Partie Deuxième : La liquidité du marché boursier tunisien: réalités et perspectives

Le marché boursier tunisien a connu plusieurs phases de réorganisation depuis sa création en 1969. La première phase a suivi la promulgation de la loi du 8 mars 1989 dont l’objectif principal était l’instauration d’un marché pour l’émission, la promotion et la négociation des valeurs mobilières. L’épargne financièredevait se substituer au crédit bancaire dans une situation généralisée de pénurie de capitaux. La deuxième date de 1994. Elle a touché plusieurs aspects réglementaires et organisationnels de l’activité boursière.

Leurs retombées ont été très positives jusqu’à 1995. En revanche, l'évolution positive des indicateurs boursiers s'est estompée à partir de 1996. La bourse a connu une période de récession qui a prévalu jusqu'à la fin de 1998.

Cette crise a été essentiellement associée à la rareté des titres, à la lenteur dans le dénouement des transactions et à la baisse des cours suite à un réajustement des valeurs par le marché 87 . De plus, les autorités du marché ont relevé des abus relatifs à la circulation des titres et à la violation de la réglementation boursière. D’une part, elles avaient constaté une grande difficulté dans la gestion et la livraison des valeurs mobilières : leur perte ou leur transfert par succession à de nouveaux porteurs non recensés 88 .

D’autre part, certains intermédiaires se livraient à des transactions fictives qui ont favorisé le gonflement du volume des transactions et la lésion des droits des petits porteurs.

Ces argumentations sont certes justifiées mais elles semblent partielles.

La question est de savoir si le ralentissement de l'activité boursière durant 1996-1998 est une exception à la règle ou si l'explosion des années 1994-1995 est un événement euphorique.

En réalité, les caractéristiques du marché boursier tunisien nous rappellent les difficultés vécues par le second marché français durant les années 1988-89 et évoquent donc un problème de liquidité.

Le second marché français a connu une forte croissance de 1983 à 1987 avec des introductions nombreuses (69 en 1987) et une capitalisation accrue représentant presque 12% de la capitalisation boursière totale. En revanche, il a été fragilisé par la crise boursière de 1987 qui a diminué son activité et son rôle économique. En 1989, on assiste à une baisse des indicateurs boursiers : la capitalisation boursière s’est dégradée, les introductions se sont raréfiées et les volumes de transaction sont devenus très faibles.

Les analyses s’orientent alors vers un problème de liquidité et invitent à des réformes d’urgence. L’insuffisance de liquidité est expliquée partiellement par une conjoncture économique défavorable.

Cependant, des analyses plus détaillées ont soulevé une inadaptation des méthodes de cotation pour des valeurs peu liquides, une faible diversification de l’actionnariat et un flottant rarement élargi. Depuis, le marché a connu des réformes importantes en vue d'améliorer sa liquidité.

Dans la même optique, nous relions le ralentissement de l'activité boursière en Tunisie à une insuffisance structurelle de la liquidité. Prouver cette illiquidité constitue l'objet de cette partie.

Dans un premier chapitre, nous procédons à une analyse détaillée de la liquidité du marché boursier tunisien pour vérifier notre hypothèse concernant son insuffisance. Le deuxième chapitre est consacré à la profession boursière et à la position des intermédiaires en bourse face au problème de liquidité. Le troisième chapitre propose des aménagements souhaitables.

Notes
87.

Ces conclusions sont mentionnées dans le rapport annuel du CMFT adressé à la Présidence de la République en 1996.

88.

Citons à ce niveau des interventions de la bourse dans des litiges tels que la revendication d’un intermédiaire contre le refus d’une société émettrice de procéder au transfert sur ses registres de la propriété d’actions au nom de leurs acquéreurs en bourse. Ou encore l’inobservation de la réglementation commerciale et boursière par une banque de la place, à l’occasion de l’augmentation de son capital. En effet, la banque n’a pas séparé dans cette opération sa qualité d’émetteur de son statut d’intermédiaire en bourse. Ces cas sont soulignés dans le rapport annuel de la BVMT en 1991 p.11-12.