2. Le choix d’une problématique et l’adoption d’une trajectoire particulière de recherche

21. La nécessité d’une gestion globale des déplacements

Afin de comprendre le fonctionnement du système des déplacements urbains, ce dernier doit être envisagé comme un sous-système du système urbain. Bonnafous et Puel (1983) définissent le système urbain comme un système complexe résultant de l’imbrication de trois sous-systèmes :

  • Un système de localisation qui correspond à l’utilisation des sols (localisation d’activités et d’habitats, d’équipements publics) ;

  • Un système de pratiques et de relations sociales qui désigne le déroulement des activités des citadins ponctuant l’organisation de la société urbaine ;

  • Enfin, un système de déplacements qui articule les deux sous-systèmes précédents et qui regroupe ainsi les flux de personnes et de biens et les infrastructures supportant ces flux.

La demande de déplacements n’est pas une demande immédiate, directe. Les individus ne se déplacent pas dans le but de se mouvoir simplement dans l’espace, ils se déplacent dans le but de réaliser une activité, qu’elle soit économique ou de l’ordre des affaires privées. La mobilité quotidienne est avant tout le résultat de l’inscription dans l’espace et dans le temps de programmes d’activités des individus, elle émane des besoins de réalisation de ces activités.

Cette systémique à trois dimensions soumet l’interprétation d’un phénomène appartenant a priori à l’un des trois sous-systèmes à l’analyse des interactions que celui-ci entretient avec les deux autres. Ainsi, afin de rendre compte d’une planification globale du système de déplacements, il faut être conscient du caractère indissociable des deux autres systèmes. En particulier, une démarche de planification globale doit prendre en compte l’interaction du système de transport et du système des localisations urbaines. La question centrale est ainsi celle de l’existence d’interactions potentielles entre le système de transport et le système d’occupation des sols. Il apparaît que les changements que connaissent les villes ont des incidences sur les déplacements et l’offre de transport, lesquels affectent à leur tour la façon dont les villes évoluent. L’évolution future des déplacements doit alors être envisagée en considérant les tendances socio-économiques lourdes affectant la mobilité des agents, le développement des différents réseaux de transport, mais aussi en considérant les rétroactions potentielles sur le système d’occupation des sols.

La mise en évidence de la nécessité de gérer les déplacements sur la base d’une approche systémique et globalisante de l’espace urbain s’est peu à peu imposée. Déjà en 1985, le rapport de la CEMT dirigé par Webster faisait ressortir que « de puissantes forces économiques et sociales sont constamment en jeu, elles produisent des changements du milieu urbain, et il est essentiel que les politiques adoptées permettent dans ce contexte d’atteindre les objectifs fixés. Ainsi, les politiques de transport devraient être considérées dans le cadre de l’aménagement urbain et de la vie économique ; pour élaborer une stratégie globale et cohérente, en matière de transport, il conviendrait de tenir compte de toutes les interactions entre l’aménagement urbain, les transports et l’économie qui ont des effets directs sur les déplacements, notamment de celles susceptibles de produire des effets en retour ». Ce souci s’est progressivement concrétisé avec la démarche, en France, des Dossiers de Voirie d’Agglomération et celle des PDU qui incite à une coordination de la planification des transports et de la planification urbaine, et à la prise en compte des influences réciproques de l’urbanisation et des déplacements. Le PDU a pour objet de définir les principes généraux de l’organisation des transports, de la circulation et du stationnement, ainsi que les livraisons de marchandises dans le périmètre des transports urbains d’une agglomération. Six objectifs sont fixés par la loi à savoir la diminution du trafic automobile, le développement des transports collectifs et des modes économes et les moins polluants (marche à pied, deux roues), l’aménagement et l’exploitation du réseau principal de voirie, la réorganisation et l’aménagement du stationnement, le transport et la livraison de marchandises, l’encouragement aux entreprises et aux collectivités publiques à favoriser le transport de leurs employés par les transports publics ou le covoiturage.