1. Le travail : un objet central pour la satisfaction des besoins du Sujet.

La gestion de la perte d’un être aimé, analysée dans le chapitre II, a montré que le processus de deuil est directement conditionné par la nature de la relation objectale rompue. Il est d’autant plus facile que la relation est caractérisée par une bonne différenciation sujet/objet, même si l’on sait que celle-ci n’est jamais totale, et par une ambivalence amour/haine de faible amplitude. A l’inverse, une relation moins mature place le sujet devant la difficulté de perdre un objet fortement confondu avec son Moi, objet auquel il est lié par une relation de grande dépendance, supposant une violente ambivalence.

J’ai d’autre part proposé de considérer la relation à l’objet-travail comme la résultante d’un triple façonnage : par le sujet en fonction de sa maturité psychique, par l’objet en fonction de ses particularités et par le contexte environnemental dans lequel naît et s’entretient le lien (Cf. Chapitre II, fin du § 3.1).

Comment décrire, à partir de ce modèle, les caractéristiques de la relation à l’objet-travail ? Qu’en est-il de la différenciation sujet/objet et de l’intensité de l’ambivalence ? L’hypothèse d’une satisfaction exclusive des besoins d’auto-conservation et des besoins du Moi par l’activité professionnelle peut-elle être soutenue ? Permet-elle d’expliquer la difficulté du deuil ?

Répondre à ces questions nécessitera préalablement de définir l’expression « besoins du sujet ». J’expliquerai aussi dans quelle mesure la description de caractéristiques invariantes de la relation à l’objet-travail ne s’oppose pas à l’idée de diversité de cette relation développée précédemment, notamment grâce aux apports de la sociologie et de la psychologie sociale. Ces précisions permettront ultérieurement de décrire l’origine et la nature de l’intrication entre fonctionnement du Moi et activité professionnelle.