I.3.4 Risques d’introduction et garanties de liquidité

L’introduction en bourse est une opération qui présente des risques multiples qui influencent la liquidité ultérieure du titre. Outre l’incertitude portant sur le placement des titres offerts et sur le prix de la première cotation, il peut exister une situation d’asymétrie informationnelle. Le risque de l’asymétrie informationnelle découle de deux cas de figure.

D’une part, il peut y avoir une asymétrie informationnelle entre les intermédiaires financiers introducteurs et la société émettrice dans le cas d’une mise en vente indirecte.

En effet, les intermédiaires financiers disposant d’un savoir-faire supérieur peuvent détenir ainsi une information supérieure sur le prix d’introduction qu’ils essaient de monnayer. L’intermédiaire mieux informé profite donc de sa réputation pour solliciter sa clientèle à investir dans le titre et tirer profit de son information individuelle. La société émettrice est alors lésée dans la mesure où elle supporte un coût d’opportunité et l’introduction est faite à un coût global plus élevé.

D’autre part, l’asymétrie informationnelle peut provenir également d’une information détenue par la société émettrice et cachée aux intermédiaires introducteurs. Dès lors, ces derniers sont sous-informés et le coût de contrat liant les intermédiaires à la société émettrice peut être sous-évalué. La même situation survient également lorsque la société émettrice délègue la souscription des titres à des intermédiaires pour reporter le risque d’échec du placement.

En effet, le risque lié à la souscription constitue le risque majeur auquel une société émettrice fait face. Outre le souci qui concerne le placement des titres offerts, la liquidité est mieux assurée quand l’introduction est réalisée à un prix juste.

Afin de garantir cette liquidité, plusieurs techniques peuvent être mises en œuvre dont certaines sont déjà pratiquées sur le marché boursier tunisien. Il s’agit de la réduction de la demande en subdivisant les titres en lots selon les limites des ordres, de la syndicalisation des placements et de la méthode des OPV successives. Ces pratiques représentent des actions sur la demande quand un déséquilibre est constaté au moment du pré-placement. Au niveau de l’offre, les seuils minimums de capital diffusé, la qualité et la périodicité de l’information financière ainsi que les autres conditions imposées aux sociétés émettrices constituent des outils en faveur de la liquidité du titre introduit.

Les actions sur la demande sont mises en œuvre afin de limiter le risque d’établir un prix d’offre très éloigné de la valeur intrinsèque du titre. Les OPV successives assurent la réduction de la demande excessive dans la mesure où la révision du prix d’offre à la hausse écarte les investisseurs qui ne sont pas disposés à payer le nouveau prix.

La réduction se pratique selon plusieurs manières. Dans un premier cas de figure, la réduction consiste à subdiviser la demande en lots de titres en fonction des limites des ordres d’achat collectés et à privilégier le lot correspondant à la fourchette la plus proche du prix d’offre minimal proposé par la société émettrice.

Dans un deuxième cas, la demande est réduite grâce à la pratique d’une OPV nominative. Ainsi, l’identité du donneur d’ordre est révélée et on limite le nombre des titres par personne. Le blocage des fonds constitue le troisième cas de réduction de la demande. Les autorités de la bourse peuvent exiger le blocage préalable des fonds destinés à l’acquisition des titres mentionnés dans l’ordre d’achat.

La réduction est une pratique boursière dont l’objectif ultime est d’éliminer les manœuvres spéculatives lors de l’introduction. Cependant, pratiquée sous l’aspect du blocage des fonds, elle peut manquer à l’égalité souhaitable entre les divers investisseurs potentiels. En effet, seuls les investisseurs institutionnels sont réellement capables de bloquer les fonds requis pour l’acquisition de grandes quantités de titres au détriment des petits porteurs.

En France, la réduction est pratiquée en fonction des pourcentages réglementaires. La souscription doit répondre à des seuils minimums de service de la clientèle. La souscription selon la procédure ordinaire est appelée à satisfaire un minimum de 4% de l’ensemble des ordres d’achat dont le cours est supérieur ou égal au cours coté. De plus, le premier cours coté ne doit pas varier de plus ou moins 10% par rapport au prix offert. De même, le placement des titres selon l’offre à prix ferme est soumis aux contraintes d’un service minimum de 5% et d’une fourchette de plus ou moins 20%. En revanche, la réglementation tunisienne ne stipule aucune condition particulière concernant le niveau de la demande à satisfaire.

La syndicalisation du placement 93 constitue une autre méthode d'action favorable à la réussite d'une introduction en bourse. Elle consiste à déléguer le placement des titres à un groupe d'institutions financières (banques et sociétés de bourse). Elle peut aussi inclure une obligation d'animation sur le marché du titre introduit.

L’objectif ultime des procédures présentées est de faciliter la création d’un marché pour le titre. Cependant, la réussite de l’introduction d’une valeur n’est pas la seule garantie de sa liquidité ultérieure. En effet, il est primordial d’assurer également sa négociation et la sécurité de son marché. Dans ce sens, la réorganisation du marché boursier tunisien a aussi incorporé la réforme des règles de négociation, des opérations de règlement et de livraison ainsi que des conditions de divulgation de l’information financière.

Notes
93.

La syndicalisation du placement est reprise en détail dans le troisième chapitre dans le cadre d'analyse des contrats de liquidité.