III - 1 La Gestion - Pour Développer l’Agglomération Urbaine

Si l’on considère donc que le moteur de la planification urbaine n’est pas l’analyse de la situation en vue de définir l’évolution possible, mais la recherche de la ville à promouvoir, alors il n’est pas incohérent que les outils de planification ne soient pas destinés à l’évolution des territoires déjà urbanisés.

De plus, si l’on prend en compte que c’est l’éducation du savoir-être 748 qui enseigne l’ordre et la pratique des relations et des valeurs humaines, alors il est naturel que cette évolution soit de fait confiée à la gestion de ces territoires. En effet, c’est bien au sein du processus permanent qu’est la reconstruction de la ville qu’il faut voir les dynamiques de cette évolution. Le rôle des dirigeants devient alors de promouvoir une image de ville, afin que chacun participe à l’avancée vers celle-ci.

Mais nous avons vu que la gestion du quotidien, qui s’occupe à résoudre ou désamorcer tous les conflits latents qu’aucun règlement n’a à charge, ne peut assurer la prise en compte de cet objectif global. C’est pourtant bien là également le rôle de l’Etat que de coordonner les initiatives de chacun en un ensemble cohérent. Apparaissent alors des limites à la juxtaposition de pratiques issues d’un développement à plusieurs références non identifiées. En laissant la responsabilité de l’évolution des secteurs d’habitat à la gestion quotidienne, et par là à la dynamique des multiples acteurs individuels reconnus par la constitution de 1992, mais sans pour autant avoir valorisé au sein de la culture l’initiative individuelle, et donc créé des cadres pour la contenir, le développement de l’agglomération existante ne peut être qu’une somme de juxtapositions d’actions. Et l’image de la modernité que la population a très bien intégré ne suffit pas, malgré sa force et son universalité, à rassembler toutes ses interventions au sein d’un ensemble cohérent. Car chacune est décontextualisée et répond en priorité aux intérêts immédiats des différents intervenants. L’exemple de monsieur T. montre très bien comment la gestion d’un conflit latent a dirigé tout le déroulement du chantier. A ce titre, l’attitude des agents du service d’électricité de la ville correspond à un double rôle très significatif des représentants de l’état en général. Ils ont d’une part un problème particulier à traiter (ici la connexion d’une habitation au réseau de la ville) qui est résolu sans prise en compte d’un ensemble (chaque connexion s’additionne au réseau existant). D’autre part, ils sont de fait responsables d’un privilège (ici l’accession au réseau électrique) et peuvent intervenir en dehors du cadre théorique lorsqu’un problème se pose (qui de plus ici, risquait de dégénérer en conflit ouvert). Leur administration de tutelle tolère tout à fait ce genre d’interventions rémunérées par les habitants, parce qu’elle sait que les salaires des ouvriers sont excessivement bas, mais également parce que les pratiques actuelles qui font participer les habitants aux financement des projets de communautés de voisinage procèdent finalement de la même logique. La différence est pourtant réelle et de taille : dans ce deuxième cas, le rôle de l’administration est d’assurer la coordination de l’ensemble. Or les exemples relevés, comme la viabilisation des trottoirs749 de la cité K 300 montrent qu’en fait, toute intervention individuelle qui a priori ne nuit pas à l’ordre public est tolérée, surtout si elle permet de compléter le salaire d’un fonctionnaire.

Nous retrouvons ici la trilogie des termes : reconnu - toléré - accepté, qui finalement rend compte de la marche de ce système basé sur un fonctionnement théorique et universel, et réinterprété par une culture qui refuse le conflit et lui préfère toute possibilité de consensus.

Notes
748.

Pour reprendre une expression de Pham Thi Phuong Dung que je préfère au terme de forme. Qu’elle emploi par ailleurs. Pour expliciter la pensée de Siun Tseu, Marcel Granet [1988 (1934) - p. 459] écrit : ’c’est par le bien faire que se crée le bien être.’

749.

Pour les photos, se reporter au paragraphe traitant des trottoirs, paragraphe III-4 du chapitre V.