La relation mise en évidence par le modèle entre les caractéristiques des individus et de l’offre de transport et leurs choix est établie à partir d’observations en coupe instantanée. L’utiliser à des fins prévisionnelles suppose sa stabilité dans le temps.
Pour que le modèle soit cohérent par rapport à ses objectifs, il faut, donc, être sûr qu’il a permis de mettre en évidence le lien causal existant entre stimulus et réponse. Nous verrons plus loin que de graves défauts de pertinence permettent de mettre ce fait en doute.
Une des seules choses dont nous soyons sûrs, avec un modèle désagrégé, c’est de disposer d’un lien corrélatif relativement précis entre des observations de choix d’individus et les caractéristiques de ces mêmes individus et du système de transport A UN MOMENT DONNE : on dispose vraisemblablement d’une bonne analyse de la demande, mais elle est instantanée ; le modèle à un caractère statique.
Ceci n’autorise à évaluer que des effets se manifestant immédiatement ou à très court terme. Dès lors, et exactement comme pour les modèles agrégés, le temps qui sépare un changement de l’offre de ses effets, par la réponse des usagers, ne peut pas être pris en considération. En théorie d’ailleurs, l’existence d’un temps de réponse fait également qu’il est toujours délicat de savoir si la coupe instantanée révèle ou non un état d’équilibre offre-demande du système des transports.
Le modèle procède d’ailleurs par “ à coups ” : calibré sur une situation donnée, on estime qu’il est capable de fournir une réponse dans une autre situation donnée, et on ne tient aucun compte de l’évolution qui existe entre ces deux situations : pour cette simple raison qu’il nécessite de figer l’offre dans un certain état pour fournir une réponse-demande.
Il en résulte finalement une assez mauvaise prise en compte de l’équilibre offre-demande : rien n’indique que la situation résultat caractérise un état d’équilibre ; il est généralement nécessaire, comme dans les modèles agrégés, d’effectuer un “ bouclage ” entre l’offre et la demande, jusqu’à l'atteinte d’un état d’équilibre. En ce sens, la réponse fournie n’étant ni exactement celle de cohérence ni celle de pertinence.
Cette analyse de la demande en coupe instantanée pose également un autre problème de cohérence, mais surtout de pertinence : le modélisateur raisonne uniquement sur une demande exprimée et pas sur des besoins. Le cadre qui préside à cette modélisation semble ici pris en défaut : si l’objectif est de prévoir la demande, cela ne peut s’effectuer qu’en sachant comment elle est générée ; savoir comment la demande s’exprime dans une situation donnée ne permet pas de répondre à cette question : ils placent les individus en situation de choix, mais après la décision “ de se déplacer ou non ” : la description satisfaisante d’une telle alternative dans la structure de notre modèle reviendrait à modéliser totalement le système d’activités des individus placés devant le choix.
De plus, le modèle plaçant les individus en situation (artificielle) de choix, il néglige d’importants éléments sur les rythmes de vie et les “ reports ” d’activités.