1.2. Le progrès social : but commun des recherches

Si les recherches sociologiques et psychologiques de Hobhouse traitent essentiellement des conditions de l’évolution sociale et comportent, à ce titre, un objet commun, elles recèlent aussi un but commun : rendre compte des mécanismes du progrès social et en définir les conditions n’est que le moyen de le rendre possible :

‘Thus the starting-point of social inquiry is the point at which we are moved by a wrong which we desire to set right, or, perhaps at a slightly higher remove, by a lack which we wish to make good. (MTS 11)’

Hobhouse est un penseur politique qui veut fonder son projet social sur des certitudes scientifiques parce qu’il est un « idéologue du possible » aux antipodes de l’utopie. Pour Hobhouse, une proposition de réforme politique doit, avant tout, être réaliste :

‘The ethically right, Professor Höffding has said, must be sociologically possible. Thus, even as pure theory, the philosophical view cannot afford to disregard the facts. Still less can it do so, if it passes over, as philosophy should, into the constructive attempt to reorganize life in accordance with its ideals. (MTS 15)’

Ainsi toute l’oeuvre36 de Hobhouse tend vers la connaissance, qui permettrait d’établir un projet de société rationnel et par là irréfutable parce qu’il serait « vrai », c’est-à-dire précisément fondé sur la connaissance de l’être humain et de la société. Sa démarche participe d’ailleurs d’une ambition collective de l’époque :

‘As Henry Drummond remarked, ‘To discover the rationale of social progress is the ambition of this age’, rightly emphasizing that there was ‘a yearning desire, not from curious but for practical reasons, to find some light upon the course.’ (Collini LS 188)’

Aux yeux de Hobhouse, l’émergence des sciences sociales (social science 37) constitue indubitablement un tournant historique, puisque celles-ci permettraient de mettre fin aux tâtonnements inévitables de la philosophie sociale (social philosophy 38) : « ‘Hobhouse insista fortement sur le fait que “la philosophie du futur doit compter avec la science’”39. »

‘En effet la philosophie sociale (ou politique) ne peut que se fourvoyer lorsqu’elle se détourne de la réalité que la science nous permet d’aborder : « en fait l’étude des idéaux ne peut jamais abandonner le monde de l’expérience sans risquer de se perdre40. » Or, jusqu’à l’émergence des sciences sociales, la philosophie sociale était nécessairement réduite à la spéculation, ce qui d’ailleurs permet à Hobhouse d’apporter une explication historique aux insuffisances des analyses de certains de ses prédécesseurs41 qui, selon lui, avaient pourtant compris les enjeux de la connaissance scientifique :
Thus he argued that the so-called ‘English School’ from Bacon and Locke to Mill and Spencer’ despite its ‘many defects and limitations’, did at least have ‘the merit of dealing, or attempting to deal, in a sympathetic spirit with the problems and methods of the sciences’. (Collini LS 237)’
Notes
36.

 Y compris sa partie journalistique puisqu’il s’agit un projet pragmatique de progrès progressif (et non de révolution) : le moindre éditorial y participe donc pleinement.

37.

 Celle-ci est définie comme suit par l’auteur dans MTS p. 14 : « The scientific method we call that which investigates facts, endeavours to trace cause and effect, aims at the establishment of general truths which hold good whether they are desirable or not. »

38.

 Ibid. : « In principle we call the philosophical inquiry that which deals with the aim of life, with the standard of conduct, with all that ought to be no matter whether it is or not. »

39.

 Collini LS p. 237 : « He [Hobhouse] insisted strongly that ‘the philosophy of the future must make its account with science’. »

40.

 MTS p14 : «  [...] in point of fact the inquiry into ideals can never desert the world of experience without danger of losing itself. »

41.

 Voir chapitres 3 et 4 sur les influences.