e) Un premier problème: quand la composition du ms. de Pise commence-t-elle ?

Le titre fixe, un peu vaguement, le début de composition du ms. de Pise au cours de l’année 1267. Une analyse précise des termes du prologue apporte quelques lumières: le ms. de Pise, désigné comme le recueil Sobrii estote..., y est intercalé entre le dernier recueil mentionné, Restituetur ut lutum signaculum , et un autre intitulé de l’incipit de son premier sermon: Gratia Domini nostri Iesu Christi . Les dates fournies pour ce dernier posent des problèmes identiques à ceux soulevés pour le ms. de Pise: « Postmodum composui apud Viterbium, anno Domini m° cc° lxvij°, pontificatus domini Clementis pape iiijti anno tercio, lxxxx sermones, quorum primus incipit: Gratia Domini nostri Iesu Christi , ultimus sic incipit: Vbi enim sunt duo vel tres congregati ». Ce recueil aurait donc été composé lui aussi en 1267, la troisième année du pontificat de Clément IV, et recouperait ainsi, chronologiquement, la première phase de composition du ms. de Pise (du 5 février 1267 au 4 février 1268), telle qu’ indiquée par le titre de ce dernier ms. Deux faits valident cette hypothèse.

D’abord, une comparaison du contenu des deux recueils est en partie possible. On peut en effet identifier 30 sermons du recueil Gratia Domini nostri... , grâce aux notes inframarginales qui figurent dans les mss à la base de la première édition (mss de Paris, BNF latins 15947 et 15948). L’un de ces sermons identifiables est désigné dans la note comme le quatre-vingt-unième (sur quatre-vingt-dix sermons) du recueil Gratia Domini nostri... , sur le thème Unam petii a Domino(Ps. 26, 4) 2589 . Or il se retrouve aussi dans le ms. de Pise, à la onzième place, c’est à dire au début du ms. 2590 . On trouve ici la preuve que la fin du recueil Gratia Domini nostri..., composé en 1267, plus précisément la troisième année du pontificat, soit du 5 février 1267 au 4 février 1268, coïncide effectivement et logiquement avec le début du recueil Sobrii estote... , c’est à dire le ms. de Pise, puisque la phase initiale de composition de ce dernier couvre la même période. On remarque aussi que les deux recueils fonctionnent selon le même principe: ils mélangent des sermons des saints, du temps et de circonstance, contrairement aux mss de l’édition officielle, qui les regroupent par fête liturgique, au sein de deux séries respectivement consacrées au temporal et au sanctoral. Bref, si l’on se fie aux indications d’ordre liturgique, ainsi qu’aux mentions d’événements, qui figurent dans certaines rubriques, la série de sermons du ms. de Pise est encadrée entre juillet 1267 et février 1271.

En outre, il est possible qu’il faille encore reculer en amont ce cadre chronologique. L’étude du contenu du manuscrit de Pise le suggère en tout cas. En effet, le premier sermon datable de façon très plausible, au 10 juillet 1267, est celui évoqué ci-dessus, le n° 11 du ms., commun aux deux recueils Gratia Domini nostri...et Sobrii estote... . Or, il est précédé de dix autres sermons, dont certains pour la même fête: les n° 2 et 3 sont pour la fête des saints Gervais et Protais; les n° 4 à 6 sont pour la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste. Je suis tenté d’expliquer la présence de plusieurs sermons pour une même fête par les raisons que j’ai fait valoir à propos des sermons de croisade (ceux pour la fête des saintes reliques et ceux pour celle de saint Georges), et que l’épreuve d’une analyse détaillée du contenu des textes est venue à confirmer: il s’agirait de sermons donnés pour des années différentes. Dans le cas précis, pour la fête des saints Gervais et Protais, le premier sermon pourrait être du 19 juin 1267 et le second du 19 juin 1268; cela parce que deux points de repère assurés s’imposent au début du manuscrit: le sermon n° 11, évoqué, de juillet 1267; puis le groupe de sermons consacrés à la victoire de Charles d’Anjou à Tagliacozzo (n° 25 à 30, et 35-36) 2591 , à la charnière des mois d’août et de septembre 1268. Il faut admettre cependant que les trois sermons pour la Nativité de Jean Baptiste proposent une difficulté supplémentaire: il faudrait, pour que mon hypothèse fonctionne, que le premier soit à la date de 1266.

Notes
2589.

La note se lit dans le ms. de Paris, BNF latin 15948, f. 37: « Item sermo in quinta dominica post Penthecosten: Unam petii a Domino , lxxxjus voluminis: Gratia Domini nostriet cetera ».

2590.

Il est en outre copié dans un ms. représentant la seconde édition officielle de la collection de sermons du cardinal, le ms. de Rome, AGOP XIV, 34, au milieu des sermons pour la même fête, c’est à dire le cinquième dimanche après la Pentecôte. Il est d’ailleurs répertorié par J.-B. Schneyer sous comme RLSn° 1026 (p. 478), relevé dans ms. de Pise; et plus haut, comme RLSn° 422 (p. 427), sans mention du ms. où il a été repéré: il ne peut s’agir selon moi que du ms. de Rome, AGOP XIV, 34 (f. 50vb-52ra), car ce sermon est logiquement absent des mss représentant la première édition de la collection. S’il est de 1267, comme ma démonstration le suppose, sa date est le 10 juillet; s’il est de 1268 seulement, il date du premier juillet; dans les deux cas; il est à la « bonne » place liturgique.

2591.

J’utilise ici la numérotation des sermons interne au ms., la même que F. Iozzelli; elle est différente des numéros que j’ai attribués à ceux d’entre ces sermons quand je les ai inclus, comme SERMONES, dans ma base d’étude.