3. 6. 5. Les inscriptions de Tyanitide

Il s'agit de la région autour de Tyana que nous avons déjà mentionnée lors de l'étude des documents louvites, avec en particulier les deux sites fouillés de Tepebağları et de Porsuk.

Plusieurs blocs de basalte inscrits ont été mis au jour à Kilisehisar (Kemerhisar). L'un des fragments donne à penser qu'il s'agissait d'une stèle parallélépipédique à sommet semi-circulaire 777 . Dans l'inscription, les commentateurs ont décelé la présence du nom de Midas. La datation proposée serait le dernier quart du VIIIe siècle 778 avant J.-C.

Cette stèle peut être un élément isolé :

‘"Cependant rien ne prouve que la Tyanide ait jamais été pour les Phrygiens une zone de peuplement et que les inscriptions paléo-phrygiennes soient à attendre en dehors de Tyane même." 779

Nous voyons donc en examinant cette inscription que se pose la question du contrôle phrygien sur la région avant les invasions cimmériennes. La présence du nom Midas pourrait donner à penser que, s'il y a eu un contrôle, il s'est exercé à la fin du VIIIe ou au début du VIIe siècle avant J.-C. Toutefois plusieurs souverains peuvent porter le même nom. La Phrygie, si elle a dirigé cette région, l'a probablement perdue en 709 lorsque Midas se soumet à Sargon II et se retire de la Cappadoce méridionale et de la Cilicie. Au début du VIIe siècle, ont lieu les invasions cimmériennes, le royaume phrygien est ruiné, s'ensuit la période du protectorat lydien. Cela tendrait à confirmer que la Phrygie n’a pu contrôler la région qu’avant la fin du VIIIe siècle.

Le monument décrit ci-dessus a été interprété comme une épitaphe (mais aucun autre exemple n'a été retrouvé), ou un monument public, si le dynaste est le grand Midas. Une autre hypothèse l’interprète comme une dédicace à un dieu local, ou un monument commémoratif d'une alliance entre Midas et Warpalawas, ou une marque de la suzeraineté phrygienne sur ce territoire, à l'image des pratiques assyriennes 780 .

La Tyanitide semble être isoler par rapport à la Phrygie, les inscriptions en phrygien très rare, ce qui n'est pas surprenant car nous sommes en terre louvite. Mais :

‘"L'archéologie -notamment les fouilles de Porsuk (à une cinquantaine de km au Sud de Tyane- atteste des contacts avec les Phrygiens pour la deuxième moitié du VIIIe siècle et le VIIe (niveau III de Porsuk, Dupré, pp. 111-112). Si les importations phrygiennes sont rares, la céramique et l'iconographie des monuments inscrits ou anépigraphes révèlent une influence phrygienne indéniable." 781

D'autre part, s'il n'y a pas d'implantation de population phrygienne, qui sont les rédacteurs des textes paléo-phrygiens mentionnés ci-dessus. Ont-ils été apportés par le prince de Gordion, Midas ?

Notes
777.

Cf. Pl. 23. Fragment de stèle en basalte de Kemerhisar. BRIXHE, LEJEUNE, 1984, T-03.

778.

MELLINK, 1979, 253.

779.

BRIXHE, LEJEUNE, 1984, 257.

780.

Ces trois idées revenant respectivement à MELLINK, DUPRÉ et BRIXHE d’après BRIXHE, LEJEUNE, 1984, 257.

781.

BRIXHE, 1991, 45.