1.3. Le socialisme des guildes

Ce sont ces mêmes principes qui empêchaient Hobhouse de rallier les partisans du socialisme des guildes (guild socialism), même s’il approuvait, cependant, l’esprit qui, à ses yeux, sous-tendait ce mouvement. L’idée prééminente d’un contrôle sur l’industrie exercé par les travailleurs n’était, en effet, pas très éloignée des propositions de sa propre politique. En outre, le « socialisme des guildes » partageait sa méfiance face à une organisation sociale étatique de type socialiste, et pressentait, comme l’auteur, que les associations intermédiaires permettaient de se garder de ce danger, de même qu’elles étaient un rempart contre le règne de la bureaucratie, corollaire d’un tel État qui menaçait l’efficacité économique. A. J. Penty, auteur de The Restoration of the Guild System était, tout autant que Hobhouse, un critique du fabianisme auquel il reprochait de ne « constituer guère plus qu’une révolution bourgeoise292 » qui ne réservait qu’une maigre place aux droits de travailleurs. Mais l’auteur considérait, néanmoins, que les guildes représentaient elles-mêmes un danger. Elles risquaient d’instaurer des monopoles, contraires à la liberté. Lorsque les défenseurs de ce système proposaient l’idée d’un congrès des guildes qui aurait encouragé la concertation, Hobhouse répondait que ce n’était pas une garantie suffisante. Même l’idée, pourtant à nouveau assez proche de la pensée hobhousienne, d’une participation citoyenne à ce congrès ne pouvait le convaincre ; il lui semblait que certaines guildes concentreraient trop de pouvoir et pourraient, par là, nuire à la collectivité ainsi qu’à d’autres branches de l’économie. Par exemple, les guildes du charbon et des transports, à l’image des syndicats des mêmes branches, auraient à leur merci l’industrie textile ou agricole, et le « socialisme des guildes » risquerait alors de promouvoir un corporatisme réactionnaire, que l’on pouvait assimiler à une intérêt catégoriel. De plus, ce système ne présentait, finalement, pas d’avantage sur celui d’une industrie privée soumise aux réglementations des pouvoirs publics293.

Notes
292.

 A. SMITH, The New Statesman (Portrait of a political weekly 1913-1931), p. 27.

293.

 La critique du socialisme des guildes (notamment des ouvrages de G. D. H. Cole) révèle l’ambiguïté de la position étatiste de Hobhouse ; ce point est traité dans la troisième partie.