Chapitre 4. Apprentissage perceptif

1. Introduction

La vision périphérique est très sensible à l’effet de pratique (Fendick & Westheimer, 1983; Johnson & Leibowitz, 1974; McKee & Westheimer, 1978). Des effets d’apprentissage ont été remarqués en vision périphérique chez des observateurs normaux (Westheimer, 1982) et en vision centrale chez des observateurs amblyopes . Par exemple, Levi et Klein (1985) ont remarqué qu’après une période d’apprentissage, le seuil de distance baisse de 40% dans une tâche vernier chez un observateur amblyope. En vision périphérique des observateurs normaux, certaines tâches visuelles telles que la discrimination de l’orientation, la bissection et l’acuité vernier s’améliorent, en fonction des sessions, par un facteur de trois (Schoups et al., 1995 ; Crist, Kapadia, Westheimer & Gilbert, 1997). Dans une étude récente, Westheimer (2001) a observé une amélioration des performances de 50% dans une tâche de vernier réalisée à une excentricité de 5°.

En vision fovéale, les mêmes tâches s’améliorent au long de la première centaine d’essais (Fahle, Edelman & Poggio, 1995), mais il n’y a pas d’arguments en faveur d’une amélioration très soutenue (Bennett & Westheimer, 1991). Dans une tâche visuelle de jugement de disparité entre deux carrés, Fendick et Westheimer (1983) ont observé une amélioration de 70% en vision périphérique de 2.5° et 5° et une amélioration de 48% seulement en vision fovéale.

Jusqu'à présent l’apprentissage perceptif était mesuré par l’amélioration des performances et/ou de la sensibilité de l’observateur. Ces deux mesures ne permettent pas de déterminer les indices utilisés par l’observateur lors de son apprentissage. Elles ne permettent pas non plus de connaître le prototype appris par celui-ci. Par conséquent, nous proposons une technique innovante inspirée de celle de l’image de classification (Ahumada, 1996) afin de permettre une comparaison entre l’apprentissage perceptif en vision centrale et l’apprentissage perceptif en vision périphérique. Cette technique propose que le bruit donne des indications sur la façon dont l’observateur traite le signal. Ceci permet de déterminer le prototype utilisé par l’observateur pour détecter ou discriminer un signal.

Le premier objectif de cette étude est de mettre en évidence le phénomène de l’apprentissage perceptif dans la perspective de l’étudier en vision fovéale et en vision périphérique. Dans la présente étude nous étudions uniquement la vision fovéale. Notre deuxième objectif est d’étudier le développement de l’acquisition d’un prototype inconnu. Les observateurs doivent apprendre un signal inconnu à partir d’indices fournis par un feed-back tout au long de plusieurs essais. Pour suivre l’évolution d’un tel apprentissage, nous avons employé la technique d’image de classification (Ahumada, 1996). Cette technique a l’avantage de permettre l’identification des indices employés par l’observateur lors des jugements perceptifs. Ainsi, nous espérons suivre l’évolution de l’acquisition d’un prototype.