1. 2. 2. Les modifications depuis la fin de l’ère glaciaire

Des modifications du paysage sont intervenues au cours des temps, elles sont liées aux changements climatiques, à des processus exogènes et endogènes et aux activités humaines.

Les processus endogènes ont modelé la Turquie par sa position dans une zone très active de la croûte terrestre. Les mouvements tectoniques ont été importants à la fin du Pliocène 32 et au Pléistocène 33 . Le volcanisme a joué un grand rôle dans la formation du pays. Une bonne partie de la Turquie a des volcans et des coulées de lave du Pléistocène mais aussi postglaciaire. Il n’existe pas actuellement de volcan actif, mais Strabon indique que certains cônes du mont Erciyeş (sur le plateau) étaient toujours en activité de son temps. La dernière éruption du Nemrut Dağ eut lieu en 1441 ou 1443 ap. J.-C. 34

Les changements climatiques se perçoivent à travers les variations des glaciers, des niveaux marins et lacustres, le drainage et la végétation. En ce qui concerne les glaciers, la tendance depuis 22 000-18 000 B.P. est à la réduction avec des phases de récession et d’avancée. Le climat était semi-aride et sans doute bien davantage que récemment, pendant la majeure partie de la dernière ère glaciaire. Le drainage a été affecté par les changements climatiques qui ont entraîné une baisse des apports aux systèmes des rivières et ont conduit à l’expansion des zones de drainage interne. Un bon exemple de changement est la vallée d’Incesu au sud-est d’Ankara. La réduction de l’apport d’eau a occasionné la création de cônes d'alluvions. Le même phénomène est apparu dans les vallées de la rivière Sakarya. La détérioration de la balance hydrologique a permis l’expansion des sols salins (Tuz Gölü). La plaine de Konya était, au moment où la phase glaciaire était la plus importante, recouverte de 12 à 20 m d’eau sur 4340 m2 35 . Deux phases ont été distinguées 23 000-21 000 BP et 20 000-17 000 BP. Vers 17 000 BP, ce fut un assèchement brutal jusqu’à la disparition du lac. En 15 500 BP le renouveau lacustre Tardiglaciare implique que la plaine est de nouveau sous les eaux. A partir de 15 400 BP, le lac est de nouveau asséché. Après 13 500 BP, des marécages apparaissent périodiquement dans les sous-bassins en fonction de l’apport en eau. Le Tuz Gölü, alimenté par des sources liées à des réseaux de faille, a été recouvert au Pléistocène de 25 à 35 m d’eau douce. Deux phases lacustres ont été reconnues une au haut niveau Tardiglaciaire 20 700-18 590 BP, l’autre à la transgression du Tardiglaciaire 13 830-13 530 BP. Ces phases sont séparées par une phase de contraction. Pour ce qui est des activités éoliennes, les exemples les plus connus de dunes se trouvent à Karapınar dans la partie nord de la plaine de Konya. Il est difficile de dater ces formations en perpétuelle évolution. Les périodes de construction dunaire à Karapınar sont datées des environs de 14 500 BP et de 4500 BP. Elles ont été réactivées par le surpâturage à partir des années 1940 seulement, et stabilisées par des programmes d'afforestation et de mise en défense à partir des années 1960 36 . La végétation est aussi soumise aux variations climatiques :

‘“It is a completely safe assumption that, at the start of the post-Glacial epoch, forests covered a considerably larger, and steppes a much smaller area than now.” 37

Les recherches menées à Gordion ont révélé qu’en + 2500 B.P., une forêt à feuilles persistantes (pins, cèdres...) était bien développée dans la région 38 . Son exploitation pour l’obtention de matériaux de construction, entre autres, s’est intensifiée aux périodes pré-hellénistiques, hellénistiques et romaines. Déjà à l’époque de Strabon, le plateau n'était plus recouvert de forêts 39 . A la fin du Xe siècle ap. J.-C., la végétation était épuisée. Au début de l’âge du Fer, le couvert forestier du plateau était donc beaucoup plus dense et prêt à fournir du matériau de construction et de l'énergie en abondance. Les activités humaines, très anciennes, ont joué un rôle dans les transformations de l’environnement. L’exploitation des richesses naturelles s’est accrue avec la croissance de la population et le développement des technologies. Les forêts ont été transformées en champs ou en pâturages, les pâturages naturels ont été surexploités. Le couvert végétal de l'Anatolie n'est pas resté stable depuis 2000 ans ; profondément modifié et/ou détruit sans doute de l'époque classique à l'époque byzantine, il a dû profiter de l'amélioration climatique médiévale, des abandons des terroirs et des modifications des modes d'usage des sols consécutifs au passage des Byzantins aux Seldjoukides. Au XIXe siècle, les paysages anatoliens, surtout ceux des parties centrales, n'étaient pas les mêmes que maintenant, tant pour des raisons climatiques que pour des raisons relatives à l'exploitation des terroirs (domination des pâturages).

Notes
32.

Fin de l’ère tertiaire.

33.

Début de l’ère quaternaire, 600 000-10 000 B. P.

34.

KUZUCUOĞLU, ROBERTS, 1998, 13.

35.

C. KUZUCUOĞLU, communic. pers.

36.

KUZUCUOĞLU, ROBERTS, 1998, 14.

37.

ERINÇ, 1978, 96.

38.

KAYACIK, AYTUŞ, 1968, 1-18. ERINÇ, 1978, 97.

39.

STRABON, Géographie, 6.1.