V LE DEVELOPPEMENT DE LA THESE

Les hypothèses posées mettent en relation, au sein de la ville en tant que cadre physique, les pratiques quotidiennes qu’elle abrite et les enjeux socio-économiques que la mondialisation amplifie à travers l’image de la modernité, le rôle économique des métropoles et la coopération des pays économiquement forts avec les pays dits en voie de développement35. La dernière hypothèse met l’accent sur l’importance des codes culturels de différents groupements humains et les légitimités de chacun dans les pratiques urbaines quotidiennes. Dans la construction actuelle de la ville, l’ensemble est indissociable, intimement mêlé par les modes de pensées et d’actions propres aux Viêt Nam qui réinterprètent perpétuellement les modèles exogènes.

Les éléments de réponses proposés à la discussion présentent donc eux même cette dualité-complémentarité des processus institutionnels à l’échelle de la ville et des dynamiques endogènes à l’échelle de l’espace quotidien. Après un premier chapitre, De la démarche à la méthode, explicitant la démarche et les méthodes retenues, la thèse soutenue s’organise autour de ces deux niveaux du développement urbain et se structure en trois parties.

Dans la première partie, nommée Le Cadre du Développement Urbain, l’objectif est de détailler l’objet de la recherche.

Tout d’abord le deuxième chapitre, L’habitat dans l’urbain, montre à l’échelle de la ville l’apparition des différents tissus urbains en adéquation avec les exigences ou les négligences des acteurs du moment. Hô Chi Minh Ville est formée de l’union de deux agglomérations administrativement indépendantes avant 1930. De ce fait la ville actuelle rend compte de deux types d’aménagement du territoire urbain, Cholon le ’bazar chinois’ et Saigon l’ancienne capitale de la colonie dessinée par le Génie militaire français. La prééminence et l’importance du modèle du compartiment chinois s’impose à Cholon et pour les habitations des populations chinoises et vietnamiennes ; alors que Saigon, qui n’a jamais été l’objet d’un plan de planification opérationnel global, se structure sur l’armature de grands tracés urbains.

Durant cette période d’expansion, chacun des tissus abrite un type d’habitat en cohérence avec ces choix du début du siècle. Je propose alors une rapide analyse typologique qui retrace l’ensemble de l’habitat présent actuellement à Hô Chi Minh Ville et distingue les types dont la production est abandonnée. De là se dégage une production duale de l’habitat à Hô Chi Minh Ville et l’homogénéité dont elle fait preuve depuis la fin de la colonisation. En effet, cette typologie établie autour de deux des caractéristiques des constructions, leur rapport à l’espace extérieur urbain (l’environnement construit) et si possible les logiques d’acteurs qui ont conduit à leur production, voire à leur gestion, met en évidence deux types d’habitats presque exclusifs qui recoupent les deux systèmes d’acteurs que les premières questions de la problématique introduisaient : les institutions publiques, porteuses des volontés officielles et les petits propriétaires privés, ensemble d’acteurs individuels initiateurs du développement endogène.

Après ce regard du présent vers le passé, le troisième chapitre s’attache à particulariser Le cadre institutionnel qui développe la planification urbaine, acte politique dont il est inséparable. Sans déraper sur une étude générale de la politique actuelle au Viêt Nam - ce qui n’est ni le but de cette étude, ni dans mes capacités - et afin de pouvoir aborder la planification urbaine proprement dite, ce chapitre est consacré à dégager les spécificités du fonctionnement institutionnel vietnamien actuel, en ce qu’il intéresse la ville, son territoire et son organisation.

Puis, le quatrième chapitre, La projection de la ville, s’intéresse aux outils mis en place par les services étatiques afin de maîtriser l’évolution de la ville. A travers différents exemples, il s’agit d’analyser les volontés déclarées pour essayer de comprendre quelle maîtrise de la ville est recherchée. Très vite il apparaît que les outils de la planification sont utilisés pour l’évolution des secteurs non encore urbanisés totalement, ou éventuellement pour ceux (tel l’hypercentre de la ville) dont la mutation est voulue.

Cette première partie, s’attache donc à mettre en avant les différents mécanismes mis en oe uvre pour le développement de la ville. En ce sens, elle porte pour titre générique, Processus.

Le quatrième chapitre ayant montrée que ce qui est appelé ’secteur d’habitat’ représente la quasi totalité du territoire de l’agglomération urbaine et qu’il n’est pas du rôle du master plan d’en maîtriser l’évolution, la deuxième partie s’organise autour de La Production des Espaces Urbains d’Habitat.

Tout d’abord dans le cinquième chapitre, Le développement endogène est analysé afin de dégager les logiques qui lui sont propres. A travers des entretiens, des photos, voire des données administratives, il s’agit de mettre en évidence les régulations qui se dégagent de cette production et ses résultats : sous une apparente anarchie se développe une ville très homogène. Ensuite, dans le sixième chapitre, sont abordés Les programmes d’habitat, deuxième type de production relevé. Pour ce chapitre je reviendrai sur la production globale réalisée à Hô Chi Minh Ville, car relativement récente et finalement peu importante, elle nous permet de voir comment les habitants arrivent à se réapproprier (ou non) un habitat très différent de l’habitat traditionnel dans son rapport à l’espace public.

Cette deuxième partie s’attache donc à l’étude du présent et des pratiques actuelles. En ce sens, elle porte pour titre générique, Dynamiques.

Enfin, une troisième et dernière partie explicite La Prééminence du Contexte Relationnel dans les pratiques actuelles. Pour cela, le septième chapitre Modes de pensée – Modes d’actions expose les antécédents culturels propres au Viêt Nam et dégage de la pensée confucéenne, puis du confucianisme réinterprété dans le contexte vietnamien, l’importance de la Hiérarchie et du Consensus au sein du fonctionnement de la société. Cela permet de développer, en relation avec les exemples cités précédemment et les conclusions tirées, des relations entre des modes de pensées qui prédisposent à l’acte et les modes d’actions qui en découlent. Ceux-ci seront ensuite abordés à travers l’évolution récente du Viêt Nam et son choix pour l’idéologie du communisme.

Pour terminer la présentation de cette thèse, le huitième chapitre reprend à travers une synthèse une lecture transversale de ce qui a été dégagé précédemment. Il s’agit de montrer qu’au delà d’apparentes contradictions, au Viêt Nam les manières d’aborder un problème sont cohérentes entre elles, avec la société et le système gouvernemental mis en place. La question qui se pose alors est de savoir si l’ensemble pourra développer cette modernité que le gouvernement a défini comme objectif de développement du pays.

Notes
35.

cf. note 105 p. 240 sur cette expression. De manière générale, celle de pays les moins développés lui sera préférée.