Il peut sembler que cette conception de la nature du progrès dont l’auteur, rappelons-le, prétend qu’elle est fondée, comme le reste de son étude du développement, sur l’observation des faits, comporte une faiblesse. Elle fait, en effet, appel à une foi pour le moins inébranlable en la raison. Collini assimile ainsi l’évolution orthogénique à une utopie : « [...] ‘le dernier stade du développement de l’esprit est l’utopie du rationaliste où l’humanité dans son ensemble agit en accord avec les principes rationnels’ 118. »
Mais Hobhouse ne prétend pas que la nature rationnelle de l’esprit de l’homme suffise, à elle seule, à amener l’individu à prendre conscience de l’unité de l’humanité. Collini, lui-même, précise que, selon l’auteur, le stade du mouvement réflexif (self-consciousness) n’est concevable qu’en introduisant la notion d’éthique :
‘Self-consciousness of this kind is not attained by scientific theory alone. It rests on a spiritual truth, and must be applied by a moral force’ the reason for this, he [Hobhouse] explained, was that the central feature of the self-conscious stage is that Humanity becomes aware of its essential oneness, but ‘a race devoid of moral feeling could not appreciate its own unity, which is essentially a moral truth’. Accordingly, ‘along with the intellectual development of which we have spoken, must therefore go a certain evolution of ethical conceptions. (Collini LS 183)’Ainsi, lors des stades avancés de l’évolution orthogénique, le progrès de l’esprit ne se résume plus seulement à celui de l’intelligence mais acquiert une dimension éthique et devient celui de la conscience morale. A ce propos, il semble qu’il faille préciser que les critiques de l’ordre de celle exprimée par Collini, citée plus haut, peuvent être justement réfutées du point de vue de l’enchaînement de la raison et de l’éthique :
‘In his studies of ethics, social philosophy, and social reforms he [Hobhouse] is frequently shrugged off as a ‘naive’ rationalist ; a ‘Manchester Guardian « Liberal »’ some scornfully call him ; but then it is never commonly realized by such arrogant half-scholars that it is a central part of the theories of Durkheim and Weber, too, to emphasize the growth of rationality in the making of modern social institutions, and correlated with this, the pressures within social change towards the shaping of institutions that are socially just119.’Collini LS p. 181 : « the terminal point of the development of mind is the Utopia of the rationalist where Humanity as a whole acts in accordance with rational principles. »
J. E. OWEN, L. T. Hobhouse, sociologist, p. 10.