Conclusion de la deuxième partie

Cette partie a permis de confirmer l'hypothèse de l'illiquidité structurelle du marché boursier tunisien.

L'analyse des réformes juridiques, institutionnelles et organisationnelles a conduit à ces conclusions. Les réformes juridiques offrent un encadrement réglementaire précis de la notion d'appel public à l'épargne, des critères d'introduction en bourse et des conditions d'exercice de la profession boursière. Les mesures organisationnelles ont doté le marché d'un cadre institutionnel diversifié et d'une structure de négociation moderne. Ces aménagements laissent donc espérer une activité solide et permanente qui va de pair avec les efforts employés. Néanmoins, le marché suit une évolution en dessous des espoirs escomptés.

En effet, le marché demeure étroit et concentré. De plus, le rapport de la capitalisation boursière au PIB est limité. Un facteur de l'illiquidité durable est reflété par la dominance du marché hors cote. En effet, sur l'ensemble de la période, la hors cote s'est montrée plus active que le marché officiel. Ensuite, les actions cotées sont échangées en petites quantités par rapport aux capitaux ou des titres admis. Cette situation a concerné toutes les classes de capitalisation sans exception. La liquidité du marché demeure un événement occasionnel.

Outre l'étude chiffrée des indicateurs de la liquidité, l'interrogation des praticiens du marché a fourni des résultats qui justifient pleinement l'existence d'un problème de liquidité. Cependant les intermédiaires, dramatiquement atteints par la récession du marché lors de la période de réalisation de notre enquête, ont orienté leur analyse vers la régression de la demande et les difficultés de la profession boursière.

L'analyse de la profession boursière montre principalement l'émiettement du secteur et la rareté des opérations de contrepartie. Celles-ci manquent d'encadrement et d'encouragement tarifaire.

Face à cette situation d'illiquidité, deux mesures principales sont souhaitables: l'élargissement de la cote et l'encadrement de l'activité de contrepartie.

Le marché peut bénéficier de l'innovation des produits en vue de solliciter l'intérêt des sociétés émettrices et celui des investisseurs. D'une part, la gamme des produits actuellement proposés n'a pas été pleinement utilisée. Les sociétés émettrices préfèrent toujours les supports classiques (actions et obligations). D'autre part, les investisseurs tunisiens, particulièrement les petits porteurs, manifestent des réactions exagérées au moindre mouvement des cours. Une telle situation renseigne sur un manque d'apprentissage et une méconnaissance de la vie boursière. Dans ce sens, des produits intermédiaires entre les actions et les obligations permettraient d'attirer les sociétés émettrices sur le marché boursier et les investisseurs de bénéficier d'une facilité de sortie fortement désirée. De plus, les stock options peuvent constituer un support pour l'élargissement de l'actionnariat à travers l'implication des salariés.

L'innovation des institutions financières a eu un grand succès justifié par la multiplication des sociétés d'investissement même suite à la suppression des avantages fiscaux préalablement accordés. Néanmoins, une forme des OPCVM demeure moins exploitée que les autres. Il s'agit des Fonds Communs de Placement dont l'avantage majeur demeure la facilité de leur constitution et de leur gestion. Une révision des textes juridiques et fiscaux relatifs s'impose. Un encouragement fiscal et une diversification des formules des FCP peuvent être à l'origine du développement de la gestion collective des valeurs mobilières par des petits porteurs. Un effet d'apprentissage indiscutable est lié au développement des FCP.

Par ailleurs, l'élargissement du marché peut résulter de l'accélération du programme de privatisation et son orientation vers le marché boursier d'une manière permanente. Les prochaines opérations pourraient être réalisées par des Offres Publiques de Vente en vue de multiplier les introductions en bourse, atténuer la concentration sectorielle et offrir une possibilité de diversification actuellement restreinte sur le marché boursier.

En troisième lieu, le marché peut s'élargir par la participation active des institutionnels dont l'activité actuelle, à cause de la réglementation et des difficultés rencontrées dans le passé, est principalement orientée vers le marché obligataire. Le secteur des assurances, la principale forme des intermédiaires de bilan après les OPCVM et en l'absence des fonds de pension, est particulièrement appelé à se restructurer et à apporter son soutien au marché boursier.

Une solution principale à l'illiquidité du marché boursier tunisien est envisageable à travers l'encadrement de l'activité de contrepartie et l'encouragement des contrats d'animation. Contrairement au marché obligataire, qui bénéficie déjà d'une forme plus précise du market making à travers l'instauration du statut de Spécialiste en Valeurs de Trésor, les opérations de contrepartie sont très limitées sur le marché des actions. De plus, leur caractère volontaire, le manque d'encouragement tarifaire et d'encadrement technique ont rendu leur réalisation peu fréquente. L'expérience française dans ce domaine peut servir de référence pour restructurer l'activité de contrepartie.

Nous pensons particulièrement aux conditions de son exercice sur le second marché français durant les années 1980. En effet, accélérer brutalement l'activité de contrepartie et instaurer hâtivement des conditions d'exercice plus avancées peuvent perturber le secteur de l'intermédiation. Ce dernier manque de moyens financiers et nécessite des restructurations fondamentales. De plus le marché est étroit et ne permet pas de répondre aux critères de rentabilité d'une activité de contrepartie très avancée.