2) Bucarest

Impressions d’une ville

C’est de retour d’un voyage éclair à Cluj (principale ville de Transylvanie), que j’ai réellement vu Bucarest. C’était lors de mon dernier séjour, en juin 1997, nous avions pris le train de nuit qui arrivait à 6 heures du matin à la gare du nord, principale gare de la ville. Le contraste est devenu soudainement saisissant entre la ville quitté la veille de facture austro-hongroise, et qui, tout en étant une grande ville, ne connaît pas le rythme d’une capitale et encore moins celui qui règne dans le quartier de la gare du nord de Bucarest. A 6 heures du matin, il faisait déjà chaud et les abords de la gare grouillaient de passants et de voitures. Jusque là, rien de bien exceptionnel, une animation qui est somme toute naturelle pour un quartier de gare d’une grande ville. Comme très souvent au mois de juin, la veille avait dû essuyer un terrible orage, car les rues étaient encore minées d’énormes flaques d’eau qui rendaient la circulation à pied compliquée, obligeant les passants à une double vigilance, celle du choix d’un itinéraire adéquat tout en évitant les gerbes d’eau provoquées par le passage des voitures. Le système d’évacuation des eaux usées est au même titre que toutes les infrastructures de la ville - routes, canalisations, immeubles etc - dans un piteux état, laissé à l’abandon pendant trop longtemps. Les investissements urbains jusqu’en décembre 1989 étaient entièrement concentrés sur la construction du nouveau Centre Civique. Nous nous dirigeons à quelques pas de la gare, au marché Matache, boire un café, ou plus exactement un instantané servi aussi bien chaud que froid. Où que l’on se trouve dans la ville, on est sûr de trouver un marché et cela tout au long de la journée. Principal lieu d’approvisionnement des citadins, les marchés varient insensiblement des petits étalages à la sortie d’une bouche de métro aux grandes halles où l’on trouve aussi bien vifs pour la pêche, porcelaine et toutes sortes de pièces de rechange, témoins d’un mode de vie où la récupération est une activité quotidienne. Sont apparus, il y a quelques années, ces petits stands colorés qui, « fenêtres sur rue » d’un appartement en rez-de-chaussée, proposent mille denrées dont les marques nous indiquent l’ouverture du marché économique. Celle-ci a produit, au côté de cette orientalité de l’approvisionnement, la floraison de supermarchés qui, lorsqu’on y pénètre, nous font oublier les quelques milliers de kilomètres qui nous séparent de notre quotidienneté occidentale. Cette juxtaposition des références est partout présente dans la ville. Ce qui me frappa ce matin là en sortant de la gare, fut cette orientalité bruyante, exubérante, chaleureuse de la ville.