Matricules de Worms en 1521

Les matricules de Worms établies en 1521 étaient destinées à financer la guerre de l’empire contre les Turcs. Jamais autant de villes ne figurèrent dans les registres de contribuables (69). Les 5 premières devaient plus d’1/4 de la somme couverte par les cités et les 15 premières la moitié. En comparaison avec toutes les autres matricules du début du XVIe siècle, les villes réputées avoir les plus gros potentiels économiques, se trouvèrent donc moins mises à contribution que d’ordinaire, au détriment des petites et moyennes communes. Le rapport entre la somme due par le 1er rang (Cologne, 1648 fl) et le dernier (Buchau, 24 fl) n’était cette fois que de 1 pour 69.

En Franconie, les écarts s’affaissèrent. Nuremberg, toujours en tête, devait seulement 12 fois plus que Wissembourg. L’écart entre le premier rang franconien et le second (Nuremberg-Rothenbourg) se maintenait toutefois dans des proportions identiques à celles de 1505. Rothenbourg gardait ses distances avec Nuremberg, mais se rapprochait des villes suivantes, Schweinfurt, Windsheim et Wissembourg 220 .

tableau 3 : Contributions totales en 1521
Villes franconiennes Contributions % sur la somme totale versée par les villes rang dans la liste globale des villes
Nuremberg 1480 florins 5.8% 2e
Rothenbourg 480 florins 1.9% 15e
Schweinfurt 204 florins 0.8% 40e
Windsheim 192 florins 0.8% 42e
Wissembourg 120 florins 0.5% 53e
Tableau 4 : Contributions financières et militaires en 1521
Villes Contributions financières Contributions militaires
Nuremberg 600 fl ? ?
Rothenbourg 180 fl 10 cavaliers, 90 fantassins
Windsheim 180 fl 4 cavaliers, 36
fantassins
Schweinfurt 120 fl 5 cavaliers, 36 fantassins
Wissembourg 50 fl 4 cavaliers, 18 fantassins

D’une diète à l’autre, l’instabilité des montants dus par chaque ville libre ou impériale était donc de mise. Rien de plus normal, puisque les matricules, fixées par les princes, les prélats et les barons, s’adaptaient aux sommes globales demandées par l’empereur et au nombre de réponses urbaines escomptées. Les contributions individuelles, que ce soit dans le cadre franconien ou au-delà, ne résultaient pas seulement et directement du potentiel économique supposé de chaque cité impériale, elles variaient selon l’ampleur de la somme totale à réunir. Mais, en dehors de 1507, la stabilité des hiérarchies renvoyées par les matricules est frappante. En Franconie, elles rejoignent l’échelle hiérarchique des villes reflétée par les impôts urbains du XVe siècle et par le Gemeinen Pfennig. Par ordre décroissant, Nuremberg, Rothenbourg, (Dinkelsbühl), Schweinfurt, Windsheim et Wissembourg se succèdent. Cette stabilité manifeste-t-elle seulement l’inertie d’un système de réquisition, qui utilisait les anciens matricules d’une fois sur l’autre ? Faut-il y voir au contraire la preuve d’une permanence du classement des villes impériales franconiennes au bas Moyen Âge ?

De liste en liste franconienne, une forte disparité des contributions entre la première et la dernière place se maintient. Dans l’ensemble du corps des villes, Nuremberg oscille toujours entre le 1er et le 3e rang, tandis que Wissembourg reste en dessous du 50e rang (sur 61 à 75 villes libres et impériales). Windsheim, elle aussi dans le bas du tableau, affiche la même stabilité en se mouvant entre la 39e et la 42e place. De fortes variations affectent par contre les positions de Schweinfurt et de Rothenbourg, qui bougent respectivement du 29e au 40e rang et même du 15e au 46e rang. La raison de tels mouvements dans la hiérarchie générale des villes reste obscure. Les cités situées dans une zone fiscale médiane, moyenne, posaient peut-être plus de problèmes que d’autres, quand il s’agissait d’évaluer leur potentiel économique. Les états supérieurs avançaient là dans le marécage du secret fiscal municipal, alors qu’il était d’évidence plus simple de constater la faculté de crédit d’une ville comme Nuremberg, qu’il faut bien appeler une grande ville, et les difficultés financières des cités du bas du tableau comme Wissembourg 221 , une petite ville.

