Freud fut une personnalité marquante dans l’introduction du concept conscient vs inconscient et ce domaine de recherche longtemps nié par la tradition béhavioriste a retrouvé sa place au sein des sciences cognitives.
Une forme de dissociation interprétée comme suggérant des mémoires spécifiques concerne les différents niveaux de conscience, chaque niveau étant dévolu à un système mnésique particulier. Tulving (1984) associe mémoire procédurale et conscience anoetic, mémoire sémantique et conscience noetic, mémoire épisodique et conscience autonoetic. Selon Anderson (1983, 1990), la mémoire déclarative nécessite la conscience du sujet alors que la mémoire procédurale peut être sollicitée de façon inconsciente.
Les travaux de Reber (1969) sur l’acquisition du langage démontrent que l’enfant peut faire des phrases correctes avant d’avoir acquis les règles de grammaire. L’enfant apprendrait des règles de façon inconsciente en les extrayant automatiquement de son environnement. Son protocole d’apprentissage de grammaire artificielle démontre un apprentissage implicite dans 70 % des cas sans prise de conscience explicite des règles instaurées. Selon ces travaux, les sujets extraient des régularités perceptives (lettres plus fréquentes que d’autres, configuration de lettres souvent répétées, etc) qui leur permettent cet apprentissage implicite sans pour cela être capables de le conceptualiser.
Il est généralement admis que l’acquisition d’une habileté nécessite tout d’abord une représentation consciente, et qu’ensuite avec la pratique, cette représentation déclarative se transforme en une représentation qui ne nécessite pas de demande attentionnelle (Anderson, 1983 ; Logan, 1988). Cependant, il semblerait que certaines habiletés peuvent être acquises sans traitement déclaratif et que l’encodage et la récupération de l’information peuvent se faire sans que soit nécessaire la conscience du sujet.
Hintzman (1990), relate certaines observations et expériences allant dans ce sens :
Il semblerait que des patients sous anesthésie générale encodent et récupèrent des informations venant du personnel du bloc opératoire (Bennett, 1988).
Une expérience de Lewicki et al (1987) présentait à des sujets un écran visuel sur lequel la localisation d’une cible était reliée par une règle complexe à un schéma d’emplacements précis eux-mêmes reliés à six essais antérieurs. Au bout de 1500 essais sur chaque schéma, le temps de balayage pour les cibles aux positions prédictibles était plus court que ceux pour les cibles non prédictibles. Selon les auteurs, ces résultats démontrent que les sujets sont capables d’articuler des règles qu’ils dégagent et assimilent inconsciemment.
Une expérience de Hayes et Broadbent (1988) comparait l’apprentissage d’habiletés sous deux conditions : dans l’une des conditions, le feedback était relié à la réponse présente. Dans l’autre, il était relié à la réponse de l’essai antérieur. Les sujets bénéficiaient de l’apprentissage dans les deux conditions bien que celui de la première condition soit plus rapide. Selon les auteurs, les deux conditions expérimentales illustrent deux formes d’apprentissage : une forme consciente qui n’encode que les contingences sélectionnées avec l’attention du sujet et une forme inconsciente qui stocke toutes les contingences.
Schachter et Cooper (1995) distinguent les représentations perceptuelles présémantiques et les représentations épisodiques. Les représentations perceptuelles correspondent à différents types d’informations comme les représentations visuelles et auditives (Schachter, 1994 ; Schachter et Tulving, 1994). Elles jouent un rôle important dans l’identification des mots et des objets et opèrent à un niveau présémantique. En dissociant ces deux types de représentations, Schachter et Cooper proposent une interprétation des phénomènes de dissociation dus à l’effet des variables qui influent sur l’information épisodique et l’effet des variables qui influent sur l’information présémantique. Contrairement à l’information épisodique, l’information présémantique serait implicite, c’est-à-dire qu’elle ne nécessiterait pas la conscience du sujet. Ils ont démontré dans une tâche de décision d’objets l’existence de ces deux types de représentations. Cependant, dans une série d’expériences utilisant le même paradigme, McKoon et Ratcliff (1995) ont trouvé des résultats les contredisant.
En psychologie cognitive, les termes mémoire explicite et mémoire implicite ont été proposés pour nommer respectivement la mémoire qui nécessite la conscience du sujet et la mémoire sans conscience. Cependant, ces termes restent confus dans le sens où ils sont souvent associés aux termes déclaratif et procédural qui dissocient la connaissance de faits ou de concepts et la connaissance de procédures comme dans le modèle d’Anderson (1983). Ils sont également associés aux termes épisodique et sémantique, l’information épisodique étant supposée être délibérée ou consciente alors que l’accès à l’information sémantique est supposée être automatique (Tulving, 1985).
Ces associations posent le problème de la légitimité de cette distinction explicite implicite. En effet, bien que basée sur un enchaînement d’automatismes, la connaissance procédurale pourrait être explicitée. De même, bien que définissant la connaissance qui peut être déclarée, la connaissance déclarative peut à un moment donnée dans l’expérience du sujet ne pas bénéficier d’un traitement attentionnel.
En fait, les termes mémoire explicite et mémoire implicite désignent des modes différents de stockage et de récupération de l’information. La mémoire explicite concerne des connaissances stockées et récupérées en mémoire de façon consciente tandis que la mémoire implicite concerne des connaissances stockées et récupérées en mémoire de façon inconsciente.
Il semblerait donc que les phénomènes de mémoire peuvent exister avec ou sans conscience dans des activités cognitives diverses comme par exemple l’apprentissage de procédures motrices qui enchaînent un certain nombre d’automatismes ou des activités cognitives purement conceptuelles. Ces deux modes de mémorisation seraient une des propriétés fondamentales de la mémoire et ne constitueraient pas forcément la preuve de deux systèmes de mémoire séparés.