8.2 De Montplaisant aux Montaines : l’omniprésence de l’Utopie

Montplaisant, « institution pionnière », première M.A.S. de France en 1978, et Les Montaines,‘ ’ « institution phare de l’an 2000 », réalisée quelques 20 ans après, à l’aube d’un nouveau millénaire... il n’en faut pas plus, dans ces propos rapportés dans les entretiens par les directeurs de chacun de ces établissements, pour nous mettre sur la piste de l’utopie ; sachant que la seconde est née du souci de ses commanditaires de créer une institution prenant acte des insuffisances et défauts mis en lumière – mais sous quel filtre ? il nous appartient ici de le déterminer... – dans la première, elle-même née d’une volonté clairement affirmée de rompre avec le contexte de prise en charge des personnes handicapées dans les années 1960-1970 : « ‘abattre les hauts murs de l’exclusion, alléger la charge des parents, conserver les liens familiaux, donner une place aux plaisirs, tels étaient quelques-uns des objectifs retenus pour offrir aux handicapés ’un nouveau début dans la vie’’ », voilà ce que nous en dit le conteur des origines (Ailane David M.O., 1991, p. 26), non sans préciser qu’au jour de l’inauguration, « ‘ces premières heures matinales du mardi 1er août apparaissaient comme un point d’achèvement, une sorte de stase temporelle qui marque les dénouements heureux au terme de luttes gagnées par détermination sur l’adversité ’» (ibid., p. 44).

Contexte fondateur marqué par la déréliction, un sentiment d’abandon, un vécu de rupture, visant l’instauration d’un ordre nouveau – « un nouveau début dans la vie » en ce qui concerne Montplaisant, un nouveau début dans le millénaire pour ce qui est des Montaines – voici ces deux projets marqués chacun du sceau de l’utopie, dans ce qui la fonde et en fournit le moteur... mais aussi indissolublement liés l’un à l’autre par ces mêmes caractéristiques. La clinique, rappelons-le, n’est pas en reste pour abonder dans ce sens : « Il y a vingt ans, c’était... l’avant-garde... » nous dit-on dans le groupe de Montplaisant. « La mentalité de pionnier, présente dans sa culture interne, comme un héritage », soulignée par le directeur de cette M.A.S., en entretien individuel, était ainsi réaffirmée et revendiquée par les soignants : « c’était la M.A.S. la plus visitée, la première de France, ou d’Europe... Les gens, [...] les directeurs se déplaçaient, ils disaient que c’était une référence... C’était très ’clean’ ! ». De même, pour ce qui est des Montaines, on insiste sur le repérage des « choses qui s’étaient faites [à Montplaisant] et qu’il ne fallait pas refaire ! ». Sur ce socle, augurant bien de l’existence d’un ferment susceptible de voir apparaître le complexe utopique, il nous incombe alors d’en repérer les multiples dimensions nécessaires à la validation de notre hypothèse.