IV - 2.3 MAITRISER LES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES

Présentes partout où la misère humaine s’installe, les O.N.G. peuvent avoir un rôle important au Viêt Nam. Mais leur statut, garant de leur liberté d’action, gêne le gouvernement : comment maîtriser ces acteurs qui, par définition, agissent là où un manque institutionnel se fait patent ?

La réponse du Viêt Nam est toujours la même : les considérer en tant qu’acteurs et essayer de les intégrer au système. Pour avoir le droit d’agir dans le pays, un partenaire vietnamien, institution de tutelle, est obligatoire. Celui-ci a le double rôle de recevoir et d’organiser l’aide, mais aussi de surveiller et de se porter garant auprès de supérieurs hiérarchiques. Cet interlocuteur incontournable est toujours une institution au contact très étroit avec le Parti, tel un comité populaire ou l’Association des femmes436. Dans ce cadre, le budget du projet doit être approuvé par les instances vietnamiennes, ce qui peut obliger à quelques concessions. Il n’est pas rare que devant le refus d’une O.N.G. de changer le programme, le partenaire vietnamien signale qu’il choisira une autre organisation dont le projet est plus dans le profil d’actions souhaitées par le Viêt Nam, voire de s’entendre dire que le projet n’est pas intéressant car le budget est trop faible. Dans le cadre de l’aide humanitaire également, lorsqu’il s’agit de formation, la rémunération du temps des fonctionnaires participants est exigée437.

La ville de Cân Tho, centre économique du delta du Mékong qui centralise de ce fait beaucoup d’interventions humanitaires, a eu l’idée d’organiser un salon des O.N.G., avec prix au meilleur projet. Si l’intention est louable puisqu’elle permet à chacune de savoir la teneur de l’action des autres (ce qui n’est effectivement pas toujours le cas), il est difficile de ne pas y voir aussi une institutionnalisation des O.N.G. Ainsi, cette aide humanitaire destinée à intervenir là où l’action du gouvernement fait défaut est utilisée comme un budget supplémentaire438 là où l’administration l’accepte. Il faut alors beaucoup de volonté (et d’opiniâtreté) de la part des ressortissants de ces O.N.G. pour arriver à tenir leur objectif premier.

Par rapport aux coopérations internationales, les projets des O.N.G. ont un atout non négligeable. Les budgets sont plus petits et obligent à établir des objectifs plus ciblés pour plus d’efficacité. Lorsqu’il s’agit d’un projet urbain, le site d’accueil du projet est restreint. La maîtrise de ces programmes est donc beaucoup plus en accord avec les structures existantes de l’administration vietnamienne. Et les projets ont plus de chance d’arriver à terme, principalement s’ils intéressent les autorités. A ce titre, le parcours du projet que mène ’Villes en Transition’ depuis 1996 est instructif sur la marge de manoe uvre laissée à cette aide humanitaire.

Notes
436.

L’une des principales et des plus puissantes association du Front de la patrie, mais il est vrai, l’une des plus actives en matière d’aide sociale.

437.

cf. note n° 125 p.248.

438.

Au moment du typhon Linda, qui a dévasté la pointe Sud du Viêt Nam en novembre 1997, Mme L. (Vietnamienne travaillant pour une O.N.G.- O.N.G. qui n’intervenait pas) me disait : ’il faut que les O.N.G. viennent, qu’est-ce qu’elles attendent ?’