En ce qui concerne les rêves nocturnes de nos cas, nous avons remarqué que dans tous les rêves d’angoisse et/ou les cauchemars, s’agissait presque toujours de monstres, de formes indéfinissables, ou de formes humaines sans visage. Cela renvoie, comme dit Balier, à l’impossibilité d’une représentation de la scène primitive, « excitation traumatisante avant d’être figuration »271. La présence des armes dans certains rêves de nos cas, est soit la suite de l’élaboration de ce phénomène, soit la représentation de la peur de castration et de perte de l’objet.
Pour nos sujets, le statut des figures et des situations produites dans le cauchemar se joue entre reproduction de quelque chose qui viendrait de l’intérieur et autre chose venant de l’extérieur, à la limite de « l’indécidabilité ».
La tendance à la répétition des terreurs nocturnes, implique par conséquent un caractère traumatique.
Pour J. Guillaumin272, il existe un Moi-onirique et un Moi-vigile entre lesquels s’établit un travail permanent et réversible. Durant la nuit, des restes diurnes sont envoyés par le Moi-vigile à l’autre pour l’éclairer, mais aussi pour aider ce qui n’a pas pu être élaboré de façon satisfaisante. Ainsi, durant le jour, des restes nocturnes sont envoyés par le Moi- onirique au Moi-vigile qui doit les traiter, dans le meilleur des cas. Un défaut du fonctionnement de ce processus arrive lorsque le Moi-vigile ne peut prendre en compte les restes nocturnes à traiter. C’est alors que le recours à l’agir peut se faire, qui n’est autre que l’une des formes de l’échec de la métabolisation opérée par le rêve : « L’énergie déliée par l’intrusion est dirigée vers des actes destinés à rendre au Moi son intégrité narcissique menacée par ‘’l’autre en lui’’ ».Cependant, au niveau du rêve traumatique, selon Balier, il ne s’agit pas d’échange de travail entre le Moi-onirique et le Moi-vigile, mais plutôt d’une continuité entre une partie du Moi-vigile et le rêve.
Les limites non bien déterminées entre le Moi-onirique et le Moi-vigile peuvent être une caractéristique chez nos cas étudiés, le passage à l’acte pourrait rendre compte d’une sorte de continuité entre ce dernier et le rêve. Ainsi comprendrait-on le passage à l’acte incestueux de M. T. (cas n° 25) et l’angoisse intense de D.C. (cas n° 26) après leurs rêves nocturnes.
D’autre part, pour une grande partie de l’échantillon étudié, sans être capables de bien verbaliser leurs rêves, toutefois il s’agissait de rêves avec des vécus infantiles dramatiques pouvant montrer leur caractère dramatique et la menace continue de l’effraction qui pèse sur le Moi, leur causant les échecs de construction. Ceci, pour certains d’entre eux, est dû encore à l’existence de traumatisme dans l’enfance, à partir du climat violent qui a régné dans la famille avec un vécu d’abandon.
- C. BALIER, Psychanalyse des comportements violents, le fil rouge, puf, 1998, p.149.
- J. GUILLAUMIN, Le rêve et le Moi : rupture, continuité, création dans la vie psychique, Paris, PUF, 1972.