4.3.4. La conclusion

4.3.4.1. Les différents types de relation sémantique entre les deux membres du composé

Nous venons de voir quelques généralités sur la composition substantif-verbe en persan. Ce que nous avons remarqué à propos de ces verbes c'est que la relation sémantique existante entre les deux éléments du composé, à savoir le substantif et le verbe, n'est pas toujours de la même nature pour tous les composés, selon le caractère plus ou moins vide du verbe et le rôle sémantique du substantif. Ce fait nous amène à distinguer plusieurs types de composés.

  1. 1. Dans un certain nombre de cas le verbe est plein; le substantif n'a pas le rôle d'apporter du sens au verbe. Sa présence étant obligatoire pour des raisons syntaxiques, son rôle sémantique sera celui d'un objet interne. (Par objet interne nous entendons l'objet qui est sémantiquement contenu dans le verbe. Le français possède ce type d'objet dans des expressions telles que "vivre sa vie", "manger sa nourriture", etc.). C'est le cas de kotak zadan (frapper), qazâ xordan (manger) ou encore qazâ poxtan (cuisiner).
  2. 2. Certains substantifs apportent une nuance sémantique au sens du verbe: si le champ de l'application du verbe est vaste, il existe des substantifs qui divisent ce champ en plusieurs sous-groupes. C'est par exemple le cas de kešide zadan (gifle frapper; gifler), nâhâr xordan (déjeuner manger; déjeuner) ou encore nâhâr poxtan (déjeuner cuire; faire le déjeuner).
  3. 3. Le troisième type de relation qui peut exister entre un substantif et un verbe correspond au cas où le substantif représente un choix parmi tous les termes qui peuvent accompagner le verbe, et qui n'ont pas forcément une relation sémantique avec ce dernier. Dans ce cas, la présence du substantif est obligatoire pour le sens du composé parce que c'est de lui que dépend la valeur sémantique de ce dernier. La différence avec les substantifs qu'on a vu plus haut c'est justement cet apport sémantique. Ce groupe peut être lui-même subdivisé en deux. Dans un sous-groupe, le substantif et le verbe ont quelques sèmes en commun, et dans le deuxième sous-groupe nous avons mis les substantifs et les verbes qui n'ont aucun rapport sémantique.

En ce qui concerne les verbes composés dont les constituants ont des sèmes en commun, nous en avons parlé plus haut et nous n'y reviendrons plus (cf. dar/zang zadan).

Le deuxième sous-groupe, qui comprend un nombre non négligeable de verbes composés persan, est constitué des membres qui n'ont pas de rapport sémantique entre eux. Nous pouvons donner les exemples suivants: zamin zadan/xordan (terre frapper/manger; faire tomber/tomber), dâd zadan/kešidan (cri frapper/tirer; crier), dust dâštan (ami avoir; aimer).

Si nous comparons les trois relations que nous avons vues, nous voyons qu'ici, dans ce groupe, le substantif a une fonction sémantique à part entière. En effet le substantif n'est pas redondant sémantiquement comme l'objet interne, il n'a pas la fonction de choisir un terme parmi ceux qui appartiennent sémantiquement à la catégorie de l'objet interne non plus; ici, le substantif détermine la signification du composé. C'est pour cela que nous pouvons dire qu'il a une fonction sémantique essentielle.

Si nous comparons ces différents types de relation entre les deux membres du composé avec les composés d'autres langues (chapitre 2), nous constatons que d'une manière générale, les verbes composés du persan montrent les mêmes particularités sémantiques que les composés des autres langues: parfois, le substantif n'a pas de rôle sémantique, comme le composé turc yemek yemek (nourriture manger; manger). Parfois, le substantif apporte une précision supplémentaire: c'est le cas du turc et yemek (manger de la viande) ou de la phrase tamoul avan veTkappaTTaan (Il a "honte-éprouvé"). Dans le composé hindi ya:d karna: (souvenir faire; penser), le sens du composé est celui du substantif.