3. Localisation des services aux entreprises, centralité et émergence de pôles

Les services aux entreprises demeurent de façon générale caractérisés par une très forte présence dans le centre des métropoles [Bailly, Coffey, 1991 ; Léo, Philippe, 1998-a ; Sassen, 1995]. Ils en sont même une composante essentielle [Coffey et al., 1996-b ; Gottmann, 1970], et apparaissent comme un élément de domination du centre sur sa périphérie, qui accueille a contrario des fonctions plus banales. Pourtant, des travaux récents soulignent une tendance à la périphérisation, qui s'accompagne de phénomènes de reconcentrations en faveur de quelques pôles. Cette dynamique centrifuge ne correspond en outre pas à des stratégies de déconcentration de segments d’activités banals, routinisés [May, 1994-c], comme ce qui peut prévaloir pour certaines autres catégories de services, comme la banque et les assurances.

Aux Etats-Unis, le développement massif de services aux entreprises dans les “ edge cities ” a constitué une étape déterminante de leur développement [Garreau, 1991]. Au Canada et en Europe, les travaux sur le sujet se multiplient [Baro, Soy, 1993 ; Coffey et al., 1996-a ; Monnoyer, 1998 ; Philippe et al., 1998 ; etc.]. : tous constatent l'évolution des caractéristiques de la localisation des services aux entreprises, même si le centre n'est pas forcément délaissé, ni menacé par ces réorganisations, contrairement à ce qui prévaut dans certaines métropoles américaines [Coffey et al., 1996-a].

Malgré ces résultats importants, il n’existe pas, à notre connaissance, de travail approfondi visant à croiser les évolutions de la structure urbaine - en particulier la constitution de pôles en périphérie - et les logiques spatiales des services aux entreprises. Pourtant, il nous semble que ce type d'approche constitue un élément majeur de compréhension des mutations actuelles. Compréhension quant à l’évolution de la nature et du rôle du centre historique : tend-il à décliner ? A perdre ses fonctions spécifiques ? Compréhension également quant à la poursuite (ou non) du développement des pôles périphériques, et quant à leur nature et leur fonction au sein de la métropole. A priori, les activités de services aux entreprises sont susceptibles, en se périphérisant, soit de créer des pôles supplémentaires, soit de faire évoluer la structure des pôles existants en leur apportant une certaine autonomie, voire en les mettant directement en concurrence avec le centre. Ces activités sont de ce fait au coeur des réflexions sur la centralité et la multipolarisation des espaces intramétropolitains.