Le matricule de Worms en 1521 réduit les disparités et tasse les écarts de contributions entre le haut et le bas de l’échelle franconienne. Mais le phénomène n’est pas lié aux circonstances locales et s’applique à l’ensemble du corps des villes. Les villes du bas et du milieu du tableau furent chargées à la limite de leurs capacités. Mais les plaintes de pure forme et le manque de conviction des « grandes villes » dans le sens d’une révision des quotas couvrirent les protestations plus sincères et plus amères des villes de second plan 222 .

Sans constituer un outil absolument fiable pour classer les villes d’empire franconiennes, les listes fiscales du roi ou des états ne sont pas totalement fermées aux signes apparents de richesse ou de pauvreté urbaine et elles indiquent pour la Franconie une hiérarchie stable à la fin du Moyen Âge 223 . Elles révèlent aussi l’existence de disparités très marquées entre les cités impériales de la région. Nuremberg paraît loin devant, suivie de Rothenbourg et, à quelque distance de là, Schweinfurt, Windsheim et Wissembourg. Leurs différences d’importance trouvèrent confirmation au cours du XVIe siècle dans le collège des villes aux diètes impériales. Sur le banc souabe qui comptait au total 37 villes impériales de Haute-Allemagne, Nuremberg détenait la troisième place et la troisième voix, Rothenbourg la huitième, Schweinfurt la dix-neuvième, Windsheim la vingt-et-unième et Wissembourg la trentième 224 .

S’ils ont quelques vertus, les chiffres fiscaux et les listes de contributions impériales ont l’inconvénient de privilégier les villes d’empire. En Franconie et Haut-Palatinat, elles ne furent jamais au fil du Moyen Âge qu’une dizaine au milieu d’un semis urbain qui atteignit au final 150 unités.

Un glissement des chiffres aux représentations urbaines paraît indispensable pour compléter le tableau urbain et essayer d’insérer les villes seigneuriales dans la hiérarchie des cités franconiennes. A leur manière, d’une façon détournée, les descriptions et récits de voyage médiévaux manifestent des classements urbains opératoires.

Notes
220.

Villes aux marges de la FranconieContributions% sur la somme totale versée par les villesrang dans la liste globale des villes Nördlingen440 florins1.7%16e Schwäbisch Hall440 florins1.7%16e Dinkelsbühl292 florins1.2%34e Bopfingen48 florins0.2%65e

221.

Les difficultés financières de Wissembourg sont révélées au grand jour à partir de 1461, quand la quasi-banqueroute de la ville est annoncée à l’empereur. Il impose alors à la cité, en dépit d’un privilège qui lui permettait de nommer elle-même son écoutête (ammann), un de ses conseillers pour cet office.

222.

Les états finirent par réviser les matricules de Worms en 1545-1548.

223.

Pour les graphiques et cartes correspondants, voir en annexe. 

224.

La hiérarchie fiscale et honorifique dans l’empire peut être confrontée à d’autres données susceptibles d’étayer un classement des villes impériales franconiennes, comme la démographie ou les structures sociales. Mais ces outils de hiérarchisation me paraissent reposer sur des fondements scientifiques moins solides et plus approximatifs que les renseignements fiscaux royaux.

La démographie ne corrobore pas tout à fait le classement établi entre les cités impériales franconiennes pour le bas Moyen Âge. Elle s’en écarte en particulier pour les plus petites villes.

Nuremberg compte à cette période entre 20 000 et 30 000 habitants.

D’après une liste fiscale de 1407, Rothenbourg rassemble 1 190 contribuables, soit environ 6 000 personnes au début du XVe siècle. Sa population s’élève sans doute jusqu’en 1525 : environ 3 700 contribuables, 571 maisons.

Une liste fiscale de Dinkelsbühl donne 991 contribuables en 1437, soit environ 4 000 personnes. Mais la peste sévit dans la ville en 1450 et 1482.

A Wissembourg, on estime le nombre de contribuables à 600 au XVe siècle, soit 2 500 personnes.

Les 281 maisons hors les murs et 143 maisons intra muros que compte Windsheim en 1521/1522 parlent pour une population similaire, de 2 500 personnes.

Schweinfurt serait au même niveau démographique en 1525.

Pour une classification des petites villes franconiennes selon leur structure sociale, mais surtout à la période moderne, voir Rudolf Endres, « Die soziale Problematik in den kleineren Reichsstädten », dans Rainer  A. Müller (éd.), Reichsstädte in Franken, Munich, 1989, vol. 2, p. 70-83