7.2.1.1 L’impensable du lieu dans la collusion entre l’habitat et l’habitant

« La réglementation des maisons d’accueil spécialisées va donc permettre de combler une lacune de l’équipement destiné aux adultes handicapés et de répondre à un besoin urgent », nous est-il dit en introduction de cette circulaire. Le caractère novateur, complémentaire et spécifique de la structure, tout autant que l’urgence du besoin sont pointés d’emblée. Pourtant, deux phrases plus loin, les effets ultérieurs de la contradiction trouvent déjà leur enracinement du fait de « l’existence de moyens importants inutilisés ou sous-employés, offerts par le patrimoine médico-social et hospitalier existant » (Circ. 62-AS du 28.12.78, p. 2). Voyons comment, entre ces deux constats, la collusion entre l’habitat et l’habitant soulève l’impossibilité de penser la réalité de ce lieu.

On nous décrit une population qui ne trouve pas dans le dispositif de l’époque de réponse adaptée, en termes de structure d’accueil et de prise en charge médico-éducative. Plus du tiers du document est réservé à la définition de cette population très dépendante et des critères d’admission possible en maison d’accueil spécialisée. L’existence d’un handicap, l’âge adulte, l’absence d’un minimum d’autonomie, et le besoin d’une surveillance médicale et de soins constants forment les critères fondamentaux de cette définition. Les M.A.S. se présentent donc de fait comme les seules structures ayant vocation à recevoir cette population. Or, avant même que ne soit abordée la définition de ces établissements – vocation, fonctionnement, modalités de création –, le législateur formule deux recom-mandations, derrière lesquelles tout un imaginaire se donne à voir : « Les COTOREP devront examiner en priorité toutes les autres formes possibles d’accueil, notamment dans la gamme des établissements d’hébergement social et médico-social, avant d’envisager une orientation en maison d’accueil spécialisée. Il convient donc de ne recourir aux maisons d’accueil spécialisées que lorsque l’état de la personne en cause le requiert absolument » (ibid., a.240, p. 8). Pourtant, si la spécificité de la population caractérise le lieu d’accueil de cette dernière, aucune autre formule d’accueil ne semble envisagable. Que dire en effet de cette précaution, qui fait suite au constat de l’absence de réponse adaptée à la population considérée, et à la longue définition de sa spécificité même, si ce n’est qu’apparaît déjà, dans le texte, l’idée impensable d’un lieu de la dernière chance ? Toute la difficulté à penser, à concevoir, à imaginer le lieu semble ainsi résider sur la difficile appréhension – car violente et douloureuse – de la réalité du polyhandicap, de la dépendance quasi-totale qu’elle suscite. Il semble donc bien que tout le texte législatif achoppe sur cette collusion entre l’habitat et l’habitant, entre le lieu et ses futurs occupants. Le législateur ne dit-il pas que ce qui les « distingue des autres formules d’accueil social, [ce n’est] que la spécificité de la population » (ibid., a.421-32, p. 13) ? La M.A.S. est le public accueilli, la M.A.S. est le polyhandicap. Comment, dès lors, affronter cette terrible réalité ? La dénégation, dans le texte, s’offre comme seul moyen d’échapper à cet imaginaire, tout en l’y enfermant du fait du caractère contradictoire qu’elle recèle.