I - 2.1 UN PARTI UNIQUE : LA LEGITIMATION DU PARTI

Dès la fin des années 1950, alors que s’éloignent définitivement les élections prévues par les accords de Genève, la R.D.V.N. organise au Nord du 17éme parallèle un état socialiste, avec ses collectivisations, ses purges - qui seront dénoncées plus tard - et son inertie bureaucratique. Le pays, dont la densité est l’une des plus fortes au monde, est pauvre ; mais il acceptera (non sans tensions) les sacrifices demandés par le régime au nom de ’la libération des frères du Sud’.

De cette manière, dès son avènement, le Parti communiste, qui gère l’ensemble de la société sous ses diverses formes, fait de l’idéal socialiste, de l’indépendance et de l’unité du pays, un seul et même combat : ‘’Révolution socialiste et lutte pour la réunification vont de pair.’’203

‘’Une sorte de nationalisme populiste - expression que les communistes vietnamiens récuseraient - paraît avoir été le vrai ciment de l’organisation. L’identification du mouvement au Viêt Nam, d’abord, dans une représentation unique. Ici, on ne dit pas : ’Tel dirigeant, le bureau politique ou le gouvernement pense que...’, mais ’Le Viêtnam pense que...’. L’identification au peuple ensuite, en l’absence - ou presque - de toute autre référence idéologique (...). Et chacun est fier, tout à la fois, de tenir tête aux grandes puissances de la planète et d’être à la hauteur des plus glorieux faits d’armes du passé national.’204
Nguyên Van Linh, alors secrétaire général du P.C.V., déclare dans un discours au début des années 1990 (quatre ans après le début de la đ message URL ocircaccent.gifi m message URL oqueueaccent.gifi), qu’ ‘’il n’y a aucune nécessité objective de créer des partis politiques d’opposition’’. Il est vrai que la contestation est alors d’autant mieux maîtrisée que Le Parti avait fait le vide en 1975.

Ainsi, Le Parti fonde sa légitimité sur la victoire d’une guerre à deux enjeux qu’il gagne, et s’impose unique en s’identifiant au Viêt Nam. Mais de 1954 à 1975, tous les cadres militaires étaient d’éminents membres du Parti : c’est l’armée qui a matériellement gagné la guerre ; armée qui revendique également la propriété idéologique de ces victoires : le statut de ’héros de guerre’ est reconnu par l’administration. Par ces différenciations, devant la loi tous les individus ne sont pas égaux. De cette histoire récente il reste, d’une part une institution qui possède une place à part dans le système administratif, une armée forte de ses anciens réseaux, mais aussi un réseau d’anciens gradés combattants très influents. Nous verrons que la présence foncière de l’armée - et son autorité - est considérable à Hô Chi Minh Ville.

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Notes
203.

J.C. Pomonti, H. Tertrais - 1994 - p. 66.

204.

J.C. Pomonti, H. Tertrais - 1994 - p. 20.