2.2.2. Comparaison positivisme/Hobhouse

Parmi les éléments les plus connus du positivisme se trouve au premier plan l’idée selon laquelle on ne doit accepter comme valide que ce qui est fondé sur l’expérience et sur les faits ; en ce sens le positivisme, au même titre que le réalisme de Hobhouse, ressemble à l’empirisme. Mais la ressemblance s’arrête dans les deux cas à la place accordée à l’expérience : tout comme Hobhouse, Comte « ‘refuse clairement au plan gnoséologique, de se réclamer de l’empirisme. Car il a, à ses yeux, le tort de nier “la spontanéité de nos dispositions mentales”’ 222 ». Le positivisme comtiste, au travers de la théorie des trois états que n’a cessé de reconnaître Mill, ‘« conçoit un ’ ‘progrès’ ‘ de l’esprit humain’ 223 », vers la positivité qui est le stade de « ‘l’intelligence mûrie’ 224 ». On reconnaît là la notion centrale chez Hobhouse d’une raison en évolution, ainsi que l’accès au stade de l’évolution orthogénique. En termes comtiens, ce stade est celui de l’avènement de la sociologie où la politique devient elle-même positive :

‘C’est [...] un trait constant de tout positivisme que de vouloir à la fois étendre jusqu’à l’homme la conscience scientifique (et même voir en cela, comme chez Comte avec la sociologie, l’achèvement, au double sens de terme et de but, de l’ordre du savoir) et lui refuser un traitement méthodologique particulier225.’

Les deux auteurs sont très proches lorsque l’on envisage la place qu’ils allouent à la science sociale :

‘The influence exercised by Positivism on Hobhouse was profound. Like Comte he stresses the inter-connection of social phenomena, and the consequent need for a science of society which should give a vue d’ensemble of social life. Like Comte he regards the idea of development as central in sociology, and like him again he came to formulate a generalisation expressing a relation between the growth of mentality as exhibited in science, art, and industry and the various forms of social organisation. With Comte he considers the emergence of sociology as a positive science as a crucial point in the history of man which, as it matures, should render increasingly possible an expansion of the area of conscious control over the trends of human development. He shares with Comte again a kind of religious humanitarianism. Humanity, not as a collective concept including all men and women, but as a spirit working in them, a spirit of harmony and expanding life, shaping their best actions, appeared to Hobhouse as it did to the best Positivist writers, as the highest incarnation known to us of the Divine. (Ginsberg 101)’

La sociologie est, en outre, dans les deux cas très liée à l’histoire. Selon Nicholson, la fonction de l’histoire chez Hobhouse porte plus la marque du comtisme que de l’idéalisme :

‘While he agrees with Hegel as to the importance of a study of history, Hobhouse insists that it must be studied from the viewpoint best characterized as positivistic: its facts must not be forced into a preconceived metaphysical scheme226.’

En revanche, des divergences apparaissent notamment en ce qui concerne la place réservée à la métaphysique par le positivisme. Hobhouse refuse en effet l’idée que le stade positiviste signifiera sa disparition au profit de la science :

‘The true function of metaphysics was to co-ordinate the underlying ideas of the sciences and of experience generally. [...] he [Hobhouse] always felt that the physical sciences at best formulated only one aspect of reality, and that there were other orders of experience, aesthetic, moral, and religious, which had just as much claim to be taken into consideration in a synthetic account of the whole of reality. (Ginsberg 105)’

Une telle différence ne peut manquer de renvoyer à la relation avec l’idéalisme : Elle permet, en effet, de garder la possibilité d’une éthique fondée sur la métaphysique. Ainsi, le deuxième stade de l’histoire de la pensée n’est plus l’état métaphysique mais le stade « dialectique ». La définition de cet état est éloquente :

‘The stage that Comte called metaphysical Hobhouse preferred to call dialectical, which proceeds by analysis and co-ordination of concepts. This stage, of course, has its value in the history of thought, but also its dangers. These arise from the tendency of concepts to form a world of their own, remote from the experiences from which they were originally crystallised, a world which may come to be regarded as independently real, or at any rate independently valid, and one which is set up as a standard to which the world of experience must conform on pain of being unreal. (Ginsberg 104)’

Les dangers que dénonce l’auteur sont, comme nous l’avons vu ci-dessus, précisément ceux qu’il croit voir dans l’idéalisme. Il semble que le positivisme soit utilisé pour réfuter l’idéalisme, mais que des éléments de ce dernier soient, à l’inverse, employés pour nuancer ce premier.

Notes
222.

 P. KAHN, Le positivisme p. 30.

223.

 Ibid. p. 11.

224.

 Ibid. p. 30.

225.

 Ibid. p. 10.

226.

 J. A. NICHOLSON, « Some aspects of the philosophy of L. T. Hobhouse », p. 53.