3. Le tournant de la guerre dans la pensée hobhousienne

Une telle position était encore possible à l’aube de la guerre parce qu’il semblait à l’auteur que le pôle progressiste regroupait des forces suffisamment nombreuses pour qu’elles réussissent à imposer l’idéal du « nouveau libéralisme ». Mais la guerre vint bouleverser cette situation et on entra dans une période sombre qui semblait apporter un démenti cynique à l’optimisme exprimé dans la conclusion de Liberalism, et, plus généralement, jeter le doute sur la conception de l’histoire en tant que progrès. Hobhouse fut ainsi contraint de prendre parti dans des questions qu’il avait évitées en temps de paix, notamment en choisissant de ne pas se rallier aux opposants à la guerre.

Il semble donc que la guerre, en tant que période, constitua un défi pour Hobhouse, qui devait, désormais, rendre compte d’une réalité nouvelle et, à en juger d’après les écrits d’avant-guerre, imprévue. La pensée hobhousienne connut alors, sinon une évolution, du moins une affirmation de certaines de ses orientations au détriment d’autres aspects. A cette occasion, il semble que l’auteur éprouva des difficultés à conserver la cohésion remarquable de sa pensée, reflet de la conception organique, où tout se liait pour former une totalité extrêmement cohérente. Ainsi, la pensée apparaît parfois décousue et l’étude des écrits hobhousiens de la guerre révèle des contradictions que l’auteur parvient mal à masquer. Certes, la guerre donna lieu à un discours qui tentait d’expliquer ses origines dans le cadre du développement historique, qui avait toujours constitué l’angle d’approche de l’auteur, mais celui-ci ne parvint pas à rendre compte du fossé qui se creusait entre l’État tel que le « nouveau libéralisme » l’avait conçu et l’État tel qu’il émergeait pendant la guerre. En effet, Hobhouse avait construit sa pensée sur la négation de l’opposition entre les libertés individuelles et l’intervention de l’État, il avait aussi cru à la modernité du parti libéral qui, ayant révisé ses fondements idéologiques et s’étant allié avec les forces populaires, devait mener le pays sur la voie de l’harmonie sociale. Or, dès l’entrée en guerre, ces convictions furent sapées par de nombreux événements ; dans cette mesure, le sort de la pensée de l’auteur apparaît intimement mêlé au contexte national et international de la guerre. Par conséquent, nous proposons, dans notre dernière partie, d’examiner les aspects de la pensée de l’auteur caractéristiques de cette période et nous tenterons de souligner leur lien avec les événements du moment.