I - 4 l’Irruption de l’Occident - Le Savoir Pluriel de la Pensée Scientifique

Ainsi, L’Etat, le pouvoir souverain, est pourvoyeur de savoir, d’un savoir singulier, exclusif. Bâti autour de la doctrine confucéenne, il fonde son efficacité sur la cohésion de la doctrine réalisée par l’unité de l’enseignement, du mode de pensée, et non par l’unité d’origine de la classe dirigeante. La force de l’Etat a été d’assimiler697 le monde rural tout en s’intégrant à lui, au sein d’un système fermé sur l’extérieur.

Le pouvoir colonial a fait voler en éclat ce système auquel tout l’opposait. Initialement venus faire du commerce698, les Occidentaux ont imposé l’ouverture et leur présence par la force. La romanisation de la langue parlée699, l’enseignement généralisé, la pensée scientifique ont rendu le savoir pluriel et accessible à tous700. Le pouvoir, ôté aux mandarins, quittait la campagne et s’installait en ville : la rupture avec l’ancien système était complète.

Notes
697.

En permettant à ses meilleurs éléments de rejoindre l’administration supérieure, mais aussi par la reconnaissance du substrat cultuel réinterprété : pour institutionnaliser l’acte de formation d’une commune, le pouvoir central s’appuie sur d’anciens rites villageois, les divinités d’antan ont été remplacées par des divinités officielles, héros militaires ou grands mandarins, le culte rendu s’éloigne des rites agraires célébrés jusque là.

698.

Le rejet des missionnaires, déjà présents depuis plus d’un siècle, a servi de prétexte.

699.

Le peuple Viêt n’a jamais abandonné sa langue parlée. Le han, langue (écrite, chinoise) des lettrés, restera l’écriture officielle jusqu’en 1954 (excepté sous la dynastie des Tây Son).

700.

Lao Tseu écrivait : ’Dans l’antiquité, ceux qui excellaient à pratiquer le Tao ne l’employaient point à éclairer le peuple ; ils l’employaient à le rendre simple et ignorant’ [section 65 du livre de la voie et de la vertu]. Il s’explique tout le long du livre sur ce principe de non-agir qui est l’essence du Tao : ’Savoir et (croire qu’on) ne sait pas, c’est le comble du mérite - Ne pas savoir et (croire qu’on) sait, c’est la maladie (des hommes)’ [section 71 du livre de la voie et de la vertu].