II - 7 CONCLUSION - UN FONCTIONNEMENT UNILATERAL :
Les Informations Descendent mais ne Remontent pas

Chaque échelon de cette pyramide administrative est donc avant tout chargé de l’application des décisions de l’échelon qui lui est directement supérieur. Du haut vers le bas, le système fonctionne relativement bien. Les principales lenteurs qui peuvent être constatées sont dues aux allers et retours qu’effectuent les dossiers, puisque généralement l’accord de différents services (à différents niveaux) est exigé. Nous avons commencé à apercevoir comment ces cheminements très longs, mais aussi trop compliqués, sont très souvent esquivés.

Mais cette organisation administrative qui atteint les habitants n’attend rien d’eux. Les responsables des t message URL ocircaccent.gif dân ph message URL odeuxaccent.gif connaissent très bien les familles de leur îlot de voisinage, mais ils ne sont pas chargés de faire remonter ces informations informelles qui témoignent de la vie du peuple. S’ils le faisaient, qu’en ferait le Comité populaire du quartier ? En fait, d’un échelon à l’autre, des informations peuvent être données, mais rien n’est prévu pour leur gestion ou pour les faire circuler, les organiser pour les utiliser.

Dans un même ordre d’idée, c’est en fait la police qui connaît le mieux les habitants et leurs agissements. Ils sont tous des utilisateurs de l’espace public dont elle a la charge, chacun à sa manière. Et aucune histoire de quartier ne lui échappe, que cela concerne les querelles, les tontines274, mais aussi l’espace construit et ses rajouts, les trottoirs et ses petits vendeurs, les routes et la circulation, etc. C’est elle qui au bout de la chaîne est chargée de faire respecter les lois ou plus prosaïquement de faire respecter l’ordre ; au Viêt Nam ces deux notions ne sont pas similaires. C’est elle qui, avec l’armée, connaît chaque individu du secteur dont elle a la charge. Mais l’une comme l’autre n’a aucun renseignement à donner, ce n’est pas leur rôle : elles ne sont pas un maillon de la hiérarchie administrative gouvernementale.

D’autres services tels les diverses associations ou les centres de santé sont proches des habitants, mais seulement de certains, de ceux qui ont besoin d’assistance. L’égalité de chacun devant le système est de moins en moins vraie : l’argent y a nettement fait son entrée.

Chaque individu, habitant, fonctionnaire, policier, héros de guerre, directeur de services, etc. a donc de fait une position d’acteur dans un système qui l’ignore dans son individualité et qu’il ignore dans sa globalité. In fine, l’un s’accommode de l’autre sans difficulté. Et nous allons voir que le fonctionnement rigide de la pyramide hiérarchique laisse l’acteur individuel s’immiscer dans ses interstices.

Notes
274.
Interdites par la loi, mais présentent absolument partout. Pour les Vietnamiens, il s’agit avant tout d’un jeu, comme son nom l’indique : ch message URL obarre.gifi h message URL opoint.gif (ch message URL obarre.gifi : jouer, s’amuser). Au sujet de leur ampleur, voir D. Lauras - 1997 - pp. 80-81.