Chapitre III : Les aménagements envisageables

Introduction

L'insuffisance de liquidité sur le marché tunisien est un problème complexe impliquant plusieurs aspects de la vie boursière. Néanmoins, les autorités publiques et boursières en sont parfaitement conscientes et cherchent à y remédier. Preuves à l'appui: la baisse du taux du marché monétaire en 1999, les avantages fiscaux accordés aux entreprises qui s'introduisent en bourse, l'aménagement du statut de l'intermédiaire en bourse et la création d'un compte épargne en actions.

Ces mesures se sont révélées efficaces pour relancer le marché et rehausser les indicateurs boursiers. Néanmoins, ces décisions visent dans leur globalité à élargir le marché en attirant de nouvelles introductions et à drainer la demande de titres. Excepté la réforme de l'intermédiation boursière et la révision récente des critères de diffusion de capital, elles sont ponctuelles et ne peuvent pas garantir durablement la liquidité recherchée au sens d'une rotation suffisante des titres et une stabilité des cours.

La production de liquidité sur les petits marchés requiert de la technicité et des aménagements explicitement orientés vers l'animation des marchés de titres. L'intermédiation boursière au sens des opérations de courtage s'avère insuffisante parce qu'elle repose sur l'accumulation de l'offre et de la demande. En revanche, les flux d'ordres sur les marchés peu actifs sont très aléatoires et peuvent être à l'origine d'une perturbation des cours.

L'expérience du second marché français peut servir de référence en la matière. Le choix du modèle français repose d'une part sur la tradition organisationnelle du marché tunisien qui s'inspire largement de la tradition française. D'autre part, ce choix prend en considération le contexte actuel du marché tunisien semblable à celui du second marché français juste après sa création.

L'organisation de la liquidité dans le cas français a été favorisée par l'innovation financière, le développement de l'activité de contrepartie et le caractère obligatoire des contrats de liquidité.

Dans les chapitres précédents nous avons montré que le marché tunisien souffre d'une illiquidité durable. Du côté de l'offre, le marché est étroit et concentré. Du côté de la demande, la rotation des capitaux et des titres sont limitées. Et du côté de la profession boursière, l'activité de contrepartie, théoriquement favorable à la production de la liquidité est rarement exercée et manque d'encadrement technique.

Dans ce qui suit, nous nous efforçons d'apporter quelques propositions d'aménagement à la lumière des outils adoptés en France et au respect des singularités du cas tunisien.

Nous axons les mesures d'aménagement sur les aspects suivants: élargir le marché et encadrer l'activité de contrepartie.

La première section est consacrée aux aménagements susceptibles de dynamiser l'offre et la demande des titres. Nous proposons ainsi l'élargissement de la cote par la dynamisation du rôle des institutionnels, par l'accélération du programme de privatisation et par l'innovation des produits destinés aux sociétés émettrices.

Dans une deuxième section, l'attention est portée sur l'encadrement réglementaire et technique de l'activité de contrepartie dont les modalités d'application demeurent peu précises. Dans le même sens, le contrat de liquidité est un outil indissociable de la contrepartie sur les valeurs étroites et son utilisation mérite d'être encouragée.