Un site maudit

‘-« Mes chiens, quand les voient, hurlent et abois, comme ils pressentent la mort qui les hante » / ’ ‘ -« Probablement qu’on ne lui avait pas dit parce que nous ceux qui ont construit là-bas ne sont jamais morts d’une mort naturelle ».

La recherche d’un site propice à la construction d’un monastère, et la révélation de sa malédiction est le motif qui distingue la version roumaine des autres. Ce premier motif opère comme le premier maillon d’une chaîne d’événements qui vont se dérouler tout au long de la ballade. La malédiction qui touche le lieu et pèse sur la construction a des incidences multiples en ce qui concerne Maître Manole. Première malédiction : celle d’une construction qui ne peut, du jour au lendemain, se maintenir. Deuxième malédiction : le recours au sacrifice d’une femme pour enrayer le cours désastreux de la construction. Et enfin, troisième malédiction, le sacrifice des dix maîtres maçons pour l’habilité de leur savoir faire. La version contemporaine narre la recherche d’un lieu propice pour la future construction : le choix de la colline de l’Arsenal en raison de sa résistance au tremblement de terre. Mais comme les récits l’évoquent, la colline est maudite. Maudite parce que qui a construit sur son site est touché par une mort violente. La malédiction s’étend à l’ensemble de la zone, lorsqu’un bâtiment (l’hôpital Brancovenesc), considéré comme l’un des monuments les plus importants du patrimoine de la ville, est lui aussi un lieu maudit. Mais il s’agit d’une malédiction bien précise n’est efficiente que dans l’éventualité d’une destruction du bâtiment. Au fil des récits, l’ensemble de la zone s’avère être maudite parce qu’elle aussi est un lieu habité par des ruines : celles de l’ancienne demeure princière, puis celles de l’Arsenal brûlé. Le Palais du Peuple s’édifie sur un ensemble de ruines qui vont, dans les récits, sceller son destin ainsi que celui des commanditaires : le couple Ceausescu. La malédiction ultime s’abat sur le couple en décembre 1989 à l’occasion d’un procès éclair.