3.1.1. Imposition du surplus

L’impôt était également le moyen de donner une fonction sociale à l’argent « inutile », celui qui n’est pas de nature à motiver l’effort personnel et, par là, la production de biens. Hobhouse identifie, en effet, une richesse qui ne possède pas de fonction économique : il s’agit des bénéfices de la spéculation boursière ou immobilière, ou encore du solde des bénéfices produit par l’entreprise, une fois que les salaires et les dividendes ont été versés à hauteur d’un maximum de 5000 livres par an et par individu. Cette somme, qui équivalait à peu près à cent fois le salaire moyen d’un ouvrier, semblait correspondre à une sorte de plafond au gain personnel, parce qu’elle était largement suffisante pour motiver l’effort personnel ; une somme plus élevée était donc à la fois immorale et inutile. Tout l’argent supplémentaire était appelé le « ‘surplus’ 353 » et devait être reversé à la collectivité, pour être investi dans la politique sociale, afin notamment « ‘de parer aux risques courants de la vie et aux besoins de l’enfance’ »354.

L’auteur précisait, toutefois, que la somme de £5000 ne constituait qu’une indication théorique et pouvait être modifiée, si l’expérience venait à montrer qu’elle ne correspondait pas à une évaluation pertinente. Hobhouse s’en tient ici au principe et laisse à la pratique le soin trouver le seuil de revenu à partir duquel le prélèvement d’impôt n’affecte pas la production. Cependant, il ne doute pas que ce seuil existe effectivement. Or, comme le souligne Collini355, le recours à la distinction entre principe et expérience n’est, ici, guère satisfaisant. En effet, l’analyse de Hobhouse réside dans le postulat de départ selon lequel il existe un tel seuil, et qu’il suffit de le fixer. Or, en pratique, il serait, d’abord, « ‘extrêmement difficile de décider à partir de quand une capacité productive est freinée ou quand la stimulation n’est pas suffisante pour que l’individu accomplisse ses meilleurs efforts’ 356 ». De plus, si l’impôt devait être calculé sur ce critère, il se trouverait face à un problème insoluble : en admettant qu’il soit possible de déterminer un seuil de l’utilité de l’argent, celui-ci est forcément différent selon le secteur d’activité. Or, dans la conception hobhousienne, l’impôt est juste parce qu’il est progressif, donc calculé en fonction du revenu et non en fonction du secteur d’activité. Par conséquent, toujours selon Collini357, le système du seuil conduirait à une situation où certains secteurs seraient effectivement trop taxés et verraient, par là, leur productivité décroître, tandis que d’autres disposeraient d’une partie de leur surplus.

Notes
353.

 Comme le précise P. Poirier, Hobhouse établit en fait une distinction entre le « surplus productif » (productive surplus) qui a une fonction économique et le « surplus non-productif » (unproductive surplus) considéré comme inutile. Voir P. POIRIER, introduction à The Labour Movement, (3e éd), p. xx.

354.

 TP p. 278 : « One thing that the community can do with this surplus is to provide against the common risks of life and the requirements of childhood. »

355.

 Voir Collini LS p. 132.

356.

 Ibid. : «  [...] it will be extremely difficult to decide when a productive capacity is being ’stunted’ or when an individual is not being stimulated ’to put forth his best efforts’. »

357.

 Ibid. p. 133.