Alors que dans les petites villes la croissance des localisations s’effectue principalement dans les sous-espaces déjà denses, dans les plus grandes l’augmentation est surtout significative en périphérie [Nicot, 1996-a et 1996-b]. Les chiffres du Recensement Général de la Population de 1999 confirment que ce mode de développement n’est globalement pas remis en cause depuis 1990, même si les écarts entre le centre principal et la périphérie se sont globalement réduits [Chavouet, Fanouillet, 2000]. Quelques agglomérations se démarquent d'ailleurs de ce modèle, et connaissent une forte augmentation de leur population centrale, tandis que leurs sous-espaces périphériques, notamment ceux marqués par un passé industriel, s’avèrent peu dynamiques [Bessy-Pietri, 2000].
Le processus de périphérisation a démarré dans les années soixante en France [Dezert et al., 1991; Le Jeannic, 1997]. Il s’explique en grande partie par la généralisation de l’accès à la voiture individuelle, couplée à l’extension des infrastructures routières et autoroutières qui permettent de se déplacer plus vite et plus loin [Raux, 1993; Wiel, 1996 et 1999]. L’étalement des localisations n'a malgré tout pas été homogène ni dans le temps ni dans l’espace, et il est intéressant de le décomposer en phases successives, impliquant des catégories d’agents différentes. En France, comme l’expliquent B. Dezert et al. [1991], on a d’abord assisté, dès les années soixante, à une désaffection des populations pour le centre historique, traduisant le désir de bénéficier d’un nouveau cadre de vie et d’accéder à la propriété individuelle. Les services courants à la population ont logiquement suivi, attirés par l’extension des marchés : de grands centres commerciaux ont en particulier vu le jour. On a constaté par la suite un desserrement conséquent des activités industrielles [Laborie, 1982]. Le mouvement le plus récent, datant d’une quinzaine d’années, semble concerner des activités jusque-là typiquement centrales, et notamment des services aux entreprises [Moyart, 1997 ; Zuliani, 1996]. Cette évolution s’exerce en outre dans un contexte de forte croissance de ce secteur, contrairement à ce qui prévaut pour les activités industrielles. Cette dernière étape, constituée par la diffusion de fonctions tertiaires de haut niveau, semble constituer un élément fondamental dans le processus de multipolarisation [Garreau, 1991]. Nous y reviendrons largement dans le chapitre suivant, consacré aux dynamiques spatiales des services aux entreprises.