2.1.1.1.1 L’apport des textes

Deux modes de sonnerie sont signalés par les textes. D’une part, nous trouvons des mentions claires de tintement sans que cela implique une mise en mouvement de la cloche. Le tintement peut dans ce cas être opéré par un simple coup de marteau directement donné par l’opérateur. La cloche peut alors être approchée sans problème, ce qui nous indique que ces cloches ne pouvaient se trouver isolées dans des clochers-murs. Elles étaient alors suspendues dans des bâtis de bois fixés dans les murs.

Deux textes de règles monastiques portent les plus anciennes mentions de ce type de sonnerie. La plus ancienne est la Règle du Maître qui est probablement d’origine italienne et qui date de la première moitié du VIe siècle (voir Adalbert de Vogüé, in Sources Chrétiennes, n°104 à 106, Paris, 1964). Au paragraphe XXXII, ligne 8, il est écrit :

‘… et percusso indice 83 …’ ‘… et la cloche percutée…’

Dans la Regula ad Virgines 84 , chapitre X (mentionné par CABROL, 1914), écrite entre 513 et 524, Césaire d’Arles écrit :

‘Quae, signo tacto, tardius ad opus dei venerit… ’ ‘Et le seing touché, elle viendra plus lentement à l’office divin…’

Dans ces deux extraits, on parle de percuter la cloche directement sans qu’il ne soit question d’une mise en mouvement de l’objet. Il semble donc que le tintement soit la technique la plus anciennement utilisée. Aucune indication ne nous permet de savoir à quel endroit se trouvait cette cloche. Elle devait néanmoins être assez accessible pour que ce tintement ne soit pas trop délicat.

Plus tard, au VIIe-VIIIe siècle, nous trouvons dans la vie de saint Eloi 85 la mention suivante :

‘Mox signo tacto, sonus protinus rediit in tintinnabulum. (livre 2, chapitre 20, cité dans GAY, 1887, p. 395) ’ ‘Peu de temps après que le seing ait été teinté, le son continu revient dans la cloche.’

Là encore, on parle de toucher directement la cloche. Au regard du nombre de textes connus pour cette époque, cette pratique semble néanmoins en perte de vitesse au VIIe-VIIIe siècle. Le dernier texte qui permette d’avoir des doutes sur les techniques de sonnerie est extrait d’un poème de Walafrihdus Strabon (première moitié du IXe siècle) :

‘Ecclesiae campanum insonuit (V. Galli, livre 2, chapitre 4, MGH, Scriptores rerum Merovingiarum, IV, p.315) ’ ‘Il fit résonner les cloches de l’église…’

Ce texte ne nous donne en effet aucune indication sur la technique de sonnerie employée. Cependant, si l’auteur parle de résonner, on peut supposer que ce son a une certaine ampleur incompatible avec un simple tintement au marteau. La pratique du tintement est sans doute dès lors abandonnée dans l’usage quotidien au profit de la sonnerie en volée.

Les preuves de la pratique de la sonnerie en volée sont plus nombreuses et nous montrent principalement le développement de cette technique au détriment du simple tintement. Cette technique de sonnerie est plus intéressante car elle permet à taille égale d’augmenter la portée sonore. La première preuve de l’utilisation d’une cloche en volée est donnée par Grégoire de Tours dans les Miracles de saint Martin. Cet ouvrage est écrit vers 591. Le texte est :

‘Reverti autem cupiens nocte ad funem illum de quo signum commovetur, advenit… (livre 1, chapitre 28) ’ ‘Or, revenant sur ses pas de nuit plein de désirs pour la corde qui permet d’agiter cette cloche, il advint…’

Dès cette première mention, l’auteur nous signale que la cloche est mise en mouvement à l’aide d’une corde sans préciser toutefois si la transmission du mouvement se fait par une roue ou par un bras de levier. Cette corde est de plus longue puisque la personne ne monte pas dans l’édifice pour en couper un morceau. Elle doit donc être accessible dans le porche d’entrée de l’église. Cette longue corde ne peut être reliée au battant 86 car son inertie serait trop importante pour permettre la sonnerie. Dans l’Historia Francorum, livre III, chapitre XV, vers 576 (voir ci-après, 2.1.1.2.1), Grégoire de Tours nous indique encore que la sonnerie se faisait en volée.

En 754, Willibald nous fournit la deuxième attestation de l’emploi d’une cloche en volée dans la vie de saint Boniface. De plus, il utilise pour la première fois ou presque le mot qui deviendra en français actuel cloche : cloccum.

‘Ecclesiaeque cloccum, humana non contingente manu, commotum est (Vita sancti Bonifacii, c. XXXVIII, in MIGNE, Patrologie Latine, t. LXXXIX, col. 631) ’ ‘Et la cloche de l’église est mise en mouvement sans qu’un homme ne la touche de la main.’

Notes
83.

Le terme « index » peut se traduire par cloche, de la même façon que l’on traduit « signum » par cloche. Cette occurrence du terme « index » pour désigner la cloche est néanmoins unique.

84.

Cette règle s’adresse à des moniales.

85.

Né en 588 et mort en 660.

86.

Cette technique est la technique de sonnerie orthodoxe.