1. 2. 1. EXEMPLE 1 : l'expérience de Bandura et Schunk (1981)

Bandura et Schunk (1981) proposent à 40 enfants de 7 à 10 ans une série d'épreuves arithmétiques. Préalablement à cette expérience, les expérimentateurs montrent aux enfants 25 problèmes de soustraction de difficulté variable, pendant 2 secondes chacune. Ce temps d'exposition est suffisant pour avoir une idée de la nature des soustractions mais insuffisant pour les résoudre. Les enfants doivent estimer sur une échelle en 100 points s'ils se sentent capables de résoudre chacune des soustractions initialement présentées. La mesure pré-test de l'efficacité personnelle est calculée en divisant la somme des 25 scores ainsi obtenus par le nombre total de problèmes (e. g., [(25 × 30) / 25] = 30). Ensuite, les enfants sont divisés en quatre groupes, lesquels doivent tous effectuer des problèmes de soustraction en sept sessions. Les trois premiers groupes disposent d'un document qui leur explique les bases essentielles de la soustraction. Le premier groupe reçoit un but proximal : résoudre 6 pages de problèmes lors de chaque session (groupe proximal). Le deuxième groupe reçoit un but distal : résoudre 42 pages de problèmes lors des sept sessions (groupe distal). Le troisième groupe ne reçoit aucun but (groupe sans but). Enfin, le quatrième groupe ne reçoit aucune instruction sur la résolution des soustractions, ni aucun but (groupe contrôle). L'efficacité personnelle des sujets est de nouveau mesurée, comme précédemment, après l'ensemble des sessions (mesure post-test 1) et après un post-test de soustractions (mesure post-test 2).

Les résultats montrent que l'efficacité personnelle du groupe proximal (mesures post-test) est nettement plus forte que celle de tous les autres groupes (cf. figure 3a). En outre, le groupe proximal résout davantage de soustractions (cf. figure 3b), persistent davantage sur les problèmes difficiles, progresse plus rapidement et est plus intéressé par les problèmes de soustractions en situation de libre choix.

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Figure 3 — Effet de l'éloignement du but sur l'efficacité personnelle et la performance. La figure 3a montre l'efficacité personnelle avant l'étude (pré-test), avant (post 1) et après (post 2) un post-test de soustractions. La figure 3b montre le pourcentage de soustractions résolues lors du pré-test et lors du post-test (d'après Bandura & Schunk, 1981).

Pour Bandura et Schunk (1981), les buts proximaux fournissent des indications sur la maîtrise de la tâche ce qui, en retour, permet au sujet de mieux évaluer ses propres actions. En fait, pour les auteurs, le sujet évalue en permanence l'efficacité de son comportement au travers de standards internes qui lui servent de guides pour ses actions futures. Ainsi, les enfants du groupe proximal développent une forte efficacité personnelle, comparativement aux enfants des trois autres groupes, par une meilleure évaluation de leurs propres actions. En fournissant un but proximal au sujet, on lui permet de mieux évaluer l'efficacité de son comportement et de développer son efficacité personnelle. Par suite, l'efficacité personnelle développée se concrétise par un comportement lui-même plus efficace.

L'expérience de Bandura et Schunk (1981) suggère que pour réguler leurs efforts, les sujets doivent avoir une certaine idée des performances qu'ils cherchent à atteindre et donc obtenir des informations sur ce qu'ils ont fait. Si ces informations ne sont pas disponibles, ils ne peuvent dimensionner leurs efforts et ajuster correctement leurs stratégies. Quand les objectifs sont clairs et que le niveau de performance est facilement discernable, l'efficacité personnelle opère comme un régulateur dans l'atteinte de la performance (Bandura, 1977b). Ce dernier point explique pourquoi les buts proximaux, qui permettent des autoévaluations fréquentes, sont plus à même de soutenir la motivation.

Dans une autre expérience (Bandura & Cervone, 1983), Bandura met précisément en évidence la relation qui unit l'efficacité personnelle, l'effort et le besoin d'information.