l'Orient).

884.

Nom donné en France, après 1830, à des groupes de jeunes gens affectant des théories révolutionnaires (Dictionnaire Quillet). L'Académicien Henri Troyat, lui, donne cette définition : "Nom donné, après la révolution de 1830, aux jeunes gens qui affichaient des opinions très démocratiques, d'où "bousingotimisme" (Balzac, p. 422, Paris, Flammarion, 1995, 545 p).

885.

Archives familiales. Cette lettre d'Arlès-Dufour à Pauline est fort vraisemblablement de l'année 1834 : 1/ Il n'y fait mention que de deux enfants, Gustave et sa soeur Adélaïde ; le 3°, Alphonse, est né en 1835. 2/ le "mercredi 2" précède bien d'une semaine la première "Journée" du mercredi 9 avril 1834.

886.

Précision donnée au passage dans lettre d'Arlès-Dufour du 29 mai 1834 à Lord Auckland - Cf. note supra même chapitre (Archives familiales).

887.

CCL, Registre copies de lettres, lettre CCL n° 339 du 5 mai 1834 au ministre du Commerce, lui soumettant le "projet d'une exposition de soieries des fabriques étrangères".

888.

A la suite de l'élection de cinq nouveaux membres de la Chambre, le 7 juillet 1834, la commission des manufactures est composée, le 17 même mois, de : Brosset, Goujon, Arlès-Dufour, Berne neveu, Reverchon et Sabran-Berna. Laurent Dugas et Vachon-Imbert sont respectivement réélus président et secrétaire-trésorier.

889.

CCL, Registre Copies de lettres, lettre CCL n° 412 du 4 septembre 1834 aux rédacteurs des journaux suivants : Courrier de Lyon, Précurseur, Réparateur, Gazette du Lyonnais, Journal du Commerce pour diffusion de l'Avis n° 413 ci-après du même jour.

890.

Cet horaire sera modifié à partir du lundi 6 octobre de 10 h. à 14 h. et la clôture, à la date du Mercredi 15 octobre, annoncée par la même occasion (Lettre CCL n°495 et Avis n° 496 du 4 octobre 1834 aux journaux précités, CCL, Registre Copies de lettres).

891.

Avis n° 413 transmis par lettre CCL n° 412 du 4 septembre 1834 aux journaux précités (CCL, Registre Copies de lettres).

892.

A [rlès]-D[ufour], Un mot sur les fabriques..., op. cit., "Conclusion", p. 147.

893.

George Richardson Porter (1792-1852), auteur de "Progrès de la Grande-Bretagne sous le rapport de la population et de la production", ouvrage traduit de l’anglais, Paris, 1837, avec une préface de Michel Chevalier). Michel Chevalier, M. Arlès-Dufour, op. cit. : "Arlès noua vers le même temps [1833/1834] des rapports intimes avec M. Porter, un des fonctionnaires supérieurs du Board of Trade, où il était chargé de la statistique, et qui est mort après avoir rendu de grands services à la cause de la liberté du commerce et publié l'ouvrage important du "Progrès de la Nation"". Pour mémoire, cf. VI - La découverte de l'Angleterre.

894.

Outre le Mémoire sur la soie de Nankin cité, les Mémoires de la maison de Brandebourg de Frédéric le Grand, Théorie et pratique du commerce et de la marine de Don Ustaritz, Madrid, 1724, un rapport du Comité de Salut public de novembre 1794 sur l'état de notre "malheureuse ville".

895.

A[rlès]-D[ufour], Un mot sur les fabriques..., op. cit., p. 142.

896.

Ibid.

897.

Ibid., pp. 40-41.

898.

Ibid., pp. 8-10.

899.

Et même plus de cent vingt ans après... Cf. Louis Jasseron, "Un des fondateurs de l'Ecole Centrale lyonnaise F.-B. Arlès-Dufour", La Vie lyonnaise, 1956, n° 35, qui relève : "...dès 1834, trente-deux ans avant Sadowa, il exprimait sur la Prusse et l'Allemagne des vues qui devaient se réaliser certes, mais au détriment de la France."

900.

A[rlès]-D[ufour], Un mot sur les fabriques..., op. cit., p. 22.

901.

Ibid., p. 24.

902.

Ibid., p. 25.

903.

Ibid., p. 148.

904.

Pour mémoire, lettre d'Arlès-Dufour datée "Lyon le 29 mai 1834" à Lord Auckland, "comme promis au docteur Bowring", dont copie in archives familiales. De retour et après consultation de son "parent et associé M. Dufour-Feronce de Leipzig, homme de grand sens et de haute portée, vous verrez Milord, écrit-il en joignant la lettre de son cousin, que, sans s'être concertés, un Allemand et un Français arrivent aux mêmes conclusions. Je désire que celles de vos agents diplomatiques soient dans le même sens." En prolongement, il s'agit, ni plus ni moins, pour l'Angleterre et la France, d'établir une grande alliance commerciale avec l'Union allemande.

905.

A[rlès]-D[ufour], op. cit., p. 26.

906.

Ibid., pp. 148-149.

907.

Ibid., p. 151.

908.

Pour mémoire, cf. délibération CCL du 27 juin 1835 et lettre du 12 novembre 1836 de la Chambre à M. Félissent, directeur de la Condition des soies. Ces produits, selon la suggestion d'Arlès-Dufour, sont entreposés dans les magasins de la Maison Dufour Frères "pour procurer à ces marchandises l'écoulement le plus prompt et le moins désavantageux possible." (Délibération CCL du 5 mai 1835).

909.

Copie de notes prises par ma mère Pauline Arlès-Dufour sur la vie de notre père..., document cité (Archives familiales).

910.

Pour un projet d'érection d'un monument à la mémoire du mécanicien Jacquard, la Chambre de commerce de Lyon (séance du 28 août 1834, Registre des délibérations) s'inscrit au nombre des souscripteurs pour une somme de 5OO F.

911.

Copie de notes prises par ma mère Pauline Arlès-Dufour ..., document cité (Archives familiales).

912.

Lettre, à l'écriture fine, longue de plus de deux pages, de Léon Faucher, 7 Cité d'Antin à Paris, du 17 janvier 1835 adressée, avec un mois de retard pour raisons de santé, à "Mon cher Monsieur Arlès" (Archives familiales). Il y est fait remarquer au destinataire son erreur d'attribuer à Colbert les règlements de l'industrie de la soie dont la paternité revient aux échevins de Lyon.

913.

Discours de Lamartine du 13 mars 1834 à la Chambre des députés (Fernand Rude, C'est nous les canuts, op. cit., p. 234).

914.

Pasteur de l'Eglise réformée à Lyon depuis plusieurs années, 9-11 Côte des Carmélites (Almanach historique et politique de Lyon).

915.

Lettre d'Arlès-Dufour à Lamartine du 3 janvier 1835, selon brouillon in archives familiales.

916.

Lettre de Lamartine, 16 janvier [1835 comme complété par le destinataire], à Arlès-Dufour (Archives familiales).

917.

Pour mémoire : Le 12 décembre 1833, la Chambre de Bordeaux prend l'initiative d'adresser à celle de Lyon copie de sa réponse à la circulaire du ministre du Commerce du 27 août (CCL, Registre des délibérations, 19 décembre 1833). Elle s'en trouve remerciée, par lettre CCL n° 281 du 18 janvier 1834, dans les termes suivants : " [...] si nous différons d'opinion avec vous sur certains points, il en est un plus grand nombre d'autres et de ceux qui ne sont pas les moins essentiels, sur lesquels nous nous trouvons en parfaite conformité de principes et de vues."

918.

"Monsieur, Sachant que vous vous occupez beaucoup d'industrie et charmé d'ailleurs de trouver une occasion de vous témoigner la haute estime que m'inspire votre caractère, je viens, Monsieur, vous offrir un exemplaire d'un petit ouvrage que je viens de publier..." Texte inachevé dont brouillon in archives familiales, daté 1834.

919.

Lettre Théodore Ducos, datée à Paris du 28 janvier 1835, à Arlès-Dufour (Archives familiales).

920.

Sous les références 330 G62 et 28505.3 (Internet).