7.2.1.4 Dans un cadre expérimental et novateur, une architecture de la norme

« Dans un domaine nouveau qui a tout à gagner aux expériences, aux formules souples et diversifiées », on ne peut que constater l’aspect normatif des prescriptions. Outre la voie de la réutilisation de l’existant – fortement contraignante en soi –, la circulaire opte pour une description très normative de ce que serait une M.A.S. : « Les maisons d’accueil spécialisées doivent, en ce qui concerne leurs dimensions et leur implantation, répondre aux caractéristiques suivantes ». A cette déclaration, qui ressort plus d’une injonction que d’une proposition, le législateur adjoint un certain nombre de règles – capacité en lits, localisation géographique, accessibilité des locaux, différenciation physique, accès direct à l’extérieur en cas d’implantation intra-muros, etc.

La difficulté face à laquelle se trouve confronté le psychisme pour contenir la violence de l’imaginaire sous-jacent à cet équipement, trouve alors deux voies d’expression complémentaires : la première, dans la recherche de référence du côté du seul handicap physique – « il conviendra de s’inspirer à cet égard des normes pour foyers permanents figurant à l’annexe III de la circulaire du Ministère de l’Equipement relative au logement des handicapés physiques » ; la deuxième, dans le déni manifeste de la dimension psychothérapeutique incombant à ces structures : on y prévoit « des locaux suffisants [...] pour la vie sociale des personnes accueillies et l’animation, pour les activités occupationnelles et pour l’accueil des familles et des visiteurs »... tout au plus, il faudra « prévoir un cabinet médical et, chaque fois que nécessaire, une salle de kinésithérapie » (ibid., a.600, p. 18). Du polyhandicap, qui impose de réfléchir à un cadre expérimental et novateur, susceptible d’apporter des réponses adaptées à une population très lourdement handicapée, on ne retient que le moins violent, psychiquement parlant : le handicap touchant le corps, et non l’esprit – et encore moins les deux. Quoi d’étonnant, alors, qu’on réponde par une architecture déjà éprouvée, offrant le piège du diktat de la norme ?

Ainsi, la collusion que l’on a repérée entre M.A.S. et population accueillie ne semble pas pouvoir offrir d’espace, dans la pensée, permettant d’en penser les lieux... élément capital pour ouvrir à une compréhension de ce qui se joue dans le texte de contradictoire et d’impensable sur la question de l’architecture de ces nouveaux équipements. De cette impossible car impensable définition, se dégage l’idée de l’asile – que l’on cite pour mieux la rejeter – et du mouroir auquel on doit faire échapper autant que possible les personnes handicapées. Cette mise en représentation sur laquelle on achoppe, autrement que dans un mouvement dénégatoire suturant la réalité qui existe en toile de fond de ces équipements novateurs, infiltre donc puissamment le texte fondateur. La question du regard porté sur celui-ci par le milieu associatif se pose alors, les premières expériences, de même que la grande majorité des établissements existant aujourd’hui, étant nés sous son impulsion.