1.3.2 Sous-Hypothèses

Dans la triple perspective – formelle, processuelle, temporelle – énoncée précédemment, dans laquelle nous inscrivons notre problématique, nous posons les sous-hypothèses suivantes, affinant l’hypothèse principale car renvoyant chacune à un point spécifique de son libellé :

  • S-H [1] .La M.A.S. : un lieu idéal comme réponse à l’irreprésentable
    La création d’une M.A.S. reposerait sur un mode de mentalisation spécifique permettant de répondre au traumatisme de la confrontation au polyhandicap, dans ce qu’elle génère de violent, d’irreprésentable, de non élaborable. Il s’agirait d’un mode de mentalisation de type utopique, recherchant une réponse au contexte de déréliction qui en compose le socle, dans la création d’un lieu idéal de réparation.

  • S-H [2] . L’image spéculaire de la M.A.S. : l’institution totalitaire
    A la violence du traumatisme répondrait une impossibilité de mise en travail de ce lieu idéal par l’imaginaire, dans l’espace littéraire utopique, qui signerait l’impossibilité pour l’utopie de se déployer sur l’aire transitionnelle qui garantit son potentiel élaborateur et se caractériserait par un passage brut de la sphère du fantasme dans celle de la réalité matérielle.
    Cette incapacité de mise en pensée et de mobilisation de l’imaginaire trouverait ses symptômes dans la réalité matérielle, dans le recours à un modèle architectural externe très stéréotypé... emprunté aux lieux de l’enfermement : le modèle de l’institution totalitaire, reprise spéculaire du lieu idéal de bonheur recherché.

  • S-H [ 3 ] . La surdétermination de l’espace comme mode de suture du temps
    Le recours à l’utopie permettrait de faire l’économie d’une mise en pensée de la réalité du handicap sur l’axe temporel – régression, risque de mort – en adoptant le mode de suture du temps qu’elle propose dans et par l’espace. La surdétermination de la dimension spatiale engagerait ainsi la fonction de l’architecture comme lieu d’accueil et de fixation du psychique dans le matériel.
    Du fait du passage brut des contenus psychiques qui s’effectue depuis la sphère fantasmatique vers la réalité, on assisterait à l’incrustation de modalités défensives mises en jeu contre le traumatisme du polyhandicap, dans les murs mêmes de l’institution ; l’architecture en serait ainsi faite lieu de figuration, à travers des caractéristiques privilégiées.

  • S-H [ 4 ] . Le destin du refoulé originel : souffrance psychique et actualisation des défenses
    Dans le travail de prise en charge quotidien des personnes handicapées, le destin du refoulé originaire, incrusté dans la dimension matérielle de l’institution, serait repérable selon deux axes privilégiés :
    • Faire retour de façon traumatique, générant un vécu de souffrance psychique dans les liens institués, en s’immisçant dans la relation thérapeutique entre soignants et soignés.

    • Fournir un potentiel défensif réutilisable aux personnels éducatifs et soignants contre le surgissement d’angoisses et de fantasmes répondant aux mêmes effets traumatiques de la confrontation au handicap.

Ces sous-hypothèses, pour se présenter dans un ordre reflétant une certaine perspective chronologique du processus supposé – traumatisme / réponse au traumatisme / manifestation des défenses / retour du refoulé –, ne constituent pas moins le déploiement de dimensions imbriquées de façon certainement plus complexe et moins linéaire. Ce point sera à détailler plus tard.

C’est un souci didactique qui a seul ici guidé ce choix, afin de permettre de dégager les grandes composantes des formations inconscientes à l’oeuvre quand se pose la question de la rencontre avec le polyhandicap et de la conception de son lieu d’accueil. La ressaisie éventuelle des différentes composantes dans la réelle complexité de leur articulation pourra venir en un second temps.

Trancher le noeud gordien pour mieux en repérer les fils, tel est notre propos premier. Apprendre à les renouer en leur état originel devra sans doute occuper le temps d’autres développements à ce travail. Mais un gage commun de réussite à ces deux phases s’impose : ne pas effectuer la coupe n’importe où ni n’importe comment. Et, dans ce projet de recherche, conjoignant deux champs scientifiques hétérogènes, le cadre méthodologique mis en place pour l’analyse de l’objet étudié requiert quelques développements, concernant l’articulation des outils techniques et des corpus théoriques propres à chaque discipline... questions sur lesquelles nous allons nous arrêter dès à présent